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Les écrivains / adhérents

Amélie Lucas-Gary

Roman
photo Amélie Lucas-Gary

Amélie Lucas-Gary est née en 1982 à Arcachon. Elle vit à Ivry-sur-Seine (94).
Son premier roman, Grotte, est paru en 2014 chez Christophe Lucquin Éditeur. Il s'agit du récit fantasque d'un gardien de grotte, vivant reclus sur une colline où le monde converge et recommence. Tandis que le narrateur s'affranchit du siècle, les lois de la famille, de l'histoire, de la vraisemblance et de la ressemblance sont peu à peu abolies.
Son deuxième roman, Vierge, paraîtra en avril 2017 aux Éditions du Seuil dans la collection Fiction&Cie : une jeune femme vierge tombe enceinte ; elle quitte tout pour partir. Des années plus tard, sur un bateau, sa fille raconte ce voyage et le monde que le prodige a retourné. Pour l'écriture de Vierge, elle a reçu le soutien du Centre National du Livre (Bourse découverte).
Après des études d'Histoire et de Cinéma à la Sorbonne, Amélie Lucas-Gary sort diplômée de l'École Nationale de la photographie d'Arles en 2009. Depuis, sa pratique a évolué, et elle utilise aujourd'hui, tour à tour ou conjointement, la photographie, la sculpture et l'écriture. Son travail littéraire est ainsi très emprunt de préoccupations plastiques, mises au service de son appétit pour le romanesque et l'aventure.
Des artistes la sollicitent fréquemment pour écrire sur leur travail, dans la perspective de publications ou d'expositions : elle a ainsi écrit "En autocar" pour Oliver Clément, "Au fond des chiens" pour Maude Maris (texte publié dans la revue Roven en mars 2017) - , ou encore "La nuit mauve danse dans mon losange" pour le numéro X de la revue Composition de Sophie Gaucher et Dorothée Davoise. Elle répond aussi à des invitations, comme celle de Flora Moscovici et du Quartier (Quimper), en imaginant une lettre adressée aux riverains d'un centre d'art.
Actuellement, elle travaille avec l'illustratrice Claire Dubois-Montreynaud sur des projets d'album jeunesse - "De Nil en lune", "Rémi et la Voie lactée" (en cours).

Amélie Lucas-Gary anime régulièrement des ateliers d'écriture.
Dans le cadre du programme Art et Culture au collège (Seine-Saint-Denis), elle a par exemple proposé "Je suis un autre" : un atelier mêlant écriture et photographie pour inventer un personnage, imaginer son autobiographie et par là, le monde dans lequel il vit. En partenariat avec la MGI (Maison du geste et de l'image) et l'artiste Camille Entratice, elle anime actuellement des ateliers articulant écriture de scénario, de voie off et réalisation de capsules vidéos - les "Robinsonnades" ou le "Dédale des images".

http://www.amelielucas.fr
Bibliographie

– Vierge, Seuil, collection Fiction & Cie, à paraître en avril 2017, roman
– Grotte, Christophe Lucquin Éditeur, 2014, roman

Extraits

Batardeaux, rubrique Écrire aujourd'hui, Diacritik, juillet 2016
(texte dans son intégralité : https://diacritik.com/2016/07/07/batardeaux-par-amelie-lucas-gary-ecrire-aujourdhui/)

"Tous les jours, on surveille l’eau. On va voir ce qui sort de la Seine. Ce soir, on découvre sur les quais des batardeaux dont les bastaings ont été empilés la nuit précédente, et des murets de parpaings montés sans qu’on s’en aperçoive. On n’a rien vu venir. Ils sont drôles comme leur nom, mais on a le rire jaune quand on pense à l’eau qui pourrait s’insinuer dans nos maisons, qui remplirait d’abord les caves avant de diluer la terre des jardins, pour finalement tout recouvrir de noir. Depuis des jours, la pluie tombe et l’eau monte.
On rentre chez nous, à cinq cent mètres. Dans nos lits, on dort mal ; on connait l’envie coupable que l’eau monte et rien ne s’arrête. La sonde d’Austerlitz tremble dans nos mains, et le doute mouillé nous fait froid. De cette vie, on a honte. Loin, l’eau qui coulerait dans les rues de Gibellina nous transporte ; elle lèche les murs lisses, avale les blocs, recouvre la chaux, remplit tout, et je danse debout devant moi. Les chevilles sous l’eau, mes bras ondulent. Un courant d’or m’aspire et m’emmène en Sicile où je vois enfin rougir le volcan. Je suis là-bas sur une île au milieu du silence de l’eau tiède, immobile.(…)
Dehors la pluie tombe et l’eau monte encore. Elle coule sur les ponts, les bateaux ne passent plus, plus personne ne traverse jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à traverser. À cinq cent mètres de chez nous, la rivière sort de son lit ; et on refuse de dormir. Ils sont la rue dans la nuit ; moi je suis assise comme en suisse, les cuisses serrées sur mon tabouret. Mon bureau est vert, au milieu du monde énervé.
Je rêve d’un bateau, un canoë qu’on cacherait dans la haie du jardin ; à bord, on partirait en voyage. Il y aurait suffisamment d’eau partout pour que rien ne fasse barrage et pour que la tête à hauteur de couronne, on n’ait qu’à tendre le bras pour cueillir les fruits dans les arbres.
C’est bientôt l’été pour finir. La pluie tombe et l’eau monte, et moi je comprends enfin comment coulent les rivières."


Vierge, Seuil, collection Fiction & Cie, avril 2017

"Tandis que le soleil glissait dans leur dos, les Dionysiens exaltés ne se souciaient que de la Vierge et de son sort : Emmanuelle flottait dans ce suspens. Ma mère devait sentir ce que son destin singulier contenait de promesses — révolution mortifère ou allégresse. Elle entendait les histoires fantasques, les détails ; l'imagination débridée des autres lui donnait le vertige. Mais une nausée invisible au coeur, elle pouvait disparaître parmi eux, pour partager quelques heures la destinée banale de toutes les filles nubiles qui se promenaient dans la rue ce jour-là. Tant que dans son ventre plat, le secret demeurait, elle était ce cheval de Troie. "


Grotte, Christophe Lucquin Éditeur, Paris, 2014

"Dans ce contexte, les grottes avaient un statut particulier, la mienne plus que les autres. Close et souterraine, c’était un retrait sans extension ni rayonnement possible, une retenue comme une réserve, un symbole réconfortant pour ceux qui souffraient. Mais surtout, je savais, moi, qu’en réalité la constitution physique d’une grotte avait quelque chose de réactionnaire, comme une grande inspiration quand on appréhende de ne pas pouvoir respirer, après.
La réouverture de la grotte commençait à être exigée dans les manifestations et évoquée dans les discours des responsables du mouvement. Et puis, ils passèrent à l’action. Au départ, leurs interventions ressemblaient à celles d’associations de défense de l’environnement, plus démonstratives qu’agressives. Enfin, leurs charges devinrent violentes. Des groupes de centaines de personnes en fureur montaient sur la colline. Ils voulaient voir les peintures et n’hésitaient pas à être menaçants.
J’en rêvais la nuit, imaginant des hommes munis de gigantesques tarières, creusant le sol au-dessus de la grotte et pénétrant dedans par tous ces trous. (La signification sexuelle de ce rêve était secondaire mais ne m’échappait pas.) Je n’étais pas un adversaire des Irrités, je n’étais pas un héritier et je comprenais leur rage. Mais j’étais gardien et mon travail consistait à maintenir l’ordre dans le périmètre de la grotte. Je fis pour cela électrifier le grillage du parc et je décidai d’embaucher des gardiens supplémentaires afin de préparer ma relève. Pour les sélectionner, j’avais organisé une sorte de casting. L’offre avait suscité beaucoup d’intérêt dans la région, me donnant ainsi l’embarras du choix.
(…)
Une femme y passait ses journées, assise, tournée vers le soleil, les yeux fermés. Seule une zone étroite au centre n’était jamais ombragée. C’était là qu’elle s’asseyait, faisant pivoter la chaise en suivant avec précision la rotation de la terre. Le soleil couché, elle rentrait dans la maison, comme une somnambule. J’avais pourtant l’intuition qu’elle faisait quelque chose. Elle semblait mesurer, évaluer, je ne savais pas quoi exactement. Je compris quand, à force de la regarder, je m’aperçus de l’irrégularité de la course du soleil. Ce rythme qu’elle suivait au plus près était chaotique. En effet, l’expansion de la terre commençait à avoir des conséquences sur sa rotation. On ne ressentait rien dans la vie quotidienne mais, les yeux fermés, cette femme tentait d’en mesurer les excès.
J’imaginais que, comme certains voient des messages dans le vol des oiseaux, elle décryptait ainsi le message bégayé par le cosmos. Par la suite, le petit garçon retint mon attention. Il restait lui aussi dans la cour toute la journée. Il passait son temps à ramasser les objets qu’il y trouvait, laissés là par les autres, reliques de leur labeur. À chaque nouvelle trouvaille, il apportait ce trophée à la femme. Celle-ci soupirait légèrement sans même ouvrir les yeux, et l’enfant recommençait sans jamais s’offusquer de cette absence de réaction. Il allait systématiquement remettre les objets là où il les avait trouvés, les reposant exactement comme ils étaient auparavant.
Il opérait comme un apprenti archéologue faisant des fouilles approximatives. Il déterrait même quelques objets qu’il renfouissait ensuite soigneusement. Tous les jours, l’enfant découvrait les mêmes choses. La cour était un dépotoir qu’il arrivait à épuiser, quelle que soit la longueur de la journée. Il semblait chaque fois grisé par sa trouvaille, puis résolu à la remettre en place. Son comportement était un peu surprenant pour un garçon de son âge."

Lieu de vie

Île-de-France, 94 - Val-de-Marne

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire