Les écrivains / adhérents
Mona Thomas
Roman / Essais / ThéâtreEn guise de portrait, mes lectures
Des histoires de lien entre le vieux monde et maintenant.
On s'interroge dans un intermède de vie, un temps suspendu.
Quelque chose est arrivé, rien ne sera plus comme avant,
Des histoires prises comme en plein milieu, au milieu des choses.
Andersen et le Dictionnaire, mes influences littéraires majeures. Andersen, c'est la voix de mon grand-père, bien avant d'apprendre à lire, et le dictionnaire parce qu'à la même époque il est déjà utile pour garder les fleurs et les insectes, les peaux de vipère et les tickets de cinéma.
Ensuite, le Dictionnaire permet d'écrire, d'organiser la matière inerte des mots sur le papier, sans qu'il y ait une fin ou une usure, plus on lui prend, plus il donne : un mot en appelle un autre, l'écho est infini. Comme mes livres st écrits ds une srte de lngue étrgère, qui approche au plus près de la parole, je cherche à saisir ce que dit le personnage, pour l'écrire le plus correctement possible. J'aime les mots à double entente, leur capacité à contenir et former des images, des odeurs et des bruits. Entre l'exceptionnel et l'intime, les moyens sont restreints, pourtant une pensée est le monde, un mot peut changer la vie
Surtout peut-être le Dictionnaire est un lieu de promenade de chaque instant, puisque dès qu'on pose une question, on s'entend dire, Va au Dictionnaire. Ensuite bien sûr il peut y avoir Rimbaud, Dostoïevski, Emily Brontë ou Herman Melville. Mais ils sont dans le Dictionnaire, ils font partie de la promenade.
Une des exigences du romn : aborder des vérités qui ne st pas les miennes. L'emploi de la première personne est une des formes de cette exigence, de cet engagement.
J'écoute mon personnage et je l'accompagne, pour ensuite restituer son propos. Je porte l'histoire.
L'écrivain est à la croisée du personnage et du lecteur, de l'inventé et du réel. Entre. On n'a peut-être pas exploré tous les espaces de l'émotion humaine.
C'est bien de lire une histoire si on reconnaît en découvrant, s'il y a cette émotion. Je voudrais que la lecture de mes histoires procure du plaisir aux amis anonymes que sont les lecteurs.
Écrivain et Critique d’art
Ateliers d’écriture en liaison avec le Louvre (2000-2005) puis Orsay (2006-2007)
Cours d’écriture et perfect. de la langue à l’Université Paris-Dauphine (2004-2007)
Née à Guingamp en 1957, j'ai été attirée par l'écriture, le théâtre et l'art avant même d'apprendre à écrire, à Madagascar.
J'ai étudié l'art et la littérature avec la rigueur exigée par le cadre d'une non conformité absolue.
Bibliographie
Romans
– Ton visage d'animal, Champ Vallon, 2008
– On irait (réédition), L’École des Loisirs, mars 2007
– Comment faire une danseuse avec un coquelicot, ed. Champ-Vallon, 2004
– La Chronique des choses, ed. Champ-Vallon, 2002
– Mon vis-à-vis, ed. Champ-Vallon, 2000
– On irait, ed. Gallimard, 1999
– Un Grand Rangement, ed. Fayard 1996
– Alar, ed. Fayard, 1995
Théâtre
– Un grand rangement, lecture par Roland Bertin au théâtre Essaïon
– Les blancs, mise en scène Thierry Bédard à la Ferme du Buisson
– Le salon des orchidées, mise en voix par Catherine Hiégel à Avignon
– Hélène 1927, Hélène Surgère aux Petits Mathurins. L'Avant-Scène N°771
– Loin du grenier, lecture par Hélène Surgère à Théâtre Ouvert
Créé au Lucernaire. L'Avant-scène N°743
– Tu oublies où tu es, lecture par Roland Dubillard
Essai
– Un art du secret -collectionneurs d'art contemporain en France- ed. Jacqueline Chambon 1997
Extraits
à Bernard Ménez
dans les bois du Coadou
Bientôt le président Beauchat déclare ouverte la séance du classement des chevaux et voitures pour l'arrondissement de Châteaulin. Puis c'est l'appel. Les têtes se tendent vers le président de la Commission assis au bureau entre les mots MAIRIE et ÉCOLE DES FILLES. Dessous, les chevaux piétinent en secouant la crinière. Les voitures à examiner sont soigneusement garées côté ÉCOLE DES GARÇONS.
On s'avance tenant au poing, bien haut, la bride du cheval que le vétérinaire va examiner et faire passer sous la toise. Une fois classé, on s'en repart. Chacun est à sa place et joue sa partie. Le président, les habitants, les gendarmes.
Les chevaux.
On dirait un ballet, une affaire qui revient à chaque mois de mai, de bêtes et d'hommes.
Ce qu'on a d'assurance, de confiance, ce qu'on partage de sueur au travail avec ce cheval-là, rêve, fatigue, ses expériences considérables ou éthérées, la détresse et la joie, tout ce dont on ne parle pas et qui fait qu'on est soi, tel particulier de Kuzulbic, de Bodavid ou du Coadou, de n'importe quel village de la commune, trouve ici, devant la Commission, le geste public, le ton familier qui accordent ce jour aux innombrables rouages du temps.
Les choses d'habitude se passent de cette façon. Cependant le jeudi 24 mai 1887, tôt en début d'après-midi, beau, chaud, grand ciel bleu, les propriétaires de voitures et de chevaux ont à peine commencé de défiler, on est encore peu passé sous la toise, peu s'en repartent. Les deux gendarmes règlent la circulation, mais pour Le Moigne qui assure la traduction des propos que doivent échanger les gens de Saint-Hernin et le président, la tâche est double. A peine a-t-il conduit un cheval de devant l'école de filles au milieu de la route, face au bureau de la Commission, qu'il lui faut s'en retourner pour rappeler à tel propriétaire de calmer l'étalon qu'une jument frôlée a rendu fou. Ou c'est la bête anxieuse, difficile à maintenir, accusée à grands cris d'avoir mordu un cheval proche. A moins qu'un nouvel embarras de voitures ne survienne sur la portion de route qui descend au canal.
On ne peut pas attraper partout.
Mais il s'est passé quelque chose entre la tribune et la toise. Juste là, maintenant.
Monsieur le maire a-t-il interpellé le gendarme Le Moigne ? Celui-ci n'a pas bougé. En tout cas il n'a rien répondu.
On a vu le maire quitter le bureau, d'un coup. Descendre de l'estrade, s'arrêter au niveau du gendarme. Et lui parler. Que lui a-t-il dit ? Qu'a répondu le gendarme ? A-t-il parlé seulement ?
Le gendarme Le Moigne n'a pas bougé.
Monsieur le maire a-t-il sollicité le président Beauchat, qui a peut-être jeté un oeil au-dessus du registre avant d'appeler à haute voix le Gendarme Le Moigne pour lui demander de débarrasser le passage ?
En tout cas, Le Moigne aussitôt s'est tourné vers le groupe il est vrai trop compact et désordonné des chevaux, pour tenter de rétablir l'ordre et que les bêtes se garent à l'emplacement qui leur est réservé.
Hey, Chew, Holà ! Le gendarme repousse les indisciplinés, bras levés. Il disparaît parmi les hautes jambes, les flancs frémissants, les cols aux franges longuement secouées. On ne le voit plus mais on l'entend très clairement. De sa belle voix grave qui porte loin, le gendarme adresse à tous et à chacun de brèves injonctions dans la langue ancienne. Surtout il use de la langue douce que les chevaux entendent plus particulièrement.
L'ordre rétabli, Le Moigne réapparaît face à la mairie.
Le président semble satisfait. Alors que se passe-t-il à côté de lui à la tribune ?
Le maire, pâle, courroucé, fixe deux yeux mauvais sur le gendarme Le Moigne.
Le gendarme lance un regard circulaire. Pas de doute, il est visé et lui seul par cette rage subite de Monsieur le maire.
Le lendemain Louis Lefranc, maire de Saint-Hernin, écrit au Préfet du Finistère, le priant de bien vouloir provoquer des "mesures disciplinaires" contre le gendarme Le Moigne.
Au soir du 5 janvier 2004, je relis cette lettre que j'ai recopiée dans mon vieil ordinateur portable le 24 décembre dernier, aux Archives du Département où les feuillets sont conservés. Le premier et le plus grand tort du gendarme semble avoir été de répondre à Monsieur le Maire "avec une certaine morgue & un air de suffisance, assez ridicule d'ailleurs" quand ce dernier lui a fait remarquer "à deux ou trois reprises des embarras de montures & de chevaux dus à sa négligence et à son oubli de la Consigne."
En priant les représentants du gouvernement républicain de vouloir bien provoquer des mesures disciplinaires contre "un simple gendarme" afin de lui apprendre la politesse, et que cet agent de la force publique, incapable de faire régner l'ordre, comprenne un peu mieux à l'avenir ses obligations vis-à-vis des Maires, Lefranc y va peut-être un peu fort. Mais quand il écrit, parlant de lui-même, "les Républicains militants (et qui n'en sont plus à faire leurs preuves pour appuyer le Gouvernement) ne sont guère en odeur de Sainteté près de bon nombre de Gendarmes qui portent encore le deuil du Régime de l'ordre moral", il accuse sans plus de fondement les membres d'une arme au service de la République de déloyauté. "Mais ici, poursuit Louis Lefranc, il y a autre chose que ma personne privée, il y a l'autorité du Maire premier Magistrat de la Commune à laquelle la Gendarmerie doit une entière déférence et une soumission absolue quand cette autorité, dans l'exercice de ses fonctions, lui donne une consigne intéressant l'ordre et la Sécurité Publique, autorité qui dans l'espèce a été pleinement et volontairement méconnue par le Gendarme Le Moigne."
Qu'est-ce qui a bien pu traverser l'esprit du gendarme après que son chef l'eut appelé pour l'informer de la plainte que le maire de Saint-Hernin avait portée contre lui devant le préfet ?
Son effarement. Son désespoir.
Sa colère ?
Lieu de vie
Ile-de-France, 75 - Paris
Types d'interventions
- Ateliers en milieu scolaire
- Ateliers en milieu universitaire
- Débat/dialogue en milieu universitaire
- Ateliers autres publics
- Débat/dialogue en milieu scolaire