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Les écrivains / adhérents

Anne-Catherine Blanc

Roman / Nouvelle / Essais / Contes
photo Anne-Catherine Blanc

Il est de bon ton de de se présenter pour prendre contact, et difficile de se présenter sans commencer par je.
Allons-y donc pour quelques lignes de je…
Je suis née et j’ai grandi au Sénégal, d’un père mi-catalan, mi-vietnamien, d’une mère suisse. J’ai les gènes ventilés et la culture métisse.
J’ai enseigné, j’enseigne le français langue étrangère et le français… tout court, dans des pays synonymes pour beaucoup de vacances tarifées : le Maroc, Tahiti, l’île de Pâques… J’ai voyagé et navigué. Pour l’instant, je suis au mouillage dans le sud de la France. Sans avoir débarqué mon sac sur le quai.
Voilà.
La vie de l’écrivain n’a d’intérêt que pour expliquer (un peu) son écriture. Avec Proust et "Contre Sainte-Beuve", je crois qu’on n’explique pas grand-chose d’un texte en fouillant les pauvres secrets de son auteur.
De nos jours, dans l’imaginaire collectif, un écrivain est avant tout un spéléologue de l’ombilic, acharné à explorer ses propres méandres. Acharné à éclairer de sa lampe frontale ce que Romain Gary appelle « notre pauvre petit royaume du je, si comique avec sa salle du trône et son enceinte fortifiée ».
Notre époque a élevé l’autofiction au rang de genre majeur.
Bien sûr, c’est toujours je qui ressent le monde, avant de le dire.
Mais le je emballé sous vide, les extases, les tourments, l’intimité de l’écrivain, ne feront jamais texte. Tout juste fil de trame.
Les mots naissent des points de contact, les plus variés possible, entre je et le monde, entre je et l’autre.
Seules les origines, les voyages, les rencontres ont le pouvoir de transcender nos mots.
Seule l’altérité les accomplit, comme elle nous accomplit.
Quand je croise l’autre, les mots qui surgissent tissent peu à peu le motif d’un récit de l’autre, d’une alterfiction.
Une écriture de l’autre comme accès au monde. À la superbe et terrifiante altérité du monde, à ses fulgurances de beauté et d’horreur.

http://www.annecatherineblanc.fr
Bibliographie

Équipe de nuit, éditions Mutine, 2020
D’exil et de chair, roman, éditions Mutine, 2017
www.lacauselitteraire.fr/d-exil-et-de-chair-anne-catherine-blanc
– « Tectonique du bleu », essai, in Apprivoiser le secret - Rétrospective Dagmar Bergmann, éditions Barachotti, 2016
Les Chiens de l’aube, roman, éditions D’Un Noir Si Bleu, 2014 (www.dunnoirsibleu.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=130)
www.lacauselitteraire.fr/les-chiens-de-l-aube-anne-catherine-blanc (une interview)
Moana blues, roman, éditions Au Vent des Iles, Tahiti, 2002 (Prix des Étudiants 2003 de l’université de Polynésie française).
L’Astronome aveugle, conte « philosophique » (?) éditions Ramsay, 2009.
Passagers de l’archipel, nouvelles, éditions Ramsay, 2010 – « Poerava » a paru initialement dans la revue Riveneuve Continents, n°9, Paris, 2009.

Présentation et édition critique du journal de guerre de Georges le Tervanick, Souvenirs de l’Année Terrible, éditions Ramsay, 2011.

Extraits

Moana.
Moana, c’est le bleu absolu que prend l’océan quand le regard plonge vers l’abysse, vers le vertige sans fond qui s’ouvre au-delà du lagon, passé le récif-barrière. Moana, c’est la matière bleue, à la fois aussi présente au plongeur que sa conscience et aussi désespérément fuyante, aérienne et douloureuse.
Plonger dans le bleu, c’est la petite mort, le renoncement à l’être. C’est devenir soi-même, pour quelques instants d’éternité, onde traversée d’ondes, corps liquide et bleu. C’est perdre d’un seul coup les repères qui rassuraient. Le regard se noie dans le bleu, se voile au bord du vertige et se détourne en hâte vers la mosaïque familière du tombant ou le miroir brisé de la surface. Remontée hâtive, comme si le plongeur venait d’échapper à un risque. À la tentation de son propre gouffre.
Au-delà du moana le bleu devient noir. C’est ‘ere‘ere, le bleu noir qui précède les ténèbres. ‘Ere’ere signifie aussi hématome. C’est la couleur des chairs meurtries, éclatées sous la pression, quand le gouffre recrache l’enveloppe. Quand le plongeur s’est uni à l’océan en se fondant à la matière, enfin apaisé, lui-même liquide et bleu.
Moana, c’est aussi un prénom.

Moana blues, 2002


Il le sait bien, le vieux, qu’à l’échelle du cosmos, la durée de ses kanji sur le papier crasseux des annuaires, voué à l’allumage du barbecue familial ou au pourrissement ignominieux au fond des sacs poubelles, est à peine moins longue que celle des tatouages voués, eux, à la lente décomposition du corps. Il sait que les clients du voisin, qui sortent de l’officine tout glorieux de se croire marqués pour l’éternité, réduisent l’éternité à leur pauvre fragment d’existence.
Tout ça le fait sourire. Car dans le fond, ça n’a aucune importance. Les signes qu’il trace, il les trace pour le bonheur de se sentir vivant. Il est fier d’exister encore, sec et solide comme un vieux bambou, après toutes ces années passées à travailler sans cesse sur un caillou pointu jailli du fond de l’abysse, un caillou tout crépu de corail et de jungle dont il n’est jamais sorti, jamais, même pour poser le pied sur l’île jumelle.
Mais il lui arrive parfois, quand il trace un kanji, de ne plus se sentir exister que comme souffle vital, comme pur élan du corps devenu simple conducteur de l’énergie universelle. Dans ces instants de grâce, il s’oublie et se fond dans le creuset du monde. Sa vie alors n’est plus sa vie, elle participe de cette énergie démesurée et il expérimente à l’avance, ébloui comme un enfant qui mâchouille un bout de pâte crue avant que sa mère n’enfourne le gâteau, la saveur inachevée, mais grisante, de son éternité.

« Lignes de vie » in Passagers de l’archipel

Lieu de vie

Occitanie, 66 - Pyrénées-Orientales

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Rencontres en milieu scolaire