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Les écrivains / adhérents

Régine Detambel

Poésie / Roman / Nouvelle / Essais / Jeunesse / Contes
photo Régine Detambel

Régine Detambel a publié son premier ouvrage aux Éditions Julliard, en janvier 1990, sous l’égide de Christian Bourgois et Elisabeth Gille. Depuis 1994, ses romans paraissent aux éditions Gallimard, dans la collection « Blanche » et sont traduits dans une dizaine de langues.

Elle a publié des romans (Le Jardin clos, Gallimard, 1994 ; La Verrière, Gallimard, 1996 ; La Chambre d'écho, Seuil, 2001 ; Noces de chêne, Gallimard, 2008…), des textes brefs (La Ligne âpre, Christian Bourgois, 1998 ; Graveurs d'enfance, Folio, 2001…), des essais (Petit éloge de la peau, Folio, 2007 ; Le Syndrome de Diogène, éloge des vieillesses, Actes Sud, 2008…), de la poésie, des pièces radiophoniques, des livres pour la jeunesse, ainsi que des ouvrages numériques à télécharger sur publie.net (Les Corpulents, Décousures…).
Ses ouvrages interrogent le corps et sa mémoire, au travers des expériences de l’enfance ou de la vieillesse, ainsi que l’omniprésence de la peau dans la littérature et les arts. Kinésithérapeute de formation, elle tient à rappeler l’importance du corps de l’écrivain dans l’œuvre et la nécessité de rematérialiser le littéraire, menacé de désincarnation.
« Correspondante locale de l’Oulipo en Languedoc » (dixit Noël Arnaud), elle a publié quelques textes issus de contraintes oulipiennes : La Modéliste (Julliard, 1990), Les Ecarts majeurs (Julliard, 1993) et des articles dans Formules, la revue des littératures à contrainte.
Son prochain ouvrage, à paraître chez Gallimard en 2010, poursuit en quelque sorte la quête philosophique entamée avec le Petit éloge de la peau (Folio, 2007). Il s’intitulera 50 Histoires fraîches. Une femme entre en conciliabule avec elle-même dans les miroirs d’un supermarché, des paysans rêvent à la solitude des pôles, un laveur de carreau entrevoit l’existence de Dieu, un vieil homme partage sa maison avec un arbre… Et si ces nouvelles se veulent fraîches, cela veut dire brutes, sorties tout nuement de l’expérience humaine et livrées comme un témoignage émerveillé de ce que peut le quotidien.

Elle travaille régulièrement avec des plasticiens (Colette Deblé, Daniel Dezeuze, Claudie Laks, Martine Lafon…) pour étoffer sa vision de l’écriture du monde et a publié des articles chez Hazan et Actes Sud. Il lui est arrivé d’exposer son propre travail pictural.

Régine Detambel est également animatrice d’ateliers d’écriture et conférencière. Sa formation de masseur-kinésithérapeute lui permet d’aborder notamment la thématique du corps. Elle propose des conférences sur des sujets variés : « Vieillesse créatrice », « La Peau racontée », « L’écriture en mouvement », etc.
Ses interventions en établissements scolaires, collèges et lycée, l’ont conduite à s’engager pour que les élèves puissent prendre le risque de s’engager dans la langue. Elle leur parle de son travail pour réincarner la littérature et leur en explique le processus physique, pratique. Comment le monde se transforme en livre ? Quels livres ont fait ce livre ? Quels auteurs ont fait cet auteur, et comment ?

Depuis 2006, elle présente régulièrement des écrivains dans les bibliothèques. A la médiathèque L’Astrolabe de Cergy, elle s’est entretenue avec Annie Ernaux, Jean Rouaud, Sylvie Germain… A la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges, elle a présenté Pascal Quignard, Michel Deguy, Hélène Cixous…
Elle propose également dans les bibliothèques des cafés littéraires et interrogent les lecteurs sur les mots de leur vie ou les livres de leur vie…

L’essai intitulé Le Syndrome de Diogène, éloge des vieillesses (Actes Sud, 2008) pose les enjeux d’une question de société devenue brûlante, tandis que Noces de Chêne (Gallimard, 2008) explore sous forme romanesque une histoire d’amour et de sexualité entre deux octogénaires.
Suite à la publication de ces ouvrages, Régine Detambel a été marraine nationale de la Semaine Bleue, semaine des retraités et personnes âgées, et propose des conférences-débats autour de la polémique et vaste question de la vieillesse.

http://www.detambel.com
Bibliographie

Fictions
– Son corps extrême, roman, Actes Sud, 2011 - Grand Prix de la SGDL 2011
– Sur l'aile (Mercure de France, 2010)
– 50 Histoires Fraîches (Gallimard, 2010)
– Noces de chêne (coll. « Blanche »), Gallimard, 2008.
– Notre-Dame des Sept Douleurs (coll. « Haute Enfance », Gallimard, 2008.
– Pandémonium (coll. « Blanche »), Gallimard, 2006.
– Mésanges (coll. « Blanche »), Gallimard, 2003.
– La Chambre d’écho (coll. « Point Seuil » n°1062), Le Seuil, 2001.
– La Patience sauvage (coll. « Blanche »), Gallimard, 1999.
– Elle ferait battre les montagnes (coll. « Blanche »), Gallimard, 1998.
– La Verrière (coll. « Blanche » & « Folio » n°3107), Gallimard, 1996.
– Le Ventilateur (coll. « Blanche ») , Gallimard, 1995.
– Le Jardin clos (coll. « Haute Enfance »), Gallimard, 1994.
– La Lune dans le rectangle du patio (coll. « Haute Enfance », Gallimard, 1994.
– Le Vélin, Julliard, 1993.
– La Quatrième orange, Julliard, 1992.
– Le long Séjour, Julliard, 1991.
– La Modéliste, Julliard, 1990.
– L’Orchestre et la Semeuse, Julliard, 1990.
– L’Amputation, Julliard, 1990.

Textes brefs
– Les Enfants se défont par l’oreille, Fata Morgana, 2006.
– Blasons d’un corps enfantin, Fata Morgana, 2000.
– La Ligne âpre, Christian Bourgois, 98.
– Album (coll. « Petite Bibliothèque du XXe siècle »), Calmann-Lévy, 1995.
– Graveurs d’enfance (1ère édition Christian Bourgois, 1993), Folio n°3637, 2003.
– Les Ecarts majeurs, Julliard, 1993.

Essais
– Le Syndrome de Diogène, éloge des vieillesses, Actes Sud, 2008.
– Petit éloge de la peau, Folio n°4482, 2007.
– Bernard Noël, poète épithélial, Jean-Michel Place, 2007.
– L’Ecrivaillon ou l’enfance de l’écriture, Gallimard, 1998.
– Colette. Comme une flore, comme un zoo, Stock, 1997.

Poésie
– Icônes, Champ Vallon, 1999.
– Emulsions, Champ Vallon, 2003.

Pour la jeunesse
– L’Arbre à palabres, Flammarion/Père Castor, 1997
– Ernest Poustoufle danse la javanaise, Flammarion/Père Castor, 1998
– Les Massachusetts prennent la plume, Gallimard Jeunesse, 1997
– Premier galop, Gallimard Jeunesse, 1999
– La Fille mosaïque, Les 400 coups, 2008
– Jalouse, Bayard Jeunesse , 2003
– Ecoute-moi, Bayard Jeunesse, 2000
– La Comédie des mots, Gallimard Jeunesse, 2004
– Des petits riens au goût de citron (Thierry Magnier, 2008)

Extraits

Extrait de Son corps extrême, roman, Actes Sud, 2011
"On ne s’éveille pas vierge d’un coma. Même si on a l’impression, un temps, que tout est blanc, il y a eu les cauchemars. Les démons hantent le silence et s’en nourrissent, ils sont la face vénéneuse des choses dont on avait si peur dans la chambre d’enfant, ils sont l’ombre de l’armoire, ils sont la tache de moisi sur la toile de Jouy qui, dans la presque obscurité, avait l’air d’une tête de mort, ils sont des âmes en peine et des spectres condamnés à une course désordonnée et éternelle.
On ne s’éveillera plus jamais vierge. Les plis sont marqués partout. La preuve, c’est qu’on n’a pas toute la vie à retraverser quand on rouvre les yeux, un beau matin, dans un lit surélevé et muni de manivelles commodes. On n’a pas grand-chose à passer en revue, excepté ses abattis peut-être. Mais le fait d’être femme, le fait d’être mère, le fait de se demander si on est folle ou saine, tout revient aussitôt, le fardeau, le fagot, le paquet de souvenirs mouillés comme du linge lourd lui reviennent en pleine poire. Alice sait déjà tout, les scandales sont restés des scandales, les bonheurs sont toujours lumineux. Rien de changé. Rouvrir les yeux sur un matelas à eau de quarante centimètres d’épaisseur n’a créé aucun court-circuit déroutant. Et bien que son existence ait été largement éventrée et retournée par l’événement, Alice appartient toujours au même règne, à l’embranchement souhaité, pointe dans la classe idoine, évolue dans l’ordre, la famille, le genre et l’espèce ad hoc. Elle n’a pas eu droit à du neuf. Elle a remis sa vieille vie, d’occase, et replantera ses pieds dans les mêmes ornières. Rien n’a fait surgir de son être psychique des combinaisons fantastiques ou subtiles, elle se retrouve comme devant, déjà bouleversée, déjà infiniment angoissée, avec la peur et la rage au ventre, qui déploient leurs fastes et hissent leurs drapeaux.
Elle s’éveille donc seule, David a disparu. Pour les différends, du moins, ils se sont toujours bien entendus et Alice ne perd rien à émerger dans cette réalité-là, avec pour seul nuage une poche de glucose au-dessus de sa tête et pour tout roulement de tonnerre le rire bête et bienfaisant de la famille banale qui visite sa voisine de chambre. Elle a la tête effroyablement lourde, gourde, elle est toujours en retard d’une réplique et son intelligence traîne derrière elle, égarée quelque part dans l’épave de la voiture ou sous le lit ou dans le tiroir de la table de chevet avec les protège-slips, un miroir inutile et des sucrettes. Elle somnole dans ce monde complet, ouaté et glougloutant. Ses pensées forment une matière légère, alvéolée. Et le vide apparent dans son crâne tient à l’allongement inouï des temps de pose entre deux réflexions, si bien que chacune de ses journées se love dans une seule image qui suffit à la condenser. Les heures se remplissent d’elles-mêmes d’une sorte de matière sans valeur, de billes de polystyrène, de bulles de plastique qui n’ont ni goût ni couleur. L’extrême de l’allègement. Alice jouit du bonheur de se fondre dans la masse, de n’avoir plus à décider du bien et du mal. Aubaine que d’être dépouillée de la pénible tâche de penser, libre du carcan des conventions et des manières, ne répondant rien quand on lui parle, n’ouvrant pas la bouche quand on lui donne à manger. Le vide est un baume aux tourments de soi. Une terrible et merveilleuse dispense d’humanité".


"Il y a des êtres à qui la vieillesse a donné, non pas une éternelle jeunesse, mais plutôt une souveraine liberté, un éclat de sentiment pur, fait pour jouir d’un moment de grâce entre la vie et la mort. Chez Taine, toutes les pièces de la machine se sont combinées en vue de l’amour et pour envoyer dans l’avenir un trait qui traverse les âges : Maria."
Extrait Noces de chêne (Gallimard, 2008)


« J’écris à l’écran, je n’ai plus besoin de toucher pour sentir, j’effleure seulement. Mon écrit est de la graine de traces. Il est de l’eau. L’écriture aujourd’hui n’écorche plus le papier. Fi des parois scarifiées. Elle se tient loin du manuscrit, du parchemin, de cette peau de veau mort-né, encore sanguinolente, dont le vélin tira sa palpitante origine. Elle n’est plus une écriture mordeuse de chair, qui tatoue le texte sur la peau des livres — et c’est pourquoi d’ailleurs elle se mémorise si mal.
Elle dit qu’il n’est plus nécessaire de faire saigner la peau pour que l’écriture suinte vive, elle procède virtuellement, elle s’inscrit à l’écran liquide.
L’écriture est bain. »

Régine Detambel, extrait de Petit éloge de la peau, Folio inédit/Gallimard, 2007

Lieu de vie

Languedoc-Roussillon, 34 - Hérault

Types d'interventions
  • Aucune