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Hommage à Bernard Noël

« La recherche, c’est le contraire de l’utile… L’état centraliste n’a pas besoin de recherche, pas besoin d’art ni de littérature. Il ne les tolère que dans la mesure où ils sont objets de décor et de spéculation, dans le sens commercial du terme. Il n’y a qu’à regarder la scène contemporaine et la tentative d’organiser la vie dite culturelle sur le modèle de la libre concurrence.
Quel public pour un écrivain de recherche ? »
Bernard Noël, L’Outrage aux mots, Oeuvres II, P.O.L 2011

 

Je ne mentionnerai pas ici la dédicace de Bernard Noël qui accompagne ce livre si nécessaire. Mais ce que je veux souligner à l’instant, c’est que celui qui nous a quittés la semaine dernière, a été un écrivain que la recherche a demandé. Bernard Noël était réclamé, en effet, par l’Université. Lorsque l’on regarde les rencontres auxquelles il a participé dans le cadre de notre programme national vers l’enseignement supérieur, on peut voir qu’il a traversé les paysages pour aller de Poitiers à Lille, d’Aix en Provence à Toulouse, de Rennes à Tour, Paris, Lyon, Strasbourg.
Son oeuvre est recherche. Pour l’extrait cité ici en exergue, il n’est pas inutile de rappeler que c’est à la demande de Bernard Pingaud qu’il avait écrit le texte duquel je l’extirpe et le réanime. Le titre : Écrire aujourd’hui.
Bernard Pingaud était l’un de ceux qui ont fondé la Maison des écrivains, dont il avait été le Président. En ses affinités électives, ces dilections partagées pour approcher le sens, on reconnaît un esprit.

Et ce qui reste, à n’en pas douter, est l’esprit. Un état d’esprit. Un état où l’esprit joue un rôle essentiel.

Bernard Noël fut aussi souvent invité aux rencontres publiques qu’organisait la Mél. Il a même rencontré de plus jeunes lecteurs, par notre second programme national. Mon espoir est vif aujourd’hui, que ces élèves de premières ou de terminales qui ont eu la chance folle de le rencontrer ont gardé le souvenir d’un homme qui parlait une langue qu’ils n’avaient jamais pu entendre avant, une langue inouïe. Et que cette langue, l’importance que le poète lui donnait, autant poétiquement que politiquement, s’ils l’ont bien entendue, soit encore au coeur de ce qui les anime. Qu’ils en gardent la trace, en hommage à celui qui est venu vers eux, vers nous, et qu’ils se souviennent de ceci par exemple : « Je regarde une pierre : elle ne contient qu’elle-même… J’écris sur elle maintenant. Je la jette dans la mer. » Le livre de l’oubli, P.O.L 2012

 

Sylvie Gouttebaron

Directrice