Contenu | Navigation | Politique d'accessibilité | Crédits Lettre internet

Les écrivains / adhérents

Alain André

Roman / Nouvelle / Essais / Jeunesse
photo Alain André

J’ai été étudiant en lettres, puis enseignant, à une époque, dans une région et dans un milieu où il n’était guère imaginable d’écrire. D’autres que moi ont partagé cette expérience, nous en parlions, c’était il y a fort longtemps, à la fin des années 70, à La Rochelle : Denis Montebello, Jeanne Benameur, par exemple.

Il me semble que j’ai alors investi l’écriture avec la même ferveur poétique, l’expression n’est pas trop forte, que mon marxisme-léninisme des années précédentes. Après l’auto-dissolution de la Cause du Peuple, en 1973, il était question de renoncer à constituer le énième parti révolutionnaire et d’imaginer plus modestement des “lieux-charnières”, qui pussent favoriser le changement dans une perspective devenue celle de la démocratie directe : j’ai trouvé à quoi je pouvais “servir” en 1977, alors que je suivais une formation pour devenir professeur de lettres, en découvrant les ateliers d’écriture.

De là, sans doute, que mes travaux personnels se développent autour d’une triple thématique.

Il s’agit d’abord de comprendre cette histoire. J’écris pour cela de la fiction autobiographique, dont la manière m’est venue dans la fréquentation suivie des textes de Claude Simon surtout, mais aussi de Valery Larbaud, de Peter Handke et de Pascal Quignard. Le lycée (Rien que du bleu ou presque), les années Mao et la désillusion, le départ de ma région, la découverte des ateliers d’écriture, la psychanalyse, la fondation d’Aleph, sans parler d’événements plus intimes ou plus violents, ont fourni le matériau de mon premier roman et de ceux auxquels je travaille depuis.

Il s’agit ensuite d’installer durablement dans le paysage des formes de médiation littéraire novatrices et trop souvent réduites à leurs formes les plus spontanéistes ou les plus dégradées : ateliers de création littéraire et lectures publiques. Je sais ce que je leur dois, je le leur rends en écrivant des essais qui permettent je crois de les penser plus avant. En écrivant Babel heureuse et de nombreux articles de fond, j’ai apporté aux ateliers d’écriture l’épaisseur à la fois “poïétique” des travaux de Didier Anzieu sur la création littéraire et le refus de l’amnésie dans le domaine de la théorie littéraire : les ateliers d’Aleph sont centrés sur le processus de la création, et cela les caractérise. En écrivant Devenir écrivain (un peu, beaucoup, passionnément), j’ai nommé ce qu’ils peuvent apporter dans ce travail avant tout personnel de l’écriture : la part de l’autre, du partage et des apprentissages techniques. En écrivant Écrire l’expérience. Vers la reconnaissance des pratiques professionnelles, j’ai montré comment la littérature aujourd’hui manque aux sciences humaines, dès lors qu’elles veulent accéder à une dimension clinique, et comment elle peut leur permettre de le faire.

Il s’agit enfin de poursuivre l’exploration et l’expérimentation des formes novatrices qui sont celles de la littérature d’aujourd’hui, qu’il s’agisse d’écrire le roman et l’essai ou de recourir aux formes brèves. Contraintes formelles inspirées des travaux de l’Oulipo, dispositifs venus de François Bon (Paysage fer) ou de plasticiens comme Sophie Calle (Douleur exquise), recours à une esthétique de la fragmentation (Pascal Quignard) et à la polyphonie (de Faulkner aux “fictions mentales” contemporaines) constituent sans aucun doute, façon d’échapper aux formes génériques trop figées (nouvelle-histoire ou récit conventionnel), les manières de faire qui me sollicitent, ou m’excitent, le plus souvent.

Je rêve ainsi, activement, à une œuvre où la métaphore et le concept, à travers le dialogue en miroir d’une série d’essais et d’une série de romans, se découvriraient in extrémis comme les deux faces d’une même aventure, celle de ma vie, celle de ma quête de compréhension.

http://www.aleph-ecriture.fr
Bibliographie

Cet investissement dans les enjeux du faire écrire le conduit à publier des essais et articles consacrés aux ateliers d’écriture au long cours, à l’écriture des pratiques professionnelles et à l’écriture à visée artistique. Dans Babel heureuse, il imagine des ateliers d’écriture favorisant l’accès au plein exercice de la creation littéraire. Avec Devenir écrivain (un peu, beaucoup, passionnément), il s’en prend au modèle purement vocationnel de la formation de l’écrivain (le genie natif). Dans Écrire l’expérience, il defend l’essai et le fragment en tant que genres littéraires majeurs, susceptibles de renouveler les modèles d’écriture traditionnels des sciences humaines.
Après avoir publié des nouvelles au cours des années 90, il s’intéresse aux contraintes formelles et aux dispositifs, ainsi qu’aux formes fragmentées de la fiction, de l’essai et de l’autobiographie, ce qui le conduit à faire paraître un premier roman.
Face essayiste et face narrative (fictions autobiographiques) du chantier sont ainsi liées par une même pratique de l’écriture en tant que méthode d’élaboration d’une pensée propre.

Fictions
– Rien que du bleu ou presque, roman, Éditions Denoël, 2000 ;
Diverses nouvelles parues dans les revues Nyx, Encres vagabondes, Formules.
Dernière nouvelle parue : “Pont de Flandre”, in : Petite ceinture, Arcadia Éditions, 2006.
– La passion, dit Max, photoroman jeunes adultes, Éditions Thierry Magnier, juin 2007.

Traduction (de l’américain)
– Journal d'un agent secret (dix ans dans la CIA), de Philip Agee, Éditions du Seuil, 1976 (en collaboration avec Sylvie Barjanski et Nathalie Savary).

Essais
– Babel heureuse. L'atelier d'écriture au service de la création littéraire, Éditions Syros-Alternatives, 1989 ;
– Devenir écrivain (un peu, beaucoup, passionnément), Éditions Leduc.s, février 2007 ;
– Écrire l’expérience. Vers la reconnaissance des pratiques professionnelles, en collaboration avec Mireille Cifali, Éditions des PUF, avril 2007.

Ouvrages pédagogiques
– Littérature française (histoire et anthologie), en collaboration avec Danièle Nony, Éditions Hatier, 1987
– Fictions, Washington, Éditions Hatier Publishing, 1991
– J'écris un roman d'aventures, Éditions Hatier, 1992.

Extraits

Dans la cour je me souviens, les hauts murs couronnés de tuiles rouges, troués de loin en loin par des fenêtres à l'encadrement identique… Et sur ce quadrilatère clos, répété par les trois autres rectangles hiérarchisés de l'ensemble, le soleil d'automne, l'un des derniers à chauffer la peau, si bien qu'à la sortie du réfectoire il ne reste plus qu'à aller à la queue leu leu s'asseoir, avec sous les ongles l'aigre de l'écorce d'orange, pelée et mangée déjà le long du couloir…

On se laisse glisser, dos au mur, blouse ponçant la pierre jusqu'au goudron tiède. On s'agrège — dernière fois peut-être avant les pluies et le froid —, à la lie de crinières en bataille et de chemises ouvertes sur la peau nue, au chapelet de souliers et de croquenots râpés qu'interrompent quelques paires de tennis ou de charentaises, pourtant prohibées en dehors des dortoirs et des cours de gymnastique. Et pendant quelques minutes, il n'y a plus que ce bien-être pesant que ponctuent les renvois, articulés parfois, du rôti de bœuf rougeâtre où couraient des nerfs blancs, et les coups de gueule, les trafics, les cadeaux hasardés ou refusés, Fargier tentant une fois de plus de convaincre Praud, Donne-moi un clope j'te dis, j'en aurai demain par Lacaze ! Il n'y a plus que les mégots balancés d'une pichenette, que le bruit métronomique des crachats expédiés à deux mètres ou davantage, un peu plus loin si possible que ceux du voisin bien qu'à proximité du même caillou, qui semble un ilôt blanchâtre, là-bas sur le goudron gris-bleu. Que les pets, les souvenirs de ritournelle, Capri / c'est fini, les protestations vagues, toute la camaraderie des pesanteurs pénitentes, que les voix qui vont et viennent en ondes noirâtres, Vous deviendrez des hommes, nom de Dieu, disait le surgé, mais comment ?…
Alors on passe une main, douce, sur la rondeur de l'épaule, nue sous la chemise à carreaux. Le geste hésite, puis s'installe, caresse, peau souple, douleur, Capri. Au bas du mur de la chapelle s'échappe le gargouillis des chantepleures, près du château d'eau et de son périlleux escalier de barres rouillées, par lequel il est possible paraît-il, certains soirs, de se défiler, mais vers où ? On renifle sur ses doigts un parfum de sueur et de soleil. On sent, au creux du ventre enfin, honteuse cette chaleur, ce gonflement lâche de la queue s'épanouissant du seul soleil, du seul répit, pendant que le pion, mains derrière le dos, hors jeu absolument, arpente. Et on effleure, dans la poche de la chemise, le papier bleu de sa lettre, J'espère que tu ne te lasseras pas de m'écrire car moi je ne cesserai pas…
Début de Rien que du bleu ou presque, Denoël, 2000.

Hôtellerie
Hélène Hude est hôtelière. Ne le hurlez pas : l'hôtel des Hortensias est un hôtel honteux. Elle l'a hérité d'un hurluberlu de Hambourg, pour avoir reçu ses hommages en des heures où cette hospitalité heurtait les plus humains d'entre nous. Les hordes de hippies, les homosexuelles haschichins, tous ceux que les autres hôtels hésitent à héberger, si harassés soient-ils, sont donc pour les Hortensias. L'hôtel n'en est pas moins un havre, qui a fait mon heur (hormis cette horreur d'un hall hyacinthe hérissé d'huiles de Hokusai).
Mais en hiver, Hélène Hude hiberne, et l'hôtel aussi, que hantent les housses. Elle happe un Hölderlin historié ou un huitain de Hugo, Héloïse ou Les Hauts de Hurlevent. Seul Humbert Humbert, un heimatlos de Harrisburg qui habite le hameau des Herteaux, la hèle hebdomadairement. A huit heures, il harcèle le heurtoir et la huche. Elle n'hésite pas : c'est l'heure H. Ils se harpent à la hâte. En hors-d'œuvre, ils ont des huîtres. Sur la hi-fi, du Hindemith. Ensuite, du homard et un hochepot. Le hussard hédoniste rend à Hélène d'homériques hommages : elle est son harem, son hétaïre huguenote. Il lui happe enfin les hanches. Les hormones d'Hèlène l'humanisent. Son hâvre se fait humide pour la hampe de cet herméneute hircin de son hérésie hôtelière. Il l'honore à l'horizontale, non sans habileté, tandis que haletante elle s'hallucine en hors-bord à Hawaï ou sur l'Himalaya en hélicoptère.
Hors l'hôtel, une haridelle hennit. Dans un hangar, un hiératique hibou hulule. Et les nuages hauts-pendus hydratent la houle.

L’Archipel amoureux (lettre H, l’un des six tautogrammes du recueil, publiés dans Formules, revue des littératures à contraintes, n°3).

Lieu de vie

Île-de-France, 93 - Seine-Saint-Denis

Types d'interventions
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers d'écriture en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Résidences