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Les écrivains / adhérents

Marie-Hélène Prouteau

Poésie / Roman / Essais
photo Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest en 1950 et vit à Nantes. Etudes supérieures à Paris (khâgne lycée Fénelon ; La Sorbonne). Agrégée de lettres. DEA de littérature contemporaine. Elle a enseigné vingt ans les lettres-philosophie en classes préparatoires scientifiques. Elle recherche l’échange avec des créateurs venus d’ailleurs (D.Baranov, Festival Les Allumées Saint-Pétersbourg) ou de sensibilités artistiques différentes (plasticiens Olga Boldyreff, Michel Remaud, Isaaac Cordal…).
Seule ou avec d’autres, elle a organisé plusieurs conférences, (autour de J-P Vernant, M. Chaillou, J. Savigneau…) et des rendez-vous littéraires avec Marie-Hélène Bahain, Ghislaine Lejard, Luce Guilbaud. Elle a organisé les rencontres « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bretagne et Loire » chez Julien Gracq. Et participé aux Rencontres de Sophie sur « Les autres ». Ses premiers textes portent sur la situation des femmes puis sur des œuvres de Marguerite Yourcenar (SIEY). Elle a publié des études littéraires, des romans, des poèmes et des ouvrages de prose poétique. Elle écrit dans Terres de femmes, Terre à ciel, Paysages Ecrits, Recours au poème, La pierre et le sel, Poezibao, Le Capital des mots, Europe, Place de la Sorbonne.

Bibliographie

Livres publiés :
– Les Blessures fossiles, Editions La Part Commune, Rennes, 2008.
– Les Balcons de la Loire, Editions La Part Commune, Rennes, 2012.
– L’Enfant des vagues, édition Apogée, Rennes, 2014.
– Livres pauvres avec Ghislaine Lejard, 2015, 2017.
– Nostalgie blanche, livre d’artiste avec Michel Remaud.
– La Petite plage, Editions La Part commune, 2015.
– La ville aux maisons qui penchent, La Chambre d’échos, Paris, octobre 2017.

Textes disponibles en ligne (revues) :
« Les mains d’Erasme », Incertain regard, novembre 2017.
« Masque Kanaga », « All of us », « Le rire de la mer », Recours au poème, décembre 2017.
« Les Machines, les Livres », Retour à Brest, le Plateau des Capucins, Terre à ciel.
« Lettre à Asli Erdogan », écrivaine turque emprisonnée, revue « Ce qui reste ».
« Chambre d’enfant gris tristesse », Terres de femmes, repris dans La ville aux maisons qui penchent.
« La croisière immobile », Terres de femmes, repris dans La ville aux maisons qui penchent.
« Stèle du chemin de l’âme », hommage à Segalen, Terre à ciel, repris dans La Petite plage.
« Sagesse de la poussière », sur Nelson Mandela (Le Brocquy et Robert Desnos), Terre à ciel.
« Bord de l’Elorn », Le Capital des mots, repris dans La Petite plage.
« La tristesse du magnolia. Hommage à Libertaire Rutigliano », Le Capital des mots, repris dans La ville aux maisons qui penchent.
« Elégie du 4 juin » de Liu Xiaobo, poète chinois Nobel de la paix, emprisonné, Poezibao.
« Hommage à Yves Landrein », Décharge, n°159, septembre 2013.
« Couleurs d’enfance » Spered Gouez n°19, « Mystiques sans dieu(x) ».

Notes de lecture en revue :
- Europe, « Italies fabulae » Angèle Paoli, décembre 2017.
- Place de la Sorbonne, « Ceux du lointain » de Patricia Cottron-Daubigné, mai 2018.

En ligne :
- Terres de femmes :
« Alejo Carpentier de la Bretagne à Cuba », Jean-Louis Coatrieux.
« Ainsi font… », Eve de Laudec et Bruno Toffano.
« Luce Guilbaud ou la traversée de l’intime ».
« Ardeur du poème » sur « Chante-perce » de Dominique Sampiero.
Anne Bihan, « Ton ventre est l’océan ».
Jean-Claude Caër, « Alaska ».
Daniel Morvan, « Lucia Antonia funambule ».
Pierre Tanguy, Michel Remaud, « Ici même ».
Pierre Tanguy, « Ma fille au ventre rond ».
Jacques Josse, « Liscorno ».
« Monsieur Mandela. Anthologie, Poèmes réunis par Paul Dakeyo ».

- Paysages Ecrits :
Erri de Luca, Jacques Josse, Danielle Auby, « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ».
Roland Halbert, « La Becquée du haïku ».
Jean-Pierre Boulic, « Cette simple joie ».

- La pierre et le sel :
Angèle Paoli, « Tramonti ».
Cécile A. Holdban, « Poèmes. suivi de La route de sel ».
Isabelle Lévesque, « Ossature du silence ».

- Recours au poème :
Isabelle Lévesque, « Voltige ! ».
Claude Ber, « Il y a des choses que non ».
« J’écris dehors » sur le poète Pierre Tanguy.
Luce Guilbaud, Amandine Marembert, « Renouées ».
Nathalie Riera, « Paysage d’été ».
Luce Guilbaud, « Pas encore et déjà ».
Paul Morin, « Le jardin de l’orme ».
Ghislaine Lejard, « Si brève l’éclaircie ».

- Encres de Loire, en ligne, notes de lecture à compter du n °61 jusqu’au dernier numéro.
-Bulletin de la Société Internationale d’Etudes Yourcenariennes, Université de Tours :
« La représentation du temps dans L'Œuvre au Noir », (S. I. E. Y.), n° 15, 1995.
« Étude sur Denier du rêve de Marguerite Yourcenar » (S.I.E.Y.), n° 13, juin 1994.

Nombreuses lectures publiques :
à « Casa Africa, Printemps des poètes » avec Roland Cornthwaite ; aux Chantiers navals, avec Sylvie Hervé de la Compagnie Les Chimères ; au Passage Sainte-Croix ; aux Journées nationales de l’autobiographie ; à Radio Bretagne-5, Radio Alternantes, Radio RCF (en ligne) ; sur Elaïg, aux Scripturales de Saint-Herblain ; en librairie à Nantes, Saint-Pol de Léon, Lesneven, Batz-sur-mer, Saint-Nazaire, Groix, Brest-Dialogues ( vidéo en ligne) et en bibliothèque, Paul Eluard, Les Olivettes à Nantes, Sainte-Luce sur Loire...

Participation à des ouvrages collectifs
– « Les pionnières de l’autre siècle», in Le lycée Clemenceau- 200 ans d’histoire. J. Guiffan, J. Barreau, J.-L. Liters, Editions Coiffard, 2008. En ligne sur le site numérique « Georges et les autres ».
– « Les premières jeunes filles en classes préparatoires depuis 1925», Notre Mémoire, Cahiers du Comité de l’Histoire du Lycée Clemenceau, Nantes. 2004.
Aux éditions Ellipses (Col. Analyses et Réflexions) :
– « Les armes de la non-violence », dans Quatrevingt-treize, 2002.
– « Roman d’apprentissage et amitié », dans Les Faux-Monnayeurs, 2001.
– « Héroïsme et ironie », dans La Chartreuse de Parme, 2000.
– « Héros et épopée » dans L’Iliade, 2000.
– « Le visage fantomatique de la ville dans Nouvelles de Pétersbourg, Gogol, 1998.
– « Pétersbourg vu par quelques écrivains russes », 1998.
– « L’épopée et le grotesque dans Les Châtiments », 1998.
– « Le sublime et la sublimation dans l'écriture de soi » dans Mémoires d'Hadrien, 1997.
– « Évolution du roman d'apprentissage européen », 1995.

Extraits

– La Ville aux maisons qui penchent. La Chambre d’écho,2017.
Tout est ambivalent et Nantes le sait mieux que n’importe quelle cité. Le souffle de l’océan dilate ses rues. La mer s’y laisse seulement deviner, comme une amante distante. L’amour de loin, celui qui fait rêver les coureurs d’aventures. À petits bruits, la marée pénètre deux fois par jour dans la ville. Elle diffuse un précipité d’effluves bizarres qui brouille l’esprit des gens et, signe d’insolente jeunesse de la ville, est le ferment d’une inventivité en ébullition. Telle celle de ce jeune médecin qui va en hâte à la clinique ophtalmique qu’il vient d’ouvrir : « Aux plus déshérités, le plus d’amour », dit-il. Ce n’est pas la devise du Samu social mais celle d’Ange Guépin, ce médecin nantais, célèbre philanthrope du XIXe.
Vers le port, un bref tremblement, tout à coup, dans la transparence de l’air. D’une des hautes fenêtres de la rue Kervégan parvient un colloque ordinaire. Le riche armateur se penche vers le prélat de la paroisse : « Vous en convenez, Mon Père, ce Code noir est une bonne chose. Soyez tranquille pour le toit de l’église ». C’est si banal, la traite. Mille ondes de douleur flottent des cales qui ont chargé au loin leur fret d’hommes au corps d’ébène. Quels visages leur donner ? Dans les trous noirs de la raison, les morts anonymes n’en ont pas, ceux qui montent de la fosse du passé, comme ceux qui agonisent dans les camions d’aujourd’hui. Qui sait si cette part d’ombre de Nantes n’a pas fait pleurer les statues du Jardin des Plantes ?
Dans la féerie des toits, de ce côté, les gris battent la chamade. La livrée terne du tuffeau souillé et du ciment, dégradés sans poésie invite à chercher les couleurs de la vie au-delà des méridiens. Ici, les couleurs se méritent, rapportées des confins avec les arbres aux fleurs inconnues. On aperçoit la fresque Le Toucan d’Alain Thomas, rue Fanny Peccot où explosent l’indigo et le rose indien. Un oiseau de paradis aux fruits vermeils fait la vie plus belle. Il y a du Henry Thoreau chez ce peintre ami des fleurs et des espèces menacées. Mais son Walden est un jardin des Tropiques aux couleurs exubérantes.
Et voici que résonne la voix du philosophe Paul Ricœur au Temple Protestant. Il lit un extrait de l’Edit de Nantes pour le 400è anniversaire de l’événement. Une conférence avec les étudiants. Si la mémoire est nécessaire, nous dit cette parole généreuse, les hommes ont aussi besoin de l’oubli, sinon ils demeurent enfermés dans les barbelés de la haine. Message bien peu accordé à notre époque.
Au bout de cette extase paysagère, la ville donne l’impression de prendre la tangente, corps de songe superbement immatériel. Ancrée au sol mais parée pour tous les départs, elle ne cesse de prendre le large. Indifférente à nos balbutiements, Nantes poursuit son chemin à sa hauteur. Par temps clair, on voit la mer.

– La Petite plage, Editions La Part Commune, 2015.
« Demeurer, c’est habiter un lieu et habiter un temps. Un temps qui n’est pas uniquement le présent. Un lieu qui n’est pas uniquement un espace. François Cheng parle de « sentiment-paysage » pour dire la connivence entre l’esprit humain et l’esprit du monde. Oui, s’il y a une joie à communier ici dans la présence simple, elle a pour moi un goût de force sauvage et douce à la fois. C’est un champ d’attentes et de tensions que ce lieu a ouvert en moi. Des poussées de vie continue travaillent de même façon l’affolement des oyats, les gesticulations des tamaris, les passes d’armes du vent. L’énergie catapultée par les vagues gonflées d’écume, je la sens passer tout au fond de moi. La logique et la rigueur alors me quittent, je ne suis plus sûre de ma réalité. Tout ce qui vient du ciel, des vagues, je le reçois en pleine poitrine, sans résistance, presque dopée par cette vitalité prodigieuse qui traverse mes os, mes mots. Autant que le bruit de la circulation sanguine résonnant dans le ventre maternel, je me dis que j’ai gardé, dans la mémoire du corps, l’autre rythme, celui de la pulsation binaire des vagues. À chaque retour, la petite plage renouvelle mon étonnement par sa capacité de réinvention. Quelle fête des contraires elle dispose à son gré ! Sur l’horizon de ses matins, le proche et le lointain se rapprochent. Dans ses vagues, se mêlent la violence et la douceur, l’éphémère et l’atemporel. Comme dans les moments limites de certains beaux rêves où l’on goûte le bonheur naïf de voir, contre toute attente, des choses opposées se tenir ensemble. Ses rochers, ses sables, ses vagues sont bien réels mais il émane d’eux un je-ne-sais-quoi de magique qui transporte dans un autre univers. La petite plage, c’est la clairière des métamorphoses. »

– L'Enfant des vagues, Editions Apogée, 2014
Il dévala le sentier qui menait à la plage où il n’y avait encore personne. Il s’avança tout près du bord de l’eau et stoppa net, incapable de bouger. C’était bien plus horrible que vu de la corniche ! Les vagues, alourdies par une bouillie noire et visqueuse se traînaient. Comme de pauvres bêtes prises au piège qui se débattent sans force ! Son regard allait et venait, sans comprendre, des vagues aux rochers proches, puis au ciel gris avec un peu de bleu. Il revenait aux nappes. Il aurait voulu plonger la main mais cette eau noire et lourde comme du plomb lui faisait horreur. Il était toujours paralysé, la gorge serrée. Ses idées s’embrouillaient. Qu’est-ce qui arrive à la mer ? C’est possible une chose pareille ? Depuis qu’il était petit, ses yeux s’étaient ouverts et fermés sur elle, guettant la course des vagues et des rouleaux d’écume. Il avait son haleine salée dans les narines ; dès ses premiers pas, ses pieds nus avaient caressé les grèves, ses oreilles gardaient en elles le clapotis au bord de l’eau, doux comme le message des conques marines. Frappé par le silence, il sortit de sa torpeur et retrouva la maîtrise de son corps. Il reprit sa marche lentement le long du rivage. Ce silence qui n’en finissait pas ! Il entendait seulement un léger bruit métallique qui venait des vagues. C’est pas habituel, ces glouglous bizarres de bête rampante. Son visage, son corps se crispèrent. Il eut envie de se boucher les oreilles. Oui, l’eau gémissait. C’étaient ses cris étouffés qu’il entendait.

– Les Blessures fossiles, Editions La Part communes, 2008
Ma main caresse au passage de hautes fougères aux allures de reines qui meurent. Je renifle, je flaire, je goûte des senteurs d’écorce, de baies brillantes d’églantiers. Plus loin, après un muret de pierres, les taches mauves des bruyères d’automne, un champ de blé coupé depuis peu, un talus couvert d’ajoncs. Vous, les fougères, les blés, les ajoncs, j’aimerais avoir de vos nouvelles, dans un mois, dans un an. J’ai besoin que vous demeuriez dans la beauté des choses, du temps d’avant.
J’aperçois, dans un pré, un âne qui laisse se perdre dans l’air son rire retroussé de vieux solitaire. Il semble avoir l’éternité devant lui. Je lui en voudrais presque d’avoir autant l’air d’exister.

– Les Balcons de la Loire, Editions La Part commune, 2012
Je me dis, c’est curieux ces échos qui traversent ma vie. Faut-il y voir l’effet des sortilèges de cette ville ? Les remous de la marée y sont-ils pour quelque chose ? Ou les gémissements des grands oiseaux blancs ?
Cette ville aux doigts de pluie, ouverte sur l’Océan. Avec ses coups de vent et ses grains, elle semble faite par moments d’une texture fluide, vaporisée, comme si les gouttes d’eau qui perlent sur les chaussées et les toits restaient en suspens dans les cœurs. Mais cette douceur endormeuse qui semble liquéfier les choses et les êtres a quelque chose d’inquiétant. Un peu d’une chimie ensorcelante passe chaque jour dans ces recommencements maritimes. S’il y a un esprit des lieux, que peut bien engendrer l’afflux de ces eaux mêlées de sel et de pluie ? Peut-être un précipité d’effluves bizarres qui vient brouiller le cerveau des habitants saisis parfois d’imprévisibles étrangetés.

Lieu de vie

Pays de la Loire, 44 - Loire-Atlantique

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics