Les écrivains / adhérents

photo Patrice Robin

Patrice Robin

Roman / Nouvelle

Je grandis dans une famille de petits commerçants dans le nord des Deux-Sèvres et entre à l’usine peu de temps après la fin de mes études secondaires. Cette entrée rapide dans le monde du travail parce que je veux être indépendant. Au bout de deux années d’usine, aspirant à une situation plus assise, j’apprends le métier de comptable et le deviens. Dans la grande région parisienne. C’est le début d’une carrière fulgurante qui me mène en trois ans d’un poste de comptable qualifié à celui de simple employé de bureau. Qui plus est à temps-partiel. Je consacre le reste de mon temps au théâtre, découvert au sein d’une troupe amateur. J’écris trois spectacles d’histoires courtes que je joue de 1980 à 1985 dans des petites salles. Puis, faute d’y gagner ma vie et parce que mon goût pour les mots s’est affirmé, j’abandonne le théâtre pour l’écriture seule. Et deviens animateur culturel. Dans le secteur du spectacle vivant d’abord, puis, au début des années 90, dans celui du cinéma, où je reste plus d’une dizaine d’années. Je vis à Lille depuis 1992 et y anime des ateliers d’écriture.

Bibliographie

Publications
– Graine de chanteur, Éditions Pétrelle, 1999.
– Les Muscles, Éditions P.O.L, 2001 et Folio, 2003.
– Matthieu disparaît, Éditions P.O.L, 2003.
– Le Voyage de Paul (nouvelle), T.E.C. CRIAC (Roubaix), 2005.
– Bienvenue au paradis, Éditions P.O.L, 2006.
– Sentinelles sans bataillon, (nouvelle), nuit myrtide éditions (Lille), 2008.
– Le Commerce du père, Éditions P.O.L, 2009.

Extraits

Sur la photo prise à la sortie de l’église, le père de Moïse est le premier des six personnages en partant de la gauche. Il porte un nœud papillon. C’est la première fois de sa vie. Ses épaules sont hautes, sa poitrine ressortie. Il sourit lèvres closes, tête légèrement inclinée sur le côté gauche, prend un air discrètement distingué, celui peut-être, pense-t-il, que l’on doit avoir dans ces milieux. Son regard cependant reste inquiet. Il a le bras droit plaqué le long du corps, donne l’autre à sa femme. Ses doigts sont repliés, sauf les pouces.

La mère de Moïse est coiffée d’une capeline élégamment inclinée sur le côté droit, de couleur claire, bleue peut-être, c’est une photo en noir et blanc. Son manteau est noir et cintré, impeccablement coupé. De fabrication maison. Elle a le regard droit, la tête haute.

Les parents de Marie sont à l’extrême droite de la photo, légèrement en retrait. Sa mère ne sourit pas. Ses lèvres sont serrées, pincées même. Tout ce qu’elle porte, chapeau, manteau, gants et chaussures, vient de la sous-préfecture.

Le père de Marie domine tout le monde d’une tête. Son corps est à demi caché par la mariée. On aperçoit, luisant doucement dans l’ombre, le revers en satin de sa veste. Il paraît décontracté. À la position de son bras gauche, on devine qu’il a les mains tranquillement jointes sur son ventre.

Les mariés sont au centre de la photo. Moïse est vêtu d’un costume trois pièces, taillé dans un fin lainage gris clair qui recouvre aussi les boutons de la veste et du petit gilet. Une élégance soulignée par le gris un peu plus soutenu d’une paire de gants portée chic, la main droite, seule gantée tenant le gant gauche. Unique note de fantaisie, un gros nœud papillon noir. Il fixe l’objectif, sourit, une expression de calme détermination sur le visage.

Marie porte une robe blanche recouverte d’un manteau à capuche bordé de fourrure, blanc également, comme ses gants. Elle tient une rose devant elle. Sa main droite est posée sur le poignet de Moïse, son bras à demi tendu. Son corps est légèrement orienté du côté opposé. Son regard aussi.

Extrait de Bienvenue au paradis, Editions P.O.L, 2006

Mes parents ont tenu une quincaillerie pendant trente ans dans une petite ville du nord des Deux-Sèvres. La soixantaine approchant, mon père a suivi les conseils d’un de ses amis, directeur d’agence bancaire, et fait quelques placements pour se constituer une retraite complémentaire. Ces dispositions prises, ma mère et lui ont acheté une maison avec sous-sol et jardin à quelques centaines de mètres du magasin, l’ont fait aménager à leur goût et s’y sont installés dans les jours qui ont suivi la cessation définitive du commerce, le 31 décembre 1985.

Datée du 24 janvier 1986 et retrouvée dans mes archives, une attestation de l’Assedic du Havre m’informant que je dois porter sur ma déclaration fiscale, au titre d’allocations perçues l’année précédente, vingt mille trois cent quatre-vingt-douze francs et soixante-dix-sept centimes. Cette somme m’a permis de payer pendant six mois le loyer de mon studio et de m’y enfermer pour mettre en chantier mon premier roman.

J’ai conservé depuis cette époque tous les documents administratifs ayant rapport de près ou de loin avec mon quotidien de travailleur chômeur écrivain : contrats de travail, bulletins de salaires, soldes de tous comptes, notifications de décision, lettres de rappel, demande de prêts bancaires, commandements de payer, sollicitations de crédits d’urgence, fins de non recevoir multiples et attestations variées.

Il est précisé sur celle de l’Assedic que j’ai été en 1985 cent soixante-treize jours au chômage dont quatre-vingt-dix en allocation de fin de droits. L’urgence est donc pour moi, en ce début 86, de retrouver un emploi. Le 11 février, je signe un contrat de travail avec une maison de quartier qui m’embauche, pour quatre mois, en qualité de responsable des ateliers artistiques. Je dois ce recrutement au fait que j’ai terminé, un an plus tôt, une formation d’animateur socioculturel. Une activité, ai-je pensé que je pourrai exercer entre deux romans pour me refaire une santé financière et rouvrir mes droits au chômage.

En attendant la réalisation du second objectif, je m’emploie à atteindre le premier, persuade d’abord mon employeur de me délivrer une attestation de travail sans y préciser que je suis en contrat à durée déterminée, puis ma banque de me faire un prêt. J’obtiens quinze mille francs remboursable en trente-six mois. Dans la case Objet du financement, le prêteur a écrit Trésorerie.

Celle-ci semble loin d’être remise à flots puisque, par bordereau du 9 mai, ma mère fait transférer sur mon compte la somme de douze mille trois cent trente-six francs et quarante-cinq centimes, capital et intérêts de sept bons anonymes lui appartenant en propre. Une discrète transaction qui lui évite de mettre mon père au courant.

Extrait de Le Commerce du père, Editions P.O.L, 2009

Lieu de vie

Nord-Pas-de-Calais, 59 - Nord

Types d'interventions
  • Ateliers en milieu scolaire
  • Rencontres publiques
  • Ateliers en milieu universitaire
  • Débat/dialogue en milieu universitaire
  • Ateliers autres publics
  • Résidences
  • Débat/dialogue en milieu scolaire