Les écrivains / adhérents
Gérald Cahen
Roman / Nouvelle / Essais
Les cris vains
Naître n’est pas une partie de plaisir. Encore moins lorsqu’on la malchance d’avoir le cordon ombilical noué autour du cou. Qu’à cela ne tienne ! Gérald Cahen se tire victorieusement d’affaire et il prend sa décision sur le champ : il sera écrivain. Il ne lui reste plus qu’à grandir : Nancy, les années 50, les parties de billes place Stanislas, le lycée Poincaré, la synagogue, Tintin, Milou, le Petit Chose… Une enfance sans histoire, en somme, avec plein de mamans et même un papa bien solide qui aura le bon goût de ne pas mourir tout de suite. Avec le temps, bien sûr, Hugo finit par détrôner Daudet, et Sartre prend le relais. Et puis c’est Proust avec ses phrases au long col de cygne, Proust qu’il ne cessera plus d’admirer. Céline aussi, mais chut !... Et à 20 ans enfin, le ciel se déchire : Claude Simon surgit tel un coup de tonnerre dans l’azur.
Au demeurant, c’est 68 déjà, tout bouge, le vieux monde chancelle. Bientôt notre héros se retrouve à la Sorbonne. Il écoute, fasciné, Socrate prêcher du haut de sa chaire. Il a nom Vladimir Jankélévitch cette année-là, et il court, magnifique, après les mots. Alors G.C. à son tour s’essouffle à le suivre : maîtrise, DEA, il est sous le charme… N’empêche ! Il faut faire semblant de travailler. Un remplacement de philo par ci, une dramatique de radio par là, quelques téléfilms pour FR3 et, côté revues, La Phrase (et le reste) qu’il dirige avec Gérard Condé… Entre Nancy et Paris, la vie va vite. On le voit même, l’été, « animer » des stations de vacances à Seignosse ou à Port-Leucate dans l’ombre de Jacques Koskowitz, le peintre, le maître à penser, l’irremplaçable (l’irremplacé) ami.
Pourtant, il faut écrire... ou essayer, car les mots regimbent, résistent. Surtout lorsqu’on jette la ponctuation par dessus bord et qu’on lutte corps à corps avec la langue, autant dire avec soi-même ! Il en jaillira Des Oiseaux sans ailes à qui il aurait poussé des jambes (première version), une coulée de lave incandescente, son texte le plus intime, le plus sensuel, mais les éditeurs font la moue, le découragement guette. Et puis au milieu des années 80, l’horizon s’éclaircit, il signe d’affilée une série de nouvelles aux éditions Autrement ; on relève son nom dans la collection « Ratatouille » destinée aux enfants ; on le remarque surtout en tête des ouvrages qu’il dirige toujours chez Autrement : Nancy (avec René Louis), L’Humour, Résister, Le Plaisir des Mots, Le Baiser, La Conversation, Livres de Chevet, La Séduction, Le Père Disparu. Et, en 2004, il publie aux éditions Balland Lévy-Mirabelle, « son » roman, une histoire en forme de pied de nez où l’on parle beaucoup des juifs, de la France, de la Lorraine, de Nancy... Ouf ! Il a enfin une carte de visite. Il existe. On l’invite. Il disserte interminablement sur littérature et conversation, sur leurs liens, sur le passage de l’une à l’autre... Mais il n’oublie pas pour autant la promesse qu’il s’est faite le jour de sa naissance. Une fois rentré chez lui, il ferme à double tour sa porte, il s’installe à sa table de travail et allez ! il gribouille, il griffonne, il biffe, il coupe, il gomme, il sabre. Décidément, c’est toujours aussi dur, il n’a vraiment aucune facilité. Mais tant pis ! Qui a dit : « le bon écrivain n’est pas celui qui écrit bien, mais celui qui barre lorsque c’est mal écrit » ? Pourvu que cela soit vrai !
Licence de philosophie à Nancy.
Maîtrise et DEA de philosophie à Paris I sous la direction de Vladimir Jankélévitch (travaux sur Martin Buber et Jean Wahl).
Enseigne la philosophie au lycée Georges de la Tour à Nancy (1972).
Dirige à Nancy avec Gérard Condé la revue « La Phrase (et le reste) » (6 volumes publiés entre 1971 et 1977). Domaines abordés : littérature, arts plastiques, musique.
Participe à l’initiative du peintre et plasticien Jacques Koskowitz à des animations culturelles pilotes financées par le Fonds d’Intervention Culturelle (F.I.C.) à Seignosse en 1972 et à Port-Leucate en 1973. Responsable du groupe théâtre de l’animation. À ce titre, écrit et met en scène à Seignosse en 1972 Une Vie de mort et dirige à Port-Leucate des ateliers de théâtre avec des enfants.
Bibliographie
– Lévy-Mirabelle, roman, éd. Balland, 2004
– Des oiseaux sans ailes à qui il aurait poussé des jambes, roman (inédit)
Aux éditions Autrement
Livres pour enfants
Les pâtes, ça gonfle ! (coll. Ratatouille, 1997)
Les carottes, ça me botte ! (coll. Ratatouille, 1997)
Préfaces et articles
Préface à l’ouvrage de Joël Guenoun, Les mots ont des visages (1995)
Préface aux ouvrages dirigés (voir ci-dessous).
Articles sur Proust :
La cigale et la fourmi, Des sœurs, des frères (1990)
Le jeu de la tentation, Résister ((1994)
Le dernier mot », Postface, Le côté de Guermantes, coll. Éclats de lire (2005)
Nouvelles
Meeerde : l’écrivain et son œuvre, L’Intime (1986)
Cinéma-cinéma !, Scènes d’amour (1986)
Tel qui rit vendredi…, Dimanche (1989)
Comme un parfum de thé », Dimanche (1989)
Les petits déjeuners d’une ogresse, Nourritures (1989)
Le zigoto, Les vacances (1990)
Madame Germaine, La Maternelle (1990)
L’oiseau qui va mourir, Habiter, habité (1990)
Trop… pour être honnête !, La Politesse (1991)
Le chat, Dormir (1991)
Un petit appétit, Nourritures d’enfance (1992)
L’os à moelle, Pot-au-feu (1999)
Marc-Aurèle, L’enfant unique (1999)
Le petit oiseau des îles, Mère et fils (2001)
« Jacques Koskowitz », Catalogue édité par le Conseil Général de Meurthe et Moselle à l’occasion des expositions Jacques Koskowitz (Nancy, novembre 2007).
Direction d’ouvrages
Nancy (1990, coll. Villes, en collaboration avec René Louis)
L’Humour (1992, coll. Mutations)
Résister (1994, coll. Morales)
Le Plaisir des mots (1995, coll. Mutations)
Le Baiser (1997, coll. Mutations)
La Conversation (1999, coll. Mutations)
Livres de chevet (2001, coll. Mutations)
La Séduction (2002, coll. Mutations)
Le Père disparu (2004, coll. Mutations)
Entre autres collaborations
Sur Jankélévitch : « L’ironie ou l’art de la pointe », Vladimir Jankélévitch (Revue Lignes n°28, éditions Hazan, mai 1996)
Sur la conversation téléphonique : « À voix nue », Les objets du siècle (Libération, 11/12 décembre 199 et Hors-Série, décembre 1999)
Sur l’humour : « La mousse et le sel », Rires (Revue d’Esthétique n°38, éditions Jean-Michel Place, 2000)
« Jacques Koskowitz », Textes du catalogue édité par le Conseil Général de Meurthe et Moselle à l’occasion des expositions en hommage au peintre Jacques Koskowitz (Nancy, novembre 2007)
Sur Kierkegaard : « Dire l’indicible » (Revue des Sciences philosophiques et théologiques, juillet-septembre 2009)
Nouvelle
– « Le crayon », L’attention (Revue Spirales n°9, éditions Érès, 1998)
Radio
Anime une émission littéraire mensuelle sur Alligre FM (1998). Invités : Philippe Lejeune, Pierre Pachet, Bernard Golse, Muriel Bloch, François Flahault, Judith Stora-Sandor…
Dramatiques radiophoniques pour France Inter dans la série Nuits Noires/ Nuits Blanches de Patrick Liegibel :
– 24 heures dans la vie d’un répondeur, diffusion le 11 septembre 2010.
– Comment réussir vos scènes de ménage, (Nuit Blanche sur France Inter - mai 2011).
Ateliers d'écriture, débats, séminaires
Participation aux Journées Jankélévitch organisées à Toulouse en mars 1995.
Ateliers d’écriture
Entre avril et juin 2001 à l’École d’Architecture de Nancy dans le cadre d’un programme géré par La Maison des Écrivains. Thèmes proposés : La représentation écrite de l’espace, les lieux de conversation, scénarios autour d’une architecture…
Entre avril et juin 2002 à l’École d’Architecture de Nancy. Thèmes proposés : la place Stanislas, Nancy dans 20 ans, autoportrait en forme de maison…
Entre janvier et mai 2003 au lycée Condorcet à Limay sur proposition de La Maison des Écrivains. Thème proposé : de la parole à l’écrit, « la conversation ».
Intervention en qualité de modérateur dans le cadre du débat sur «L’écrivain à l’université » organisé par la Maison des Ecrivains et Paris X Nanterre (mai 2004).
Animation de débats à la Maison de l’Amérique Latine à Paris à l’occasion de la sortie des ouvrages d’Autrement sur La Séduction (2002) et Le Père disparu (2004).
Participation à l‘Université d`été sur “La Conversation“ à Topoľčianky en Slovaquie à l’invitation de l’association Jan Hus et du département de philosophie de l’université Comenius de Bratislava (26-31 août 2004).
Participation à la Maison des Écrivains à l’Atelier de Narration Contemporaine initié par Elisabeth Jacquet (2004- 2005, 2005-2006).
Participation au Colloque « Soren Kierkegaard, la tâche et l’art d’écrire », Fondation Cino et Simone del Duca, Paris, 23-24 novembre 2007.
Auteur-producteur à FR3 Nancy
Dramatiques radiophoniques :
– Blanche Neige passe à l’attaque (1974)
– Don Juan de la nuit (1975)
Magazines de télévision :
– Les Papillons rêvent aussi (1976)
– Le Bateau ivre (1978)
– Roman-visages (1979)
Divertissement télévisé (diffusion nationale) :
– Rue Paul Colin (1979 – avec Jean-Claude Dreyfus)
Dramatique radiophonique pour France-Culture :
– La parole est à qui saura la prendre (1978 – avec Claude Pieplu et Roger Carel. Rediffusion mars 2010 dans les Nuits de France Culture)
Extraits
Le Baiser, Autrement, 1997 (extrait de la préface)
Entre la littérature et le baiser il existe, depuis toujours, une histoire d'amour. Et pour cause! La bouche qui embrasse n'est-elle pas la même que celle qui fabrique les mots? Et ce qui se susurre ici avec des soupirs n'est-il pas peu ou prou ce qui se murmure là avec des phrases? Langue : en français dans le sexe , commente un bon auteur qui a assurément tout compris à l'affaire, même s'il va, à mon sens, un peu vite en besogne. Car ne nous y trompons pas! Si les lèvres se plaisent à conter aux lèvres des histoires de lèvres, elles ne mélangent jamais les genres, et nos baisers ne fleurissent qu'à l'heure où nos paroles renoncent à se faire entendre. Ils viennent nous clouer le bec - d'un coup -, mettant fin aux longues phrases et aux longs discours quand ceux-ci ne sont plus de saison. Stop! Assez parlé! Passons aux choses sérieuses! Allons à l'essentiel! Embrassons-nous, je vous prie!
Le Baiser (2)
Des oiseaux sans ailes à qui il aurait poussé des jambes, roman (inédit)
et voici que le temps s'était précipité voici que leurs lèvres soudain avaient fondu en fruit oui voici que la jeune fille s'était coulée sous lui elle s'était jetée toute en lui robe folle et les cheveux en flammes et sur le lit défait où ils avaient roulé tout s'était emmêlé leurs vies leurs songes leurs pensées le monde entier allez s'était éparpillé envolés leurs habits tandis que leurs langues désormais s'enivraient à lutter s'enchantant et s'émerveillant en une joute sans pareille comme s'il se fût agi moins de rivaliser que d'approfondir de fouiller toujours plus avant quelque point trop brûlant de leur intimité Oh oui... oui... oh vviieens... vvvviiieeens... plus fort encore... je t'en prie... de forer jusqu'en ce jardin secret où chacune enfin se fondrait en sa forme jumelle s'y laisserait languidement glisser en une seule et longue et voluptueuse traînée de miel Oh oui... oui... oh mon chéri... mon tout petit... mon chéri...
Lieu de vie
Ile-de-France, 75 - Paris
Types d'interventions
- Ateliers en milieu scolaire
- Rencontres publiques
- Ateliers en milieu universitaire
- Débat/dialogue en milieu universitaire
- Débat/dialogue en milieu scolaire





