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Les écrivains / adhérents

Bernard Anton

Poésie / Essais / Théâtre
photo Bernard Anton

Bernard Anton, Ph. D. est né en 1961. Il vit au Québec depuis 1978. Il entreprend très tôt des études en art dramatique, en littérature, en pédagogie et en théologie. Il a publié 27 livres (poésie, conte, théâtre, essai, spiritualité, environnement) chez différents éditeurs québécois et français. Il est souvent invité, à titre de poète, conteur, slameur, photographe ou conférencier. Il a participé à plusieurs expositions, colloques, événements, soirées et revues littéraires canadiennes et européennes. Il est très engagé dans la cause verte.

Jean Royer a lu dans ses poèmes une « maîtrise peu commune du langage ». Gaston Miron y a vu « une vérité de l’émotion et le miracle de la présence qui ne trompent pas ». Jean Ethier-Blais reconnaît en lui le « poète des grands thèmes, au verbe haut et délicat ». Réginald Hamel commente : « Sa poésie sait marier le céleste et le terrestre et donner aux mystères de la vie un ton universel. » Pierre Nepveu écrivait à propos de ses premiers poèmes : « La principale qualité du recueil de poèmes de Bernard Antoun me semble être son sens très sûr du rythme. Il y a là une justesse du phrasé… Le projet poétique de Bernard Antoun consiste à chercher à construire l’harmonie et l’euphorie à même (ou malgré) les ‘fêlures‘ qui sont celles de la conscience et de l’époque… L’écriture cherche ici à métamorphoser le réel, à lui redonner une fraîcheur perdue… » De son côté, Jacques Brault, affirmait : « (Ces poèmes) ont le mérite de la simplicité, d’une simplicité ici touchante et naïve, là directe, émouvante… Cette poésie (est) toute frémissante et désarmée… » Jean-Louis Proux découvre dans les contes de Mémoires de ciels et de vents une quête du bonheur.

Les thèmes
Bernard Anton a traité différents thèmes. Il a réfléchi notamment sur le temps qui passe, l’amour, la beauté et la joie de vivre, le pardon, l’environnement, la nature, la mort, la guerre versus la paix, l’élévation, le rapprochement de l’essentiel.

http://www.bernardantoun.com
Bibliographie

– Fêlures d’un temps I, poésie, Montréal, éd. Louise Courteau, 1987
– Fêlures d’un temps II, poésie, Montréal, éd. Louise Courteau, 1988 (présentation de Gaston Miron)
– Fragments arbitraires, poésie, Laval, éd. Trois, 1989
– Les anémones, conte poétique, Montréal, éd. Humanitas, 1991
– À une absence, poésie, Montréal, éd. Humanitas, 1992 (Préface de Jean Ethier-Blais)
– Ombres de ruines, théâtre, Montréal, éd. Humanitas, 1993
– Écroulement de la terre et des vivants, poésie, Montréal, éd. Humanitas, 1994
– Sublimes élévations, poésie, Montréal, éd. Humanitas, 1995
– Celle dont le Cœur est faîte d’Amour, poésie, Montréal, éd. Humanitas, 1996
– Du côté de l’infini, poésie, Montréal, éd. Humanitas, 2003
– Laurentïdes suivi de Automnales, poésie haïku, Montréal, éd. Humanitas, 2004 (livre d’art accompagné de cent photos de l’auteur sur les Laurentides)
– Mémoires de ciels et de vents, contes, Montréal, éd. Humanitas, 2005
– Beauté perforée, poèmes, Paris, éd. l’Harmattan, 2007
– Plaidoyer pour la Terre et les vivants, essai sur l’environnement, éd. D’ici là, 2008

Extraits

un vent souffle dans la mémoire des pierres
les arbres remuent
une mésange s’envole
les branches nues tendent
vers le soleil d’avril pour se revêtir
leurs doigts qui n’ont plus le même âge
tentent de retrouver l’étincelle de vie
une distance les sépare de leur proche avenir

l’amour qui hésite inonde le paysage
l’univers évolue vers sa perfection
la terre continue de pivoter sur son axe

je rêve d’atteindre la source du bruit du silence

Extraits de Beauté perforée, éd. l’Harmattan, Paris, 2007


Brillantine
Savez-vous qui est Brillantine ? Non, ce n’est pas le nom d’une jeune fille, ni celui d’une fleur, ni celui d’un papillon, ni celui d’un gel pour les cheveux, ni celui d’un personnage de télévision. C’est le nom d’une jeune luciole heureuse d’être lumineuse dans la totale obscurité de la forêt et de la nuit. Elle n’avait jamais vu les étoiles ni la lune ni les autres astres non plus.

Une luciole adulte l’invita, par nuit claire, à monter plus haut que les arbres pour découvrir d’autres horizons et l’étendue du ciel. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle découvrit le scintillement des étoiles et la lumière chatoyante de la lune ! Plus elle les contemplait, plus elle baignait dans ces rayons blancs et phosphorescents, plus elle devenait consciente de la faiblesse et des limites de sa propre lumière. Ces astres étaient définitivement plus brillants qu’elle. Fière de ses découvertes, elle appela tout ceci la grande famille de lumière et se considéra comme leur petite sœur.

La luciole adulte revint, coquine, et ajouta, juste assez pour l’intriguer : « Il y a un astre bien plus lumineux, c’est le soleil, mais tu ne peux le voir sans mourir, car ses rayons vont brûler tes minuscules ailes. »

Après une longue réflexion, riche de sa récente et si agréable expérience avec les étoiles et la lune, la jeune luciole répondit : « Je suis un être de lumière et pour moi vivre sans lumière, ce n’est pas vivre. Maintenant que j’ai vu la lumière, je ne peux plus retourner aux ténèbres. Je suis prête à mourir d’amour, mourir par amour pour la lumière. » Elle se prépara jusqu’à l’aube, se fit belle et brûla d’impatience jusqu’à sa rencontre avec le soleil.

L’astre doré se leva lentement. Le moindre petit rayon de soleil qu’elle découvrait au fur et à mesure était pour elle bien plus beau et bien plus précieux que tous les rayons de lune et d’étoiles ensemble. En extase d’amour, elle dansa sa dernière danse d’amour, chanta son dernier chant d’amour, et s’offrit avec quel regard d’amour, à celui qui est Lumière d’Amour.

Or, plus l’ardente chaleur du soleil consumait ses minuscules ailes et l’affaiblissait, plus elle se sentait vaciller et choir, plus elle voyait un rayon particulier descendre et avancer directement vers elle, la soutenir comme une main, pour ensuite la happer vers le ciel et en faire une étoile aussi brillante que les autres.

Voyant cela, la cousine de Brillantine, sa voisine, même sa maîtresse d’école Albertine, firent de même. Elles s’offrirent avec amour au soleil et la rejoignirent au ciel, étoiles parmi les étoiles.

La rage de la luciole adulte fut à son comble. Elle hurla de tous ses poumons : « Je pensais me débarrasser d’elle, de sa candide fraîche beauté ! Elle jouit maintenant d’une vie bien plus belle que la mienne ! Moi aussi, j’irais la rejoindre au ciel ! »

Elle sortit de sa cachette, s’offrit au soleil, sentit ses ailes brûler, comme elle l’avait prédit. Elle faiblit, vacilla. Mais, aucune rescousse, aucun rayon comme une paume ne descendit vers elle pour la soutenir ou pour la happer vers le firmament. Elle se retrouva en quelques secondes au fond de la forêt, une poussière noire mêlée au sable près d’un gros rocher.

Si en sortant ce soir, vous rencontrez sur votre chemin une jeune luciole, silence, ne lui dites surtout pas que le soleil existe, que c’est un astre tellement beau et tellement lumineux, car elle pourrait peut-être, comme Brillantine, avoir la mauvaise ou bonne idée de s’offrir à lui !

Extraits de Mémoires de ciels et de vents, éd. Humanitas, Montréal, 2005