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Les écrivains / adhérents

Camille Loivier

Poésie / Traduction

Écrire, ce n’est pas exactement la vie
La question revient souvent d’écrire et de vivre en même temps ou en quinconce sans que je puisse me positionner définitivement. Ecrire pour vivre, pas forcément pour mieux vivre, écrit-on pour ou contre la vie, en retrait, en échec de celle-ci ou simplement pour continuer à exister, avec le monde qui entoure. Ecrire pour colmater les brèches, les fissures de l’existence qui finiraient par s’écarter, par devenir brisures, mais ces fissures sont tout aussi bien des lignes, des lignes de vie, des lignes d’écriture, les traits qui constituent les mots.
L’écriture est une deuxième chance.
Conversations interrompues depuis si longtemps que l’on essaye de reprendre mais pas seulement avec des mots. On voudrait retrouver au fond de sa langue quelques langages oubliés, des langues disparues d’Afrique, des tentatives d’écriture abandonnées en Asie. Sentir une résistance dans cette langue courante qu’on parle sans savoir d’où elle vient, ou elle va, ce qu’elle dit dans notre bouche, ce qu’elle fait de notre pensée. Car on ne pense pas sans les mots, chaque mot fait qu’une pensée existe et meurt, s’immobilise puis bouge. Pas de pensée sans les mots, cela c’est le plus difficile à accepter, à admettre, la dépendance vis-à-vis de cet outil que l’on oublie trop souvent avoir appris. Croiser d’autres langues dans le métissage des syllabes, entendre d’autres voix dans la rythmique fragmentée des échanges, d’autres chants.
L’écriture n’isole pas, elle est toute une attitude attentive, une perception des choses, des êtres, une attention en retrait, mais aussi un effort, un mouvement qui fait que l’on ne reste pas repliée à l’intérieur de soi mais que l’on se déplie. Ecrire Il est nuit a été cet effort, ce double et triple effort d’aller vers, de résister à l’en-dedans.

Camille Loivier, née à neuf heures en 1965, vit à Paris et enseigne la littérature de langue chinoise (Chine, Taïwan, Hong-Kong) à Arras. Elle dirige Neige d'août, depuis 1999, revue de poésie où les poètes de l'Asie rencontrent les poètes d'Europe. Neige d’août répond à une Poétique de la Relation, se renouvelle depuis dix ans en recherchant l’entrecroisement des langues étrangères dans les langues familières, dans l’espoir d’un bouleversement entre la poésie d’ici et celle de là-bas, et particulièrement la poésie de l’Asie de l’est, Corée, Chine, Japon, Taïwan… qui représente l’entour dans lequel je me fonds le plus facilement comme dans une autre vie qui me dirait, je suis de là-bas. Elle a aussi écrit quelques textes poétiques pour le théâtre.
Traductrice du chinois et de littérature taïwanaise, hong-kongaise, poésie ancienne et nouvelle, notamment des poètes taïwanais Hung Hung, Hsia Yu, Luo Zhicheng (essentiellement en revue), prose et bande-dessinée.

Bibliographie

Poésie
– Élégie à une pinsonne, Éditions Caractères, 2005
– Il est nuit, Éditions Tarabuste, 2009
– Enclose, Éditions Tarabuste, 2011
– 24qi 72 hou, Éditions Yvonne Cartonnera, 2011
– Wang Wen-hsing, Contre-Allées, 2011
– Hôpitaux, avec des gravures d’Ena Linderbaur, Approches, 2012.

Anthologie
– Couleurs femmes, Le Castor Astral, Le Nouvel Athanor, 2010
– Littérature & poétiques, 2006-2011, La Maison des Littératures, 2011
– Enfances, regards de poètes, Editions Bruno Doucey, 2012

Écrits avec la photographie
– « La photographie est une sensation tactile », texte accompagnant Tracés d’Ariadne Breton-Ourq, Atelier de Visu, Marseille, 2008
– « Se dévide fil après fil » in Yannick Lecoq, Avec mes yeux/Mit meinen Augen, Editions En Forêt/Verlag Im Wald, 2007
– Immobile et sans façon, sur une photographie d'Ariane Breton-Ourcq, Filigranes, 1998

Publications en revue
Europe, Dans la lune, Le Nouveau Recueil, N4728, le Préau des collines, Revue des Belles Lettres

Traductions
- En ces jours instables, Leung Ping-kwan, Hong-Kong, 2012.
- La structure de l’iki de Kuki Shûzô, P.U.F, 2004.
- Les nuages noirs s’amoncellent, Chen Ming, Zulma 2004.
- La fête de la déesse Matsu, Wang Wenxing, Zulma 2004.
- Explosion, Mo Yan, Caractères, 2004.
- Dossier poésie du Nouveau Recueil, septembre 2004.
- Nouvelle de Li Ang : Une salle funéraire déserte, Le Nouveau Recueil, décembre 2001- février 2002, n°61.
- « Terre Eternelle » de Chen Yingzhen, Missives 2002,
- Un été maussade, de Qi Dengsheng, et poèmes de Xia Yu revue de la M.E.ET, 2003-2004.
- Poèmes, in Anthologie de poésie chinoise contemporaine, Circé 2004.
- Wang Wenxing, Processus Familial, Actes Sud, 1999.

Bandes dessinées
Chihoi, A l'horizon, Atrabile 2008 ; Chihoi et Hung Hung, Le train, Atrabile 2010, Chihoi et Kongkee, Détournements, Atrabile, 2012

Extraits

Les noms de lieux font rêver¬

Si l’on était descendu
en traversant les déserts de neige, de cailloux
pour suivre cet homme allant tout droit vers nulle part
que serait-il arrivé ?
Dans la couverture de survie dorée
une sorte de déité
qu’on ne peut acheter
un lièvre bondit, une maison uniforme
avec quoi autour
où doit vivre un couple
les ciels gris, le froid
on se demande où s’accroche un peu d’espoir
on sait qu’il n’y a pas grand chose à attendre
mais seulement après avoir goûté
le rien qu’est l’existence
je pourrais dire, j’y vivrai.

(Enclose, 2011, p. 49)

Lieu de vie

Île-de-France, 75 - Paris

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers d'écriture en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Rencontres en milieu scolaire