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Les écrivains / adhérents

Fabien Clouette

Roman / Scénario
photo Fabien Clouette

Fabien Clouette est l’auteur de deux romans parus aux Editions de l’Ogre. Egalement cinéaste et chercheur en sciences sociales, il est né en 1989 à Saint Malo.

Son premier roman, Quelques rides (2015), joue avec les codes du polar en racontant l’enquête qui suit un triple meurtre commis sur une commune littorale en pleine transformation balnéaire. Son second roman, Le Bal des ardents (2016), suit le destin de quelques habitants d’un grand port de commerce le temps d’une journée de carnaval qui dégénère en révolution. Il est aussi l’auteur d’une novella - Une épidémie - parue en 2013 sur la revue en ligne nerval.fr de Francois Bon, et inscrite ensuite au catalogue de la maison d’édition Publie.net.

En collaboration avec Jeremie Brugidou, il réalise en 2014 son premier film, Bx46, long-métrage d’exploration nocturne dans les quartiers sud du Bronx à New York. Le film est sélectionné au FIDMarseille (Festival international de Cinéma de Marseille) puis dans une quinzaine de festivals français et internationaux. Bx46 est disponible au sein du catalogue Images de la Culture du CNC.

Diplômé de l’EHESS en Histoire et doctorant en anthropologie sociale à l’université Paris 8 Vincennes - Saint Denis, il embarque régulièrement à bord de navires de pêche qui constituent son terrain ethnographique.

Bibliographie

Livres
– Une épidémie (2013) – Publie.net - novella
– Quelques rides (2015) - Editions de l’Ogre - roman
– Le Bal des ardents (2016) - Editions de l’Ogre - roman

Films
– Bx46 (2014)

Site web du collectif de création films :
https://lesplansdupelican.wordpress.com/nest/a-propos/

Extraits

Les Bal des ardents (Editions de l’Ogre, 2016) :

“Nous sommes dans les Surfaces, quelque part au milieu du désert. Il y a dans le ciel, pour une fois découvert et bleu comme jamais, quatre buses qui volent. Elles ne font pas du surplace comme on pourrait l’imaginer et comme on les voit faire d’habitude dans les champs de la campagne qui entourent la capitale. Comme celles là volent d’une manière plutôt étonnante, et qu’on est en plein désert, on décide d’arrêter la caravane. Il y a eu assez de signes pour convoquer le roi. Alors on tape à la porte de la voiture, où le prince, éveillé, regardait déjà les oiseaux avec le regard des chats de ferme devant les cages de poussins. Il abaisse la vitre et propose de ne pas déranger tout le corps du roi pour cette affaire de dessins d’oiseaux dans le ciel bleu. Alors sur son conseil, on convoque uniquement la voix du roi. Cette année, c’est un jeune magistrat tout juste recruté, fils d’un producteur de riz. Le garçon avance donc, avec deux chefs de guerre, un peu au-delà de l’endroit où la caravane est stationnée, et commence à parler, pendant que l’un des deux chefs note compulsivement ses mots et que l’autre les répète à un talkie-walkie relié à la voiture royale. Ce sont des buses qui vivent dans les champs autour du port et qui ont fait la route jusqu’ici. Le prince est satisfait des mots prononcés par la voix du roi, car les buses semblent reconnaître et rendre grâce au roi, plus que vivant, et au fait qu’il traverse les Surfaces. Selon la voix du roi, les oiseaux regrettent même qu’il n’y ait pas de fauconniers. Sans cela ils les auraient accompagnés. Le prince sort de sa cabine et rejoint les trois hommes. Sa marche dure une longue minute pendant laquelle on retient son souffle. Arrivé au niveau du trio, il demande à la voix du roi de retourner à son poste, le félicite vivement et lui promet que ses services seront reconduits automatiquement après la fin de son mandat. Il s’adresse ensuite aux oiseaux. Si vous voulez nous accompagner, alors venez, leur crie-t-il si fort que les quelques rares personnes de la caravane qui n’avaient pas cessé leur activité pour observer la scène sont maintenant captivées. Venez, et nous entraînerons parmi nos soldats des fauconniers plus doués que tous les fauconniers du monde. Il y a ensuite un silence qui dure une vie. On entend le vent et l’un des oiseaux vient voler dans les plumes d’un autre. Le prince recommence à crier mais l’un des rapaces se met à piauler si fort qu’il est impossible d’entendre les mots du petit souverain. Puis, quelques secondes plus tard, l’un d’eux laisse aller ce qui s’apparente à une pelote ou à des fientes, qui vont s’écraser brutalement sur le terrain sableux en laissant monter des nuages de poussière monumentaux et disproportionnés par rapport à la taille du projectile. Le chef de guerre qui prenait des notes se penche pour écouter le prince, qui lui murmure quelques mots à l’oreille avant de se retourner, tandis que l’autre chef de guerre se munit de son fusil et abat les quatre buses les unes après les autres, de quatre coups. On ne répond rien à Yasen, et on reste quelque temps figé après le discours. Un anonyme s’approche finalement du bûcher, réussit à trouver la couronne et la redonne à Tabulo.”

“Au retour, s'enfermer, aller manger et se perdre dans les cuisines. Faire l'amour, dos collé sur les bacs à glace. Il mord et voudrait mordre partout, ce qui fait pétale, ce qui fait blanc ; il mord pour répondre aux nudités, aux oiseaux sauvages et aux globes perdus, les fonds nébuleux, les caramels et les saillants. D'images troubles encore au fond, se laisse emporter, mais nage et respire, mais mord. Couper les têtes et les bras pour des descentes plus bas, faire tomber. Et tomber avec, laisser les joues reprendre leur forme, lentement pendant une heure d'apnée sur les draps immobiles, les cartons de boissons. Des fractions, des aveuglements, des souffles - comme si on avait mangé les lits des petits ruisseaux, mais que rien n'était renversé. Qu'on n'avait rien fait tomber, rien cassé, rien mordu. En suspension. Et que les paysages reviendraient à eux-mêmes mais plus tard, quand on aurait le temps. C'est presque dormir, mais nager.”

Lieu de vie

Île-de-France, 75 - Paris

Types d'interventions
  • Rencontres et lectures publiques