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Hommage à Pierre Oster

La Maison des écrivains et de la littérature a souvent retrouvé Pierre Oster, qui vient de mourir, lors des soirées publiques qu’elle organisait. Voici comment nous le présentions en 2010 : Poète et éditeur, né en 1933, Pierre Oster a fait de belles rencontres dans le dernier demi-siècle : Pierre-Jean Jouve, Alexis Léger, alias Saint-John Perse, Pascal Pia, Marcel Arland et Jean Paulhan, dont il réalisa la première édition des œuvres complètes pour l’éditeur Claude Tchou. Fidèle pour la publication de sa poésie aux éditions Babel, c’est chez Gallimard qu’est paru en 2009, Pratique de l’éloge, recueil de textes en prose où il dit « ce qu’il doit, et à qui ».

À nous de saluer ce poète à qui nous sommes fort redevables.

Oui, à nous, à moi, à qui s’associe aujourd’hui Jean-Yves Masson, Président de la Mel, de le saluer comme il se doit.

 

A peine avait-je été nommée à la direction de la Maison des écrivains et de la littérature que je rencontrai, au 53, rue de Verneuil où se tenaient les rencontres de la Maison qui demeurait là, un homme qui semblait-il, voulait me connaître. Pierre Oster, c’était lui, me donnait l’impression de savoir déjà que j’avais fait des recherches universitaires sur Joë Bousquet. Comment ? Pourquoi ? Je n’ai jamais compris. Mais dès lors que nous eûmes conversé tous les deux, il y eut entre nous Poisson d’Or. A l’heure où j’écris ces lignes pour lui, je relis les nombreuses lettres qu’il m’a adressées, où se dessine quelque chose qu’il prononcera ce fameux mois de janvier 2010, au Petit Palais, répondant aux questions de Jean-Michel Maulpoix, lors d’une rencontre du cycle inventé par Jean-Michel : La poésie pour quoi faire ? Ecouter ici

 

Parce que ce jour de janvier, nous, auditeurs, avions été bouleversés par la parole inouïe de Pierre Oster, comme si, de la même manière qu’il le faisait sur ces courriers, pages photocopiées et raturées – reprises de poèmes adressés de nouveau, petits morceaux de pensée réarrangée, recomposée pour faire incessamment du neuf –, comme si ce jour-là donc, il avait barré, d’un mot désolé, avec une sincérité bouleversante, toute son œuvre. Il l’avait littéralement fait exploser. Il parla ce jour-là comme s’il n’avait pas de légitimité pour être là, devant nous, nu et sans défense. Comme si lui, proche de Saint-John Perse, regrettait à l’instant de prendre la parole, son souffle, son lyrisme (?). Comme si le défaut qu’il se reprochait presque eût été de ne pas être assez moderne. Cette immense modestie, cette remise en cause fondamentale étaient évidemment un trait de caractère. Et pour ce faire, il en faut, un sacré caractère, une puissance critique, un doute honorable. Partout dans ses lettres, je remarque des chutes, des difficultés évoquées sans plus, alors que nous le savions souffrant. Je lis ceci par exemple : « Me voici contraint d’élaborer une grammaire de la peur »… Mais son élégance, sa politesse reposaient aussi en un baise-main tout pareil à une formule enlevée, légère, poudreuse, aristocratique. Je me souviens aussi de sa malice, de son regard qui savait que nous avions quelque chose à partager. D’une certaine manière, il ordonnait sans qu’il y paraisse. Gé, Poisson d’Or, était celle qu’il voulait que je rencontre. Grâce à lui, à son obstination si bienvenue, je porte une bague baroque que m’offrit Poisson d’Or. Qui d’autre qu’un poète majeur, un éditeur attentif, peut avoir ainsi ce sens de la rencontre, fût-elle presque surréaliste ?

Lisons-le, et comme nous y invite Michel Deguy dans ce texte : Notre P.O, donnons-lui nos voix en fête amicale et hommage sincère. Ce serait, pour lui, un juste présent.

 

Sylvie Gouttebaron

(en communion amicale et poétique avec Jean-Yves Masson)