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Les écrivains / adhérents

Marie-Hélène Prouteau

Poésie / Roman / Essais
photo Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest en 1950 dans une famille bretonne. Elle vit à Nantes. Etudes supérieures à Paris (khâgne lycée Fénelon ; La Sorbonne). Agrégée de lettres. DEA de littérature contemporaine. Elle a enseigné vingt ans les lettres-philosophie en classes préparatoires scientifiques. Elle recherche l’échange avec des créateurs venus d’ailleurs (Dimitri Baranov, Festival Les Allumées Saint-Pétersbourg) ou de sensibilités artistiques autres (plasticiens, tels He Yifu, Olga Boldyreff, Michel Remaud, Isaac Cordal…).
Seule ou avec d’autres, elle a organisé plusieurs conférences (autour de J-P Vernant, J.Savigneau…) et des rencontres avec Michel Chaillou, Luce Guilbaud, entre autres. Elle a organisé la conférence « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bretagne et Loire chez Julien Gracq ». Et participé aux Rencontres de Sophie sur « Les autres ». Aux Journées Nationales de l’Autobiographie 2016.
Ses premiers textes portent sur la situation des femmes et sur des œuvres de Marguerite Yourcenar (SIEY). Elle a publié des études littéraires, des romans, des poèmes et des ouvrages de prose poétique. Elle écrit régulièrement des chroniques et des textes dans des revues, Encres de Loire, Terres de femmes, Terre à ciel, Paysages Ecrits, Recours au poème, La pierre et le sel, Poezibao, Le Capital des mots, Europe, Place de la Sorbonne, Les Cahiers de l’Iroise, Hopala.
Les thèmes qui traversent son écriture sont l’autre et l’ailleurs, le temps et la mémoire dans leurs rapports avec les lieux, le paysage, nature et mer à préserver, la résistance au déni de l’humain, la guerre, le corps (marche, mime…), le cheminement intérieur.

Bibliographie

Livres publiés :
– Les Blessures fossiles, La Part Commune 2008.
– Les Balcons de la Loire, La Part Commune 2012.
– L’Enfant des vagues, Apogée 2014.
– Livres pauvres avec Ghislaine Lejard, 2015, 2017.
– Nostalgie blanche, livre d’artiste avec Michel Remaud.
– La Petite plage, La Part Commune 2015, sélection Prix J.J.Rousseau de l’autobiographie 2016.
_La ville aux maisons qui penchent, La Chambre d’échos 2017.
_ Le Cœur est une place forte, La Part Commune, mars 2019.

Textes publiés en revue en ligne :
« Vers allemands » sur une promenade de Paul Celan à Brest, Incertain regard, novembre 2018, À la littérature (décembre 2018).
« Madame Keravec » texte poétique, ABP, novembre 2017.
« Le dialogue des morts » extrait de La Petite plage, Atelier numérique Sylvie E. Saliceti.
« Lampedusa. Jadis en un grand prieuré », La pierre et le sel, février 2018.
« Les mains d’Erasme », Incertain regard, novembre 2017.
« Masque Kanaga », « All of us », « Le rire de la mer », Recours au poème, décembre 2017.
« Les Machines, les Livres », le Plateau des Capucins, Terre à ciel.
« Lettre à Asli Erdogan », écrivaine turque emprisonnée, revue en ligne Ce qui reste.
« Les marées de l’imaginaire » La faute à Rousseau revue de l’autobiographie octobre 2016.« « Chambre d’enfant gris tristesse », Terres de femmes.
« La croisière immobile », Terres de femmes.
« Stèle du chemin de l’âme », hommage à Victor Segalen, Terre à ciel.
« Sagesse de la poussière », sur Nelson Mandela par Louis Le Brocquy, Terre à ciel.
« Bord de l’Elorn », Le Capital des mots.
« La tristesse du magnolia. Pour Libertaire Rutigliano », Le Capital des mots.
« Elégie du 4 juin » de Liu Xiaobo, poète chinois, Nobel de la paix, emprisonné, Poezibao.
« Hommage à Yves Landrein », Décharge, n°159, septembre 2013.
« Couleurs d’enfance » Spered Gouez n°19, « Mystiques sans dieu(x) ».
« Le temps dans L'Œuvre au Noir », revue S. I. E. Y. n° 15, 1995.
« Étude sur Denier du rêve de Marguerite Yourcenar » revue S.I.E.Y, n° 13, juin 1994.

Emissions, entretiens en ligne :
Radio-Canada, Coups de cœur littéraires de Pauline Bourque, Les Balcons de la Loire.
Librairie Dialogues Brest, vidéo Les Blessures fossiles, 2008.
Radio Bretagne 5, Page blanche de Michel Philippo, La Petite plage.
RCF Rivages, La Petite plage avec Nicolas Butreau.
Emergences littéraires et artistiques numéro 9, « Le coup de cœur » La Petite plage.
Alternantes, « Bouquins en Bretagne », L’Enfant des vagues, avril 2014.
Jet FM, « La quotidienne », La ville aux maisons qui penchent, octobre 2017.
Site de Claude Ber « L’invité du mois », avril 2018.
Participation à des ouvrages collectifs
- Aux éditions Ellipses (Analyses et Réflexions) :
– « Les armes de la non-violence », dans Quatrevingt-treize, 2002.
– « Roman d’apprentissage et amitié », dans Les Faux-Monnayeurs, 2001.
– « Héroïsme et ironie », dans La Chartreuse de Parme, 2000.
– « Héros et épopée » dans L’Iliade, 2000.
– « Le visage fantomatique de la ville dans Nouvelles de Pétersbourg, Gogol, 1998.
– « Pétersbourg vu par quelques écrivains russes », 1998.
– « L’épopée et le grotesque dans Les Châtiments », 1998.
– « Le sublime et la sublimation dans l'écriture de soi » dans Mémoires d'Hadrien, 1997.
– « Évolution du roman d'apprentissage européen », 1995.
– « Les pionnières de l’autre siècle», in Le lycée Clemenceau- 200 ans d’histoire. J. Guiffan, J. Barreau, J.-L. Liters, Coiffard, 2008, en ligne sur « Georges et les autres ».

Extraits

-Le Cœur est une place forte, La Part Commune, mars 2019

« Chaque fois que je passe quai Tourville, je ne peux retenir mes larmes en pensant à mon institutrice morte dans l’abri Sadi-Carnot. Les mots de Cécile Bramé.
Des décennies après l’événement, l’émotion est là. Abri Sadi-Carnot. Douleur. Crypte de la douleur. Ce seul mot pour la nommer. Crypte, ce qui cache. Longtemps je suis comme madame Bramé dans la même émotion.
Abri Sadi-Carnot, le lieu se visite, il a été restauré. Souvenir d’une visite il y a quelques années. Scénographie austère d’un film de Robert Bresson. On entre le cœur tremblant à marcher dans l’abri. Impression de ne pas pénétrer dans des décombres mais dans l’horreur d’une nuit d’enfer. Des ombres revenantes passent en long cortège, linceuls de cendres glissant dans le silence. On lit les noms, les 373 noms. On déchiffre lentement. Comme si ces noms, espoir fou, pouvaient garder un peu de ces visages disparus. Mais rien.
Simplement l’envie de réciter un De profundis. Un psaume. Un kaddish. Ou un poème de Hugo, juste là, dans le lieu.
Si longtemps rien n’a pu se dire de ces pires heures. Ce n’était ni déni ni indifférence. Mais quelque chose d’inconsolable.[…]Ce nom de Sadi-Carnot, à lui seul, c’est comme s’il condensait l’amplitude du malheur. Vécu par tant d’êtres en ces sombres temps. Les réfugiés chassés de leur maison. Les blessés pendant le siège. Les résistants fusillés par les Allemands. Les morts par milliers des bombardements. On a le sentiment de pénétrer dans le sacré d’une chapelle ardente.

Trop de douleur : ça fait une mémoire brûlée, pétrifiée sous la cendre. C’est plus tard que je l’ai compris, au Louvre, devant une antique tablette de Mésopotamie.
Quelques lignes des Lamentations sur la ville d’Ur lues sur le cartel m’ont ramenée, le cœur serré, à l’abri Sadi-Carnot.
Écrit il y a quatre mille ans par un poète inconnu. Il a été recopié dans l’argile façonnée par le scribe Apil-Shakkan travaillant au temple. Petite écriture cunéiforme au stylet, serrée, sur plusieurs colonnes.

C’est la déesse d’Ur, Ningal, qui se lamente. La riche capitale de Mésopotamie aux grands temples est tombée aux mains des ennemis élamites. Les lamentations rituelles sont rythmées, répétées. Graves. Amples. Lancinantes. Dans un carnet, je retrouve des mots du texte complet que j’ai consignés plus tard. La tragédie totale, céleste et terrestre à la fois. Un chœur très antique communie dans l’émotion du peuple de Sumer.

Les tessons enflammés et la poussière pleuvent en averse - le peuple gémit.
À force d’entasser les cadavres, c’est un mur de corps que l’on élève – le désastre engloutit tout pêle-mêle.
Le peuple gémit.
Ur détruite. L’évidence, soudainement, on quitte la troisième Dynastie, ses énormes murailles de brique. Ses palmeraies, ses champs fertiles et ses canaux saccagés dans des nuées de poussière. Le désastre n’a plus nom Mésopotamie. C’est Brest, Maissin, Hambourg, Beyrouth, Sarajevo et Alep ravagées. Le vaste monde des villes en guerre émerge.
Quatre cent trente-six lignes du poète qui, à coup de rasoir, répètent. Les ruines, les morts sont de partout :
Le peuple gémit.
Le présent éternel d’une éternelle guerre. On avance dans le règne de la violence, de l’invasion, de la dévastation. Destructions, désolations. Ce n’est pas la vieille langue de Sumer. On entend la peur, la guerre, le carnage, les tortures, les viols scandés dans toutes les langues de la terre. »


- La Petite plage, La Part Commune, 2015

« Demeurer, c’est habiter un lieu et habiter un temps. Un temps qui n’est pas uniquement le présent. Un lieu qui n’est pas uniquement un espace. François Cheng parle de « sentiment-paysage » pour dire la connivence entre l’esprit humain et l’esprit du monde. Oui, s’il y a une joie à communier ici dans la présence simple, elle a pour moi un goût de force sauvage et douce à la fois. C’est un champ d’attentes et de tensions que ce lieu a ouvert en moi. Des poussées de vie continue travaillent de même façon l’affolement des oyats, les gesticulations des tamaris, les passes d’armes du vent. L’énergie catapultée par les vagues gonflées d’écume, je la sens passer tout au fond de moi. La logique et la rigueur alors me quittent, je ne suis plus sûre de ma réalité. Tout ce qui vient du ciel, des vagues, je le reçois en pleine poitrine, sans résistance, presque dopée par cette vitalité prodigieuse qui traverse mes os, mes mots. Autant que le bruit de la circulation sanguine résonnant dans le ventre maternel, je me dis que j’ai gardé, dans la mémoire du corps, l’autre rythme, celui de la pulsation binaire des vagues. À chaque retour, la petite plage renouvelle mon étonnement par sa capacité de réinvention. Quelle fête des contraires elle dispose à son gré ! Sur l’horizon de ses matins, le proche et le lointain se rapprochent. Dans ses vagues, se mêlent la violence et la douceur, l’éphémère et l’atemporel. Comme dans les moments limites de certains beaux rêves où l’on goûte le bonheur naïf de voir, contre toute attente, des choses opposées se tenir ensemble. Ses rochers, ses sables, ses vagues sont bien réels mais il émane d’eux un je-ne-sais-quoi de magique qui transporte dans un autre univers. La petite plage, c’est la clairière des métamorphoses. »

Lieu de vie

Pays de la Loire, 44 - Loire-Atlantique

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics