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Les écrivains / adhérents

Brigitte Aubonnet

Roman / Nouvelle / Jeunesse
photo Brigitte Aubonnet

J’exerce comme orthophoniste et j’ai toujours été passionnée par le langage, la communication et les difficultés d’expression. J’ai participé à des ouvrages collectifs avant d’écrire des recueils de nouvelles et des romans.
J’ai créé, avec Serge Cabrol, la revue Encres Vagabondes qui (après dix ans de publication et trente numéros) existe maintenant sur Internet en accès libre (www.encres-vagabondes.com). Depuis 1992, j’anime un atelier d'écriture en Maison d'Arrêt, des formations sur Ecriture et Orthophonie et différents ateliers d’écriture.

Photo de Jean-Luc Paillé.

http://www.encres-vagabondes.com
Bibliographie

Romans, nouvelles
– Le bleu des voix, nouvelles, Éditions Le bruit des autres, 2004
– D’autres à qui penser, roman, Éditions Le bruit des autres, 2009
– Lire sur vos lèvres, roman, Éditions Le bruit des autres, 2011
– Violences, nouvelles. Éditions Le bruit des autres, 2014

Jeunesse
– C'est écrit sur ses lèvres, Éditions Le Muscadier, 2018

Participation à des ouvrages collectifs
– Square des 13 mai, roman, Éditions du Ricochet, 1999
Laon, textes sur le chef-lieu du département de l'Aisne, photographies couleur de Claude Jacquot, 1999
– Ecrivains / Sans-Papiers, nouvelles, Éditions Bérénice, 2000
– Une Anthologie de l’Imaginaire, Arcane septième, nouvelles, Éditions Rafael de Surtis, 2000
– Anniversaires, nouvelles. Pour les dix ans de la Médiathèque de Beauvais, Ouvrage hors commerce, 2001
– Petite Ceinture, nouvelles, Arcadia Éditions 2006
– Bains Douches, nouvelles, Arcadia Éditions 2007
– Objets trouvés, nouvelles, Arcadia Éditions 2008
– Le bébé d’à côté, nouvelle, collectif Le monde changera un jour. Souffle court éditions et éditions Quart Monde, 2017
– De mémoire en oubli - 60 auteurs pour la recherche contre l'Alzheimer, collectif, Good Heidi Production (Genève), 2018

Publications en revues
Sapriphage, Brèves, Étoiles d’encre.

Thèmes abordés
- la voix et les problèmes de communication
- l’engagement syndical et le rapport aux autres
- le problème de la surdité chez une adolescente

Extraits


Se parler, comment ?
Je l’aime. Il m’aime. J’ai quinze ans et demi et lui seize ans et demi. Les demis on s’en fiche à notre âge. On est assez grands pour vivre comme on l’entend – enfin… façon de parler. Je suis sourde. On me le dit et on me le répète depuis l’enfance. Je suis sourde et je le resterai jusqu’à la fin de ma vie. Lui aussi est sourd, il le sait, et le sera jusqu’à la fin de sa vie.
C’est bon, on a compris…
Non seulement ils nous trouvent trop jeunes pour sortir ensemble, mais en plus on est sourds. Imaginez comme ils ont la trouille, les parents. Les craintes à la puissance dix.

C'est écrit sur ses lèvres, Éd. Le muscadier, 2018


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Seule. Elle se sauve. Inquiète. Un coup d’œil, derrière. La porte a claqué dans son dos. Et s’il la suivait. S’il l’enfermait de nouveau. Il la surveille. Tout le temps. Il est toujours sur ses traces. L’air de rien. Un manque de confiance surtout. Même quand elle va aux toilettes. Un détective à demeure. Un vicieux.
Elle a chaud. Elle court. Malade. Il ne faut pas qu’il la rattrape. Elle a entendu crier. Elle se retourne. Personne. La voie est libre. Elle continue. Une détermination d’adolescente butée la propulse. Elle trébuche. La bordure du trottoir, une montagne pour ses pieds engourdis.
Elle longe l’école maternelle. Vide. Quelle heure est-il ? Où sont les enfants ?
Elle sursaute. Un bruit bizarre. Là-haut. Qu’est-ce que c’est ? Un oiseau ? Quelque chose va lui tomber dessus ? Elle s’arrête pour observer. Les feuilles du peuplier bougent. Un souffle doux sur ses joues. Personne pour lui donner des ordres. Mais elle n’a pas le temps de rêver.
Rassurée, elle continue. Un croisement de rues. Laquelle choisir ?

Asiles, nouvelle publiée dans le recueil de nouvelles « le bleu des voix », éditions Le bruit des autres (2004), et reprise dans le recueil « De mémoire en oubli – 60 auteurs pour la recherche contre la l’Alzheimer », Good Heidi Production (2018)


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« Le tas de chiffons n’a pas bougé. Sa mère adhère au trottoir. Carmina voit de loin cette communion de loques crasseuses et de chair. Elle vient d’emménager dans son deux-pièces. Elle a récupéré deux vrais lits chez Emmaüs. Ils étaient bien propres. Deux lits d’une chambre d’enfants qui avaient dû partir. Les draps ont les plis du neuf. Elle les a déballés ce matin avant de venir chercher sa mère.
- Tu es toujours d’accord. Tu m’avais dit de revenir quand j’aurais déménagé et assez de place. C’est fait.
- J’ai pas envie d’être en prison chez toi. Je veux faire comme je veux.
Quelle est cette menace ? Carmina peut-elle reculer ? A-t-elle encore envie d’héberger sa mère ? En a-t-elle surtout la force ?
Si leur vie commune devenait insupportable, elle ne pourra jamais la renvoyer sur le trottoir. »

Violences, recueil de nouvelles. Ed. Le Bruit des Autres, 2014

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Maxime n'a pas tenu très longtemps. Se retrouver seul avec lui-même a été trop dur. Ne plus militer l'a renvoyé devant un terrible miroir. Il tournait en rond avec ses idées et cela le déprimait. Dès que l'occasion s'est présentée, il n'a pas hésité. Il a rejoint un groupe de parole pour recevoir des SDF. C'était tendance. Il le savait, ses copains l'ont assez critiqué mais celui qui l'a entraîné dans cette nouvelle aventure y croyait. Si l'on voulait donner aux autres, après tout, les motivations de chacun n'ont aucune importance. Ils animent à deux, un soir par semaine de vingt à vingt-trois heures Ils cherchent des volontaires pour proposer une soirée supplémentaire. Maxime a découvert des vies en dehors de tout. Plus de travail, plus de maison, plus de famille, plus de voix. Un fatras de décombres. Aucune force pour réagir. Une dérive totale, seule issue : se laisser aller. Maxime ne se plaint plus. Les regards de ces hommes et de ces femmes qui s'accrochent à lui quand il parle lui donnent une valeur qu'il n'a certainement pas, mais il y croit. Il en a besoin. Ces regards masquent ce qu'il n'aime pas en lui.
Il a découvert le poids du silence. Celui qui emmure, qui crée des cloisons. Quand il y a trop de malheurs à dire, on ne dit plus, à quoi bon. Et parfois même, l'oubli protège. Certains ne savent même plus pourquoi et comment ils ont sombré. D'autres ne parlent pas, personne ne les comprend, personne ne les aide. Cela devient même insupportable d'être aidé, indécent. Ils ne font plus partie du monde, du vrai monde de faux généreux. Si souvent on les a ramenés vers le bord d'une vie normale sans leur permettre de retrouver le nécessaire pour continuer un chemin possible, alors ils ont sombré de nouveau, encore plus bas qu'avant, comme celui qui augmente sa consommation après avoir arrêté des mois la cigarette. Addict, ils doivent l'être à la misère, voilà ce que parfois on leur dit.

D’autres à qui penser , Éd. Le bruit des autres, 2009

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Lire sur les lèvres est tout un art. Si elle ne saisit pas le sens de la phrase du premier coup, cela ne sert à rien qu'il la lui répète exactement de la même façon une deuxième, une troisième fois. Elle a beau lui expliquer, Romain ne comprend toujours pas. Il est borné. Il fonctionne en système binaire. 1: je ne veux pas comprendre. 2: je ne veux faire aucun effort. Borné, bord-nez, bord né. Dans un mot s'en cachent souvent d'autres. Il y a tant de mots gigognes. Pricilia s'y perd parfois. Le temps qu'elle trouve le sens correct d'un mot, ceux qui lui parlent ont déjà haussé les épaules, tourné le dos et repris le cours de leur petite vie tranquille. Pourtant elle est très douée pour déchiffrer les hiéroglyphes inscrits sur les lèvres mais le parchemin est plus ou moins net, plus ou moins agréable. Il y a de belles lèvres avec de beaux mouvements bien dansés, bien clairs, harmonieux, liés et séparés à la fois. Ils se détachent comme une offrande. D'autres sont des mouvements sur du papier brouillon où tout est mixé, raturé, plein de taches. Les mots bavent. Pricilia ne distingue que des magmas qui s'entremêlent.
Maintenant, elle ose. Quand tout arrive en vrac sur des lèvres poubelles, c'est elle qui tourne le dos.

Lire sur vos lèvres, Éd. Le bruit des autres, 2011


Lieu de vie

Île-de-France, 92 - Hauts-de-Seine

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire