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Les écrivains / adhérents

Maryse Esterle

Nouvelle / Essais / Récits
photo Maryse Esterle

Maryse Esterle est née en 1951 et vit en région parisienne. Après l’obtention d’un baccalauréat littéraire, elle obtient une maîtrise en langue et civilisation espagnoles en 1973 à l’Université de Nanterre. Elle vit en Espagne pendant une année, puis devient éducatrice auprès d’adolescents en banlieue parisienne, jusqu’au milieu des années 1990. Docteure en socio anthropologie en 1995 (« Les bandes de jeunes et les prises de risques », Paris V Sorbonne), elle est nommée enseignante-chercheure à l’Institut universitaire de formation des maîtres du Nord / Pas-de-Calais en 1999 (laboratoire de recherche CESDIP/CNRS) et prend sa retraite de l’enseignement supérieur en 2013.
Ses recherches ont d’abord porté sur les bandes de jeunes et le décrochage scolaire.
Depuis 2015, ses centres d’intérêt convergent vers les migrations entre la France et l’Amérique Latine, l’Argentine en particulier (XIXe - XXe siècle). Elle participe à la recherche « Écritures migrantes latino-américaines » (EMILA), dirigée par Isabelle Tauzin – Castellanos (Université Bordeaux Montaigne). Elle a publié plusieurs travaux (recherche, récits, fictions) autour de cette thématique.
Ses écrits ou leurs références sont disponibles sur son site : billets mensuels, publications et interventions médias :

https://maryseesterle.com/
Bibliographie

Récits, nouvelles, recherches :
– Tu es partie grand-mère / Te fuiste abuelita, Revue Partir, association pour la mémoire de l’émigration, n° 23, mars 2021, pp. 16-23. (co-autrices Maryse Esterle et María Angelina Lamanna).

– L’autre et le lointain : étrangers / émigrés, regards croisés en Béarn à travers la presse locale, in Tauzin-Castellanos Isabelle (dir.) De l’émigration en Amérique latine à la crise migratoire : histoire oubliée de la Nouvelle-Aquitaine, XIXe - XXIe siècle, Morlaàs, Éditions Cairn, 2021, pp. 77- 101.

– Mi lugar en el mundo - traduction en espagnol (Argentine) par Tomás Barna, de la nouvelle À l’origine, dans les revues littéraires argentines :
- Café con letras virtual - Pido la palabra (Angel Kandel, Lorena Brito dir.), février 2021, pp. 19-21 et mars 2021, pp. 18-21.
- Palabras al sol, Elizabet Cincotta, Liliana Varela (dir.), año VIII, n° 19, mars-avril 2021, pp. 36-38.

– À l’origine, in Nouvelles du Rio de la Plata, écrits de descendants d’émigrés pyrénéens, association Bearn Argentina, 2017, pp. 13-19.

Traduction
Sous-titres en français du film documentaire argentin de Rodolfo Petriz, Vito Dumas, el navegante solitario (2019).
https://www.telam.com.ar/notas/202001/421938-documental-el-navegante-solitario-vito-dumas.html

Interventions
Émigration et immigrés, regards croisés en Béarn, Colloque international Migrations : traces, inscriptions et textualités. Europe/Amérique latine, Université Bordeaux Montaigne - 13 au 14 février 2020. https://emila.hypotheses.org/1835

Le chemin des retrouvailles, À la recherche des cousins d’Argentine, le cas de la famille Aragüés-Puyou, Journée Archives et migrations françaises en Amérique latine (1815-1939), Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine, 12 octobre 2019.
https://emila.hypotheses.org/172

Essai
– Où va la formation des enseignants ? Des IUFM aux ESPE, Chronique d’un passage tourmenté, Paris, Éditions Petra, 2017.

Ouvrages sociologiques
– Les élèves transparents, Les arrêts de scolarité avant 16 ans, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2007.
– Sur la route de l’insertion, La Documentation française, 1998.
– La bande, le risque et l’accident, Paris, L’Harmattan, 1997.

Extraits

Main dans la main, 8 juin 2020

Ma fille est née au début des années 1980. Son père et moi lui avons donné un prénom d’épice et de sucre qui reflète la couleur ambrée de sa peau, alliage des deux nôtres. Un jour de printemps, elle avait à peine deux ans, je suis partie me promener avec elle au Forum des Halles. Un orchestre jouait un air de samba sur le parvis. Nous nous sommes assises à côté l’une de l’autre pour écouter les musiciens sur les marches d’un petit escalier, au milieu des spectateurs de ce concert improvisé.
Une femme s’est assise à côté de nous. Je me souviens de ses yeux d’un bleu tendre quand elle m’a dit : C’est votre fille ? C’est bien ce que vous faites. Sur le coup, j’ai pensé : si on se met à féliciter tous les parents d’avoir des enfants, on ne pourra plus marcher dans les rues. Puis j’ai compris : elle pensait que je l’avais adoptée. J’ai répondu: Mais non, c’est ma fille de sang, je lui ai donné le jour.
Le regard bleu tendre a viré à l’encre noire. En un éclair d’orage jailli des yeux de cette inconnue, la bienfaitrice d’une humanité lointaine et souffrante s’est muée en une créature qui avait eu un Noir pour amant. Déduction incontournable de la couleur de la peau de ma fille, de la forme de son nez, de l’ourlet de ses lèvres et des frisettes de ses cheveux, comparés à ma propre apparence.
Je me suis redressée, nos regards se sont affrontés. Je n’ai pas baissé le mien. J’ai serré ma fille contre moi et sa main s’est glissée dans la mienne.
https://maryseesterle.com/main-dans-la-main/

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À l'origine

Saturnina était devenue la troisième femme de chambre de la maison parmi les quinze domestiques du palais Baldiano, préposée au linge des filles de la maison et à l’entretien de leurs chambres. Elle passait les étés avec la famille à Mar del Plata où, de décembre à février, on allait échapper aux touffeurs de Buenos Aires. Pendant les douze années passées au service des Baldiano, elle devint une parfaite femme de chambre. Elle commença à envoyer de petites sommes à ses sœurs, surtout à Generosa, sa préférée et à Jean-Philippe, son beau-frère. Ils avaient quatre filles, Saturnina était la marraine de la troisième, Marie. La verrait-elle un jour ?
Les filles Baldiano ne s’apercevaient guère de sa présence silencieuse, sauf María Isabel, qui la saluait le matin, la remerciait pour les draps impeccablement repliés sur le lit et les chemises de dentelle fine que Saturnina repassait pour elle. Elle finit même par l’appeler par son prénom, ou par une partie de son prénom. Saturnina c’est trop compliqué lui avait-elle dit lorsqu’elle avait paru remarquer sa présence, tu seras Nina, c’est plus simple.
Nina, presque niña, petite fille. Le diminutif choisi par la jeune maîtresse de dix-neuf ans sa cadette montrait son attachement pour la bonne, elle qui ne connaissait même pas le prénom de tous les membres du personnel, qu’on n’appelait de toute façon jamais par leur nom de famille. Saturnina aimait bien son prénom, issu d’un dieu qui enseigna l’agriculture aux hommes, comme elle l’avait lu dans le Larousse universel. Rien à voir avec la mièvre Nina choisie par María Isabel. Mais les maîtres ont tous les droits, dont celui de rebaptiser leurs domestiques. Saturnina était donc devenue Nina, le temps du service. Il était convenu qu’elle appartenait à la maison de María Isabel et plus précisément, à María Isabel elle-même.
À tel point que lorsque celle-ci épousa à vingt-et-un ans José Luis Castillo, elle emmena Saturnina avec son trousseau, dans une belle demeure non loin du palais Baldiano. Nina, tu viendras avec moi, n’est-ce pas ? Je ne peux plus me passer de toi, lui dit-elle de sa petite voix flûtée. Oui Madame, répondit Saturnina et elle pensa : si señora, como no, claro que voy contigo.
Arriva le jour où María Isabel annonça de sa voix distraite à sa servante que José Luis et elle partaient faire un séjour en France, et que Saturnina serait du voyage. Je prendrai les eaux à Salies-de-Béarn, tu m’accompagneras et tu pourras aller voir ta famille, ils ne sont pas loin n’est-ce pas ? Oui Madame, si señora, como no, claro que voy contigo.

* Oui Madame, et comment donc, bien sûr que je viens avec toi.

À l’origine, in Nouvelles du Rio de la Plata, association Bearn Argentina, 2017., pp 13-19.

Lieu de vie

Île-de-France, 93 - Seine-Saint-Denis

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire