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Les écrivains / adhérents

Régina Lager

Roman / Théâtre
photo Régina Lager

Je suis professeure d’allemand retraitée, 55 ans, domiciliée dans la Loire près de Roanne, 42, auteure de quelques nouvelles non publiées ayant obtenu des prix régionaux, et d’une pièce de théâtre.
Tout au long de ma carrière de 32 ans j’ai enseigné en France dans l’Education Nationale, et dans différents pays, comme l’Allemagne, l’Irlande et la Roumanie où je vis à mi-temps. Je suis la traductrice de Constantin ARCU, un écrivain roumain de Bucovine publié dans son pays.
Je suis tombée très tard dans la création littéraire, cette seconde peau qui soulevait imperceptiblement la première, comme une mue inexorable, l’amour de la transmission et des transmissibles étant plus vivant que jamais …. Et le désir de théâtre comme une faim en soie…..
Ma pièce de théâtre engagée à l’humour cinglant est empreinte d’un caractère particulièrement destiné à la jeunesse, lycéens, étudiants et public adulte en général, étant donné le ton d’ouverture de ma réflexion sur la question humaine, l’identité et le destin, et le rôle de l’art dans la société moderne ainsi que le pouvoir dans la société globalisée et l’appel à la lucidité.
J’y mêle à la fois poésie et philosophie sous le regard grinçant de la langue. A travers ce texte j’ai constamment présents à l’esprit tous les vivants et les morts qui me permettent de changer de peau et chaque mot leur rend gloire.
Je pressentais de manière très aigüe les graves turbulences actuelles dans le monde arabe, que je mets en scène de manière grinçante, c’est le théâtre de l’alerte, de l’urgence et du cri, mais de l’espoir aussi, où je donne une touche très forte à la langue française sur fond de poésie arabe dont je suis passionnée.
J’y glorifie particulièrement le rôle et le courage des femmes dans la lutte pour la liberté. C’est une pièce politico-poético-philosophique terminée en février 2009 que je souhaite ardemment voir mise en scène.

Bibliographie

– La globale tragédie, aux Editions THOT de Grenoble, juin 2009

Extraits

Premier extrait :
Deuxième tableau

Dans une usine désaffectée de Gazny, Sabuchi est entouré par des body-guards ayant chacun un portable à l’oreille. L’un d’eux est assis à une table et pianote sur un ordinateur portable. Ils sont hués par une foule de femmes échevelées.

Entrée du travailleur délocalisé Jean-Ahmed :
Patron, au nom du collectif ici présent,
Je te soumets, et ceci sans prendre de gants
La dernière et ferme revendication
Chargée elle aussi de beaucoup d’émotion :
Après avoir subi de ton camp les ravages
Et trimé sans relâche, destinés au carnage,
Vaincus par tant d’attaques toujours plus infâmes
Nous avons fini livrés aux mains des gendarmes.
Usant de ta force contre les innocents
Tu déployais ton arsenal si vaillamment,
Voici ton trophée, ce monde globalisé,
L'enfer y règne, institutionnalisé.
Toi, le fier commandeur de la pensée unique,
Fossoyeur acharné du fondement laïque,
Regarde la société, tu en fis ta proie
Plongeant les hommes dans un profond désarroi….
Combien a-t-il fallu de luttes, de durs combats
Déchirant la planète,…. pour en arriver là ?
Combien d’efforts en vain, de rixes politiques
Pour enfin assister à ton règne mythique ?
Combien surtout de mensonges organisés
Ont eu raison de nos confiances abusées ?
Combien de bougres en ton nom otagisés,
Le crime en due forme internationalisé !
Cette heure dramatique, raffinement extrême,
Veut voir le châtiment appliqué à toi-même.
O grand Sabuchi, le peuple ici réuni
Attend de toi que tu te fasses hara-kiri.
Que vienne sur toi la condamnation terrible
Qui te désignera comme pantin risible ! !

La foule des femmes :
Jean –Ahmed ! Jean Ahmed ! Jean –Ahmed ! Jean -Ahmed !
Qu’à de telles sanctions ta révolte ne cède !
Ouvrier-justicier ! Tes frères humiliés
Espèrent de toi jugement plus élevé…
Quel esprit de vengeance te porte si bas,
Tu requiers le suicide pour ce type-là ?

Jean-Ahmed :
Femmes révoltées, mères au cœur arraché,
Pourquoi ce jour vouloir encore contester
La sentence par tous rendue obligatoire
Pour un crime de sang à ses yeux dérisoire !
Le dictateur devra retourner contre lui
L’arme diffuse dont il usa sur vos vies :
Nulle condamnation brutale, nulle violence,
Égalité de traitement, voilà sa chance !

La foule des femmes :
Tant de jours et de nuits où l’angoisse était reine
A chercher à survivre, conditions inhumaines…
L’argent du chômage et les allocations,
Maigre fruit concédé par l’état-nation.
La guerre en prime, le bain de sang au fond des rues
Et d’orient en occident, ni paix ni salut,
La masse laborieuse a rompu le silence
Sabuchi, le moment vient de ta repentance !

Jean Ahmed et la foule des femmes investissent le bureau et tentent de prendre Sabuchi en otage. Ils sont refoulés par ses hommes et Sabuchi sort par une porte dérobée.

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Deuxième extrait :
ACTE 1 Scène 5

Dans une salle de commissariat. Le commissaire Sabuchi a fait convoquer Samira

Sabuchi :
Ton nom est Samira ? Celle qui t'a portée
De vivre ici à Gazny n'a pas mérité !
A traîner dans les rues, voilà ce qu'on ramasse !
Ton sang mêlé est une honte pour la race !
Tu devrais payer pour l'air qu'ici tu respires !
Et je tais tous les adjectifs que tu m'inspires !

Samira :
Sabuchi, à propos de qualificatifs,
Vraiment démesuré me semble le tarif
A payer pour un si légère incartade,
C'est aussi l'avis de mon humble camarade,
Il s'agissait seulement...

Sabuchi l'interrompt :
Vipère futée !
Mon commando vigile m'a tout rapporté !

Samira :
J'implore ton pardon, commissaire, je t'en prie,
Écoute ! Il s'agit simplement de poésie :
Si, mon ami et moi, nous étions en retard,
Bravions le couvre-feu, pour nous quel cauchemar !
Aucune intention de te désobéir,
Seul ton illustre nom en tout temps fait frémir !

Sabuchi, riant à gorge déployée :
Voilà bien l'hypocrisie féminine, la peste !
Tu te fiches de moi, ta lecture en atteste !

Samira, interloquée :
As-tu donc parcouru le livre condamné ?
Quelles infamies y auras-tu donc trouvées ?
Dans ce savant recueil conçu à la mémoire
De Gazny, se trouve un merveilleux répertoire
Du temps passé, quand le vent de mélancolie
Soufflait encore aux hommes la douce folie...
Hélas ! Aujourd'hui rares sont les passionnés
Qui pour quelques douces rimes auraient tout donné !
Si tu aimes les vers, si tu les apprécies,
C'est au professeur qu'il faudra dire merci !

Sabuchi :
Et non contente de déjouer ma police
Tu déverses habilement sur moi ta malice,
Tu puises ton venin dans les textes sacrés
Écrits par des hommes sages et redoutés,
Aucune femme jusqu'ici n'y eut accès.
Tu te damnes, tu appelles ton propre procès !

Samira :
Désolée ! Mais tu sembles vraiment méconnaître
L'immense culture du sol qui t'a vu naître,
Tu ignores la voix des grandes poétesses
Qui chantaient des guerriers les exploits, la détresse,
Ton mâle pouvoir, triste épouvante virile,
Qui veut imposer sa loi aux têtes graciles
Ne peut résister au son des plus beaux cantiques !
Indifférents de sexe, vénérons les distiques !
Si tu as parcouru quelque page interdite,
Tu as donc vu la vérité par toi maudite.
Le jour viendra où tous tes hauts faits éphémères
S'effaceront devant bien plus valeureux vers !

Sabuchi :
Audacieuse et impudente sorcière,
Tu peux, avec poésie, faire une prière ! !

Samira se met à déclamer le poème :
Louanges à toi, guerrier fier
De la race des téméraires,
La noblesse de ta lignée
S'inscrit pour la postérité :
Ainsi que l'aigle tu naquis
Jadis au-dessus de Gazny.
Et depuis, ton regard perçant,
Foudroie dans l'instant les méchants
Pâle est le soleil de midi,
A ta vue le ciel s'assombrit,
O du vent libre coursier,
De Dieu généreux messager,
Pour toi, nul vers n'est trop pompeux,
Ta probité fait des heureux,
Tu es le bienfaiteur parfait
Qui par miracle leur apparaît,
Tu prodigues aussi richesse,
A ceux que la misère agresse.
Tu ne connais aucun des vices
Mais sur nous répands ta justice.

Sabuchi :
D'abord effarouchée, défiant mon pouvoir,
Caille effrontée; tu finirais par m'émouvoir !
Approche, que dans ta fragilité je te cueille,
Mes griffes de rapace étouffent ton orgueil :
Tu auras la vie sauve, pour toi pas de prison.
Car pour tes beaux yeux je ferai exception,
Bien sûr tu sauras te montrer compréhensive,
(goguenard, déshabillant Samira du regard)
Veille donc à une coopération active !

Samira :
Mais pour la vraie royauté intellectuelle
Nul sacrifice n'est trop grand, rien n'est cruel !
La mort même, plus douce que le crime qui m'attend
Ne saurait m'effrayer dans mes derniers instants ! (Fière, elle se dresse et tend ses bras à d'éventuelles menottes)

Les gardes de Sabuchi se saisissent de Samira et la livrent à celui-ci.

Lieu de vie

Rhône-Alpes, 42 - Loire

Types d'interventions
  • Ateliers en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire