Les écrivains / adhérents
Ariane Dreyfus
Poésie
Peu de verbes reviennent autant dans mes poèmes que le verbe « sortir ». Cela peut sembler paradoxal car la poésie est associée à l’introspection, l’intériorité mais pour moi elle est avant tout un acte de dégagement, et m’inspirent les corps qui ne cessent d’advenir en sortant d’eux-mêmes pour vivre de plus en plus fort : plantes poussant, enfants jouant, artistes de cirque, danseurs et amants. Chaque poème me permet de naître, de me remettre inlassablement au monde, moi-même, à la façon du Petit Poucet. Ce qui m’arrivera - je le vis à chaque fois comme un évènement - c’est d’en ressortir vivante. .
Ecrire pour arriver à briser la linéarité et l’irréversibilité du temps, le chemin trop court vers le simple miroir. Si dans tous mes poèmes je finis par dire « oui », comme l’a remarqué un jour quelqu’un, c’est parce qu’aucun ne regarde en arrière. « Marche, dis-le. » (Les miettes de décembre)
Thématique
UNE POE SIE TRANSITIVE, Ariane Dreyfus
Si le corps est présent dans toute ma poésie, ce n’est pas seulement parce que je traite souvent de l'amour. On n'est pas au monde en dehors de son corps, et en même temps la poésie fait éclater ce corps réel vers un corps exacerbé, car toujours adressé, mais intérieur aussi. Le corps dans le poème est un rêve de corps, parce que totalement communiquant.
Effectivement pour moi il n’y a pas de poésie sans pensée tendue vers l’autre, l’existence est un don que l’on se fait les uns aux autres, et pas uniquement en donnant naissance à un enfant. Tous mes poèmes sont des poèmes de rencontre, que le poème dira toujours au présent.
Poésie qui s’écrit pour faire place à l’autre et qui pour cela s’appuie sur les arts qui se fondent sur une géographie et une morale de la relation entre les êtres, et une projection de son propre corps dans ce qui est possible au monde : actuellement le cirque, pour dire l’humanité fragile mais acharnée ; et depuis longtemps la danse et le cinéma qui rendent l’amour visible et nous font croire aux gestes d’amour. Le geste amoureux sauvera la poésie, mais nous sauvera aussi : le sexe comme attention à l’autre dans le risque de la proximité. Il n’y a pas de plus grand cadeau que l’on puisse faire à quelqu’un que de l’accepter dans sa présence physique.
Alors écrire pour donner l'impression que c'est dit, d'humain à humain. S’approcher du lecteur par des carrefours d’imaginaire comme le conte, par une langue comme de tous les jours, mais aussi surprenante, pour rester éveillés.
Ne compter que sur la présence humaine, qui est autant voix que peau, visage que paroles, mots que silences et gestes. C'est cela la difficulté : tirer - extraire - du langage autre chose que lui seul, mais par ses seuls moyens.
Ariane Dreyfus, née le octobre 1958, vit et enseigne en région parisienne.
Bibliographie
Recueils
– L’amour I, aux Editions De, 1993.
– Un visage effacé, aux Editions Tarabuste, 1995.
– Les miettes de Décembre, au Dé Bleu, 1997.
– La durée des plantes, aux Editions Tarabuste, 1998 et, pour l’édition revue et corrigée, 2007
– Une histoire passera ici, aux Editions Flammarion, 1999.
– Quelques branches vivantes, aux Editions Flammarion, 2001.
– Les compagnies silencieuses, aux Editions Flammarion, 2001.
– La belle vitesse, au Dé Bleu, collection « Le farfadet bleu », 2002.
– La bouche de quelqu’un, aux Editions Tarabuste, 2003.
– L’inhabitable, aux Editions Flammarion, 2006
– Iris, c'est votre bleu, ed.Castor Astral, 2008
– La terre voudrait recommencer, éditions Flammarion, 2010
Extraits
La nuit n’est pas noire.
Reconnaître ton sexe
A mon bonheur touché,
Fleur de l’infinie sculpture, fleur.
Plus rien de multiple. La simplicité qui serait violente de te perdre,
qui serait d’un coup.
La vie simple vite tranchée
Serait mon visage dans la sciure.
Tu fermes les yeux pour que je les embrasse aussi,
C’est en confiance le ciel.
La langue dans le baiser, je dis la vérité.
La vie éternelle n’est que mort, la vie veut seulement que les épaules frémissent l’une et l’autre et s’il fait froid, c’est qu’il n’y a pas de lumière sans qu’elle change.
La nuit les mains dansent obscurément.
Parfois le jour tu pars,
Je ramasse de l’invisible à plein courage.
Ariane Dreyfus
extrait de Iris, c’est votre bleu, inédit
Lieu de vie
Ile-de-France, 93 - Seine-Saint-Denis
Types d'interventions
- Ateliers en milieu scolaire
- Rencontres publiques
- Ateliers en milieu universitaire
- Débat/dialogue en milieu universitaire
- Ateliers autres publics
- Débat/dialogue en milieu scolaire





