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Les écrivains / adhérents

Annie Cohen

Poésie / Roman / Essais / Théâtre / Récits
photo Annie Cohen

Annie Cohen est née le 8 mars 1944 à Sidi-Bel-Abbès en Algérie. Mariée au cinéaste et l’écrivain François Barat, elle vit à Paris depuis 1967.
Elle a soutenu une thèse de troisième cycle en géographie urbaine à la Sorbonne en 1973. Après un travail de recherche à l’Éducation nationale, elle a décidé de se consacrer exclusivement à l’écriture.
Résidente pendant un an à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon en 1984. Titulaire de plusieurs bourses de CNL.
Engagée dans le Mouvement de Libération des Femmes, elle a signé le Manifeste des 343.
Elle a été nommée Officier des Arts et Lettres.

Type d’intervention : débat et dialogue en milieu universitaire.
Atelier en milieu défavorisé, auprès des personnes incarcérés, des personnes âgés et handicapés, en milieu psychiatrique.

Bibliographie

Aux éditions Gallimard
– En collaboration : Une enfance algérienne, 1997, Folio n° 3171
– Bésame mucho, récit, 1998
– La dure-mère, récit, 2001 - traduction par Pilar Ortiz en espagnol mexicain, "La Duramadre", parue aux Editions Unversidad Veracruz en 2011.
– Géographie des origines, récit, 2007
– Les silenciaires, récit, 2010
– Le petit fer à repasser, Gallimard, collection Haute Enfance, 2014

Aux éditions Zulma
– L’Alfa Romeo, roman, 2009

Aux éditions Actes Sud
– Histoire d’un portrait, essai, 1992
– L’Homme au costume blanc, roman, 1994
– Le Marabout de Blida, roman, 1996, repris dans Folio n° 3360,
Grand Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres
Prix Tropiques

Aux éditions Des femmes
– La Dentelle du cygne, récit, 1979
– Les Sabliers du bord de mer, poésie, 1981
– Le Peignoir à plumes, textes et dessins, 1984
– Les Étangs de la Reine Blanche, récit, 1984
– L’Édifice invisible, récit, 1988 - traduit par Pilar Ortiz en espagnol mexicain "El edificio invisible", Editions Verdehalago (1998).

Aux éditions du Rocher
– La langue blanche des rouleaux d’écriture, poésie, 2002
– Les cahiers bleus, récit, 2004

Aux éditions La Table Rase/Écrits des Forges
– Les mots ont le temps de venir, textes et dessins, 1989

Aux éditions Les petits classiques du grand pirate
– Pierre de nuit, rouleaux d’écriture, 1991
– C’était le jour de l’armistice, 1999

Aux éditions Atelier des Grammes
– Et la chose d’elle-même arriva, nouvelle, 1997

Aux éditions Verdier, collection Farrago
– La Rivière des Gobelins, poésie, 2000

Aux éditions Edisud
– Albert Camus et les écritures algériennes, quelles traces ? 2004, en collaboration

Aux éditions Les Ennemis de Paterne Berrichon
– Françoise Clérice, nouvelle, 2006
Accompagné d’un DVD de 6 minutes de François Barat

Théâtre
– Mademoiselle Clara, collection Créations au féminin, L'Harmattan, 2013

Livres d’artiste
– Mille et un bocaux, avec Marie-Claude Quignon, 1998, édition La Forge
– Square de Paris, 1999, avec Jean-Paul Ruiz

Parallèlement à son travail d’écrivain, elle mène, dans le sillage d’Henri Michaux ou d’Artaud une activité plastique sous forme de gouaches, de dessins à l’encre de Chine, de rouleaux d’écriture.
Elle a organisé en 1991 à la BPI de Beaubourg une exposition de dessins d’écrivains « L’écrit, le signe, autour de quelques dessins d’écrivains », dont elle a assuré le catalogue (aujourd’hui épuisé). Elle tente comme l’écrit Antonin Artaud, de « refaire corps avec l’os des musiques de l’âme ».
Cette activité de plasticienne alterne avec ses écrits dont certains ont été adaptés au théâtre comme La dentelle du cygne, ou à la radio, Besame Mucho ou Mademoiselle Clara.
Un portrait cinématographique, La dentelle du signe, a été réalisé en 2008 par Isabelle Singer et Marcel Rodriguez, avec la participation de François Barat (Production Métisfilm /Direction du livre).

Expositions personnelles
Le peignoir à plumes, La Chartreuse, Villeneuve – Lez – Avignon, 1984
La manière noire, La Galerie, Paris, février, 1986
L’écrit le signe, autour de quelques dessins d’écrivains, exposition réalisée par Annie Cohen, Beaubourg, la BPI, 1991
DéCRiTuReS, RobertArtRom, Paris, avril 2013
Rouleaux d’écritures et gouaches, Lucia Iraci, juin 2013

Expositions collectives
Tendance Papier, Les Vergers de l’Art, Paris, février 2008
À Chacun son dessin, La halle Saint-Pierre, mars 2009

Extraits

Tâtonnement de la pensée qui veut tout oublier de la pensée pour envisager un alphabet neuf, miraculeux. Ce qui fait que marcher dans la langue c’est comme marcher sur les chemins de Benoît Joseph Labre. La chambre est bien le lieu du au cas où. Trop tard pour aller ailleurs, trop tard pour revenir sur le premier engagement, pour avouer s’être trompé, trop tard pour changer de cible, de cap, de direction, de temps. C’est la chambre, c’est ce qui est, ce qui ouvre le devenir, ce qui convient, au cas où… C’est juste d’avouer que c’est juste. Sans vouloir quitter le lieu même si ce n’est conseillé à personne. Car se confronter aux murs oblige à inventer une langue, à fortifier le peu qu’on a, morsure au-dessus des omoplates, partout, et sans pouvoir voguer ailleurs et autrement. Bégaiement qui laisse interdit. Non, ne pas s’éloigner du lieu puisque un contrat intime cimente une affaire qui doit aller de l’avant, même si souffrance, maladie, perdition ou folie, même si interminable attente de la petite élaboration qui peut apparaître, disparaître, pour laisser sidéré, ébahi. C’est pourquoi ne pas bouger, prier pour attendre, mais ce n’est pas prier, et c’est quoi prier ?
Être présent au cas où un enfant viendrait dans la nuit nous dire de se lever, se vêtir, et d’aller dans le square sous le marronnier centenaire pour recueillir une parole inédite, mais laquelle ? C’est à entendre. C’est pourquoi il faut attendre. Un jour les mots passent, juste un instant, et c’est béni. Mais ils vont fuir, ce n’est pas comme si on était installé en toute tranquillité. Non ! ici tout est instable, on est au bord du gouffre, tout près d’un incendie qui fera cramer matière et esprit. Mais au cas où quelque chose arrive, il faut être présent, dans la certitude ou le doute des mots tracés, écrits, figurés, et même si les visages n’ont plus de traits. Ce qui veut dire que le travail menaçant de la mort, du désordre grandeur nature, restera sur les bas-côtés du texte pour un déroulé qui n’en finit pas de vouloir défricher l’inconnu du monde des espaces blancs. C’est ainsi que la chambre du au cas où devient le palais des rêves éveillés. C’est ainsi que ce simple pays qui renferme toutes sortes de paysages fuit les définitions pour abriter l’amour de l’expérimentation solitaire, de la confrontation verbale.
Mais au cas où une affaire débarque à brûle-pourpoint d’une manière inattendue, il faut tout abandonner, et se mettre au service de l’énigme, chercher à entendre les voix, les injonctions, tracer des lignes abstraites, imaginer les plans surnaturels. La chambre nous appelle à écouter l’inaudible de nous-même, elle n’a de sens que par ces conjonctions qui forcent à franchir une frontière saisissante. L’atterrissage s’est fait ici, par miracle. La chienne dans son panier est dans mon dos, sur le lit. Aucun mot, aucune caresse. Associée à l’immobilité, elle surveille tout, toujours prête à réagir, à bondir, à me suivre, interrogative, inquiète, au cas où les chaussures, les clefs, la porte, la séparation, sur le qui-vive, toujours, au cas où je quitterais la chambre. Agrégée aux mots des gouaches et du papier, elle porte le nom d’une sainte, c’est voulu, c’est fait exprès, c’est fait pour dire en quelques lettres, deux voyelles, deux consonnes, une histoire qui nous ramène loin en arrière, en Italie.
Les silenciaires, Gallimard, 2010


Paris 11 avril 1998

Écrire encore et encore une suite
ininterrompue de mots à
l’encre noire et chercher
à tricoter le sens pour se
perdre et pour perdre
pour ne pas perdre le goût
du geste de la main
la main qui sait qui
connaît le chemin la
main du rouleau qui
veut encore et encore
dessiner des mots
fabriquer du sens
occuper l’espace de
la feuille à force
de vouloir écrire à
force de vouloir
consigner le sens
fabriquer du texte
par-delà la lisibilité
au-delà de la lisibilité
et pour ne jamais cesser
de dire l’amour fou du
geste d’écrire geste
de la main en train
d’écrire et tenir
cette mine cette plume
pour se faufiler encore
vers toujours plus de sens
de non-sens et même
si on doit atteindre le
bloc noir d’une écriture
sans rature sans correction
et même si ce flot continu
de mots nous amène au
centre d’un espace perdu
qui se perd qui me perd
qui veut se noyer pour
plus encore se confronter
au sens et au geste
et pour cette plongée dans
la mer des mots dans
l’océan des mots sans la
crainte de perdre pied et
de se laisser emporter dans
le courant vers le large
comme pour se noyer comme
pour se laisser recouvrir par
la mer noire des mots
debout sur ses pieds rentrer
dans la mer des mots et des
feuilles sans gomme sans espoir
de correction pour une parole
qui se déroule infiniment
indéfiniment sans jamais
finir et même si le fond
nous échappe se défile
même si la noyade dans
la mer des mots est au bout
du chemin se noyer donc se
perdre dans l’océan des mots

La langue blanche des rouleaux d’écriture, Éditions du Rocher, 2002

Lieu de vie

Île-de-France, 75 - Paris

Types d'interventions
  • Aucune