Contenu | Navigation | Politique d'accessibilité | Crédits Lettre internet

Les écrivains / adhérents

Béatrice Commengé

Roman
photo Béatrice Commengé

– Née à Alger – Enfance côté sud de la Méditerrannée. Après des études d’anglais et un doctorat sur Virginia Woolf, publie son premier livre en 1985 - un roman : La Nuit est en avance d’un Jour. La pratique de la danse, des bibliothèques et des routes l’amène à revisiter Nietzsche en le suivant pas à pas sur les chemins d’Engadine et d’Italie (La Danse de Nietzsche. Un deuxième roman, Le Ciel du Voyageur, en 1989, poursuit cette quête du lieu et du moment, dans l’obsession de cet instant où les vies basculent. Ainsi suivra-t-elle Henry Miller dans les méandres de ses amours et de sa création. Jeu éternel de l’espace et du temps, saisi dans L’Homme Immobile et Alexandrines. Singularité des destins traquée dans leur géographie autant que dans leur histoire. Ainsi suit-elle Hölderlin dans sa Tour (Et il ne pleut jamais, naturellement) et Rilke dans ses promenades autour du Jardin du Luxembourg. Kairos, le dieu du moment opportun, complète cette déclinaison du Temps dans L’Occasion Fugitive. Romancière, elle est aussi la traductrice d’Anaïs Nin (une douzaine d’ouvrages) et contribue à diverses revues littéraires (L’Infini, L’Arc, Cahier de l’Herne, Légendes, Hors Jeu, L’Art du Bref, Ligne de Risque, L’Atelier du Roman, la Revue Littéraire).

Elue au Conseil d'administration de la Mel en 2015.

Bibliographie

Publications
Aux Editions Gallimard
– La Danse de Nietzsche (1988)
– Le Ciel du Voyageur (1989)
– L’Homme Immobile (1998)
– Et il ne pleut jamais, naturellement (2003)

Chez d’autres Editeurs
– La Nuit est en avance d’un Jour (0rban, 1985)
– Henry Miller, Ange, Clown, Voyou (Plon, 1991)
– Alexandrines (La Table Ronde, 1995)
– En Face du Jardin (Six jours dans la vie de Rainer Maria Rilke) (Flammarion, 2007)
– Voyager vers des Noms Magnifiques (Finitude, 2009)
– L’occasion fugitive (Leo Scheer, 2010)
– Flâneries anachroniques (Finitudes, 2012)
– Le Paris de Modiano (éditions Alexandrines, 2015)
– La Danse de Nietzsche (Verdier, 2013)
– Une vie de paysages (Verdier, 2016)

En revues
L'Infini, L'Arc, Cahiers de l'Herne, Hors-Jeu, L'Atelier du roman, La Revue Littéraire...

Fiction radiophonique
– Dernier Automne à Turin ( France Culture, 2000)

Extraits

Quand on comprit avec le temps, longtemps, très longtemps, deux mille ans, et même quelques siècles de plus, qu’Homère et quelques autres s’étaient trompés, que le cœur n’expliquait pas l’âme, ni les humeurs, qu’il fallait compter avec cet étrange morceau de chair (mais pouvait-on l’appeler chair ?) caché dans le crâne, on chercha le révélateur. Avec acharnement. On découpa, on pesa, sous-pesa, on fit bouillir cette flasque matière, on la teinta, on la plongea dans l’encre, dans le noir, reazione nera, on observa, on se disputa la vérité. Mais l’amas demeurait confus. Jusqu’au jour où…par « distraction » ou intuition géniale, un morceau de tissu nerveux se retrouva plongé dans du nitrate d’argent. C’était entre deux guerres, comme d’habitude, entre celle de 1870 et l’autre, la Grande. Soudain, devant les yeux ébahis, ces morceaux de cervelle sectionnées, déshydratées et finement découpées, devinrent parfaitement « translucides ». Lisibles. De vrais « dessins à l’encre de chine sur papier transparent du Japon ». L’œil fut surpris, « déconcerté » : là, tout était « simple, clair, sans confusion. ».
Il ne restait plus qu’à nommer.
Ce qui fut fait. Et avec les noms, le paysage se transforma, s’agrandit, s’affina. La « cervelle » perdit beaucoup de terrain. La « matière grise » aussi. La machine se compliqua. Se poétisa. Transformer une masse « corticale » en milliards de neurones singuliers jouant avec des dizaines de milliers de « contacts synaptiques » ne laisserait plus jamais l’imagination au repos. Plus les microscopes grossissaient et plus se faisait évidente la fragilité de l’édifice. Il y avait sans doute encore plus petit que les synapses, plus invisible, plus impalpable, plus incontrôlable. Les « protéines ». L’œil nu était vaincu depuis longtemps, et même le rêve. Les protéines recevaient des noms : celle des synapses fut baptisée syncam …
Ainsi donc, si Louis ne pouvait plus se raser, c’était peut-être seulement faute de syncams… Tout le reste était en état de marche. Pourquoi se plaindre ?

Extrait de Et il ne pleut jamais, naturellement (Ed. Gallimard, 2003)


« Quand j’eus le droit d’ouvrir la porte verte et de monter le petit escalier qui conduisait à la rue, je sus que j’aimais la vie : la rue me sembla idéale. Tout y était à sa place et à ma mesure. On eut beau m’en montrer de plus grandes, bordés de jolis magasins, je restais sur mes positions. Je ne prétendais d’ailleurs pas que ma rue fût la plus belle : je la trouvais tout simplement idéale. Si ma rue n’avait pas de magasins, elle n’avait pas non plus de trottoirs. Inconsciemment, je devinais que c’était cette absence de trottoirs qui en faisait un royaume et non une voie de circulation. Certains visiteurs méprisants la qualifiaient de « chemin goudronné ». Pourtant, elle avait une plaque, et même un nom : « rue des bananiers ».
Nous n’étions pas à la campagne, et il n’y poussait aucun bananier : nous dominions la ville, en bas. Et la ville était un port. Au-delà s’étendait la mer (celle que je ne voyais pas de la fenêtre). Et puis le nord. On ne pouvait pas souhaiter position plus privilégiée. Le port est aux autres villes ce que l’homme libre est au prisonnier. Le port est une ville vagabonde. J’étais née là où il fallait que je naisse : j’en avais l’intime conviction. D’emblée, j’échappais à l’envie : la rue où je me promenais était le centre du monde, je n’en doutais pas un instant.
Cette découverte m’éloigna quelque peu des murs de la bibliothèque. Des associations nouvelles se firent dans mon esprit: la rue appartenait au jour et les livres aux ampoules électriques.

Extrait de Alexandrines ( La Table Ronde, 1995)

Lieu de vie

Île-de-France, 75 - Paris

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers d'écriture en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Rencontres en milieu scolaire