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Les écrivains / adhérents

Claudine Galea

Roman / Jeunesse / Théâtre
photo Claudine Galea

Genre
Je n’écris pas des romans ou des pièces de théâtre, je n'écris pas pour les enfants ou pour les adultes, j’écris des livres. Écrire est un même geste qui s'engage et m'engage dans des espaces et des mises en forme multiples. Les espaces de narration obéissent à des forces, des lois physiques différentes. Le travail d’écrire consiste à trouver l’équilibre des forces, leur organisation, les rapports entre elles. La question du genre littéraire en recouvre une autre bien plus intéressante : y a-t-il un genre, qu'en faisons-nous ?

Lecture
J’aime l'endroit de la lecture, qu’elle soit minimale (un texte, un micro, une chaise et une table) ou qu’elle dessine dans l’espace les lignes de la composition, de l’architecture de l’écriture. J’aime faire des lectures, seule ou avec d’autres personnes.
La matérialité de la lecture publique dit du texte ce qu’aucune interprétation, que ce soit celle du lecteur, seul avec le livre, ou celle de l’acteur, ne permettra d’appréhender.
Elle permet de retrouver cette force en action, cette loi physique qui a donné naissance à l’écriture et qui n’a cessé d’irriguer le travail, de le soutenir. La basse continue du texte. Sous le raffinement du style et de la composition, elle restitue la part sauvage, impure, non policée, non rationnelle, une forme de souffle, et ici le mot inspiration, complètement galvaudé, pourrait reprendre sens, son sens sportif. La lecture restitue le lien physique, jamais démenti, de l’écrivain au livre. Dans la lecture, l’écrivain est le corps de son livre.
Il y a, dans le temps de lire en public, la même présence au livre que quand on l’écrit. Un caractère absolu et en même temps complètement relatif.

Photographie : Hermance Triay

Bibliographie

Livres pour adolescents enfants et adultes
– Sans toi, album. Illustrations de Goele Dewanckel. Le Rouergue, 2005
– MêmePasPeur, album. Illustrations de Marjorie Pourchet. Le Rouergue, 2005
– Entre les vagues, Editions du Rouergue, collection DoAdo, avril 2006
– Rouge Métro, Le Rouergue, DoAdo noir, mars 2007
– A mes AmourEs, avec des illustrations de Thisou, Le Rouergue, collection Zigzag, printemps 2007
– Au pays de Titus, l'enfant qui se tait, album. Illustrations de Goele Dewanckel. Le Rouergue, Novembre 2008
– Un amour prodigue, collection PhotoRoman, éd. Thierry Magnier, 2009
– Le corps plein d'un rêve, au Rouergue / La Brune, 2011

Pour adultes
– L'amour d'une femme, Récit. Éditions du Seuil, février 2007
– L'invitée, Dessins de Thémis S. Atelier des Grames, coll. L'à cordée, Janvier 2008
– Morphoses, Roman graphique. Avec des images de Goele Dewanckel. Editions du Rouergue, Juin 2006
– Le bel échange, Roman. Editions du Rouergue, collection La Brune, septembre 2005
– Jusqu'aux os, Roman. Editions du Rouergue , collection La Brune, septembre 2003
– La règle du changement, Récit. Editions de l'Amourier, mars 2007
– Désirée in Neuf leçons de littérature, Avec Michel Butor, Chloé Delaume, Pierrette Fleutiaux, Heddi Kaddour, Richard Millet, Olivier Rohe, Antoine Volodine et Cécile Wajsbrot. Editions Thierry Magnier, mars 2007
– Chronique d’une navigation, avec des images de N+N Corsino. Images en Manoeuvre éditions, 1996.

Théâtre
– La Nuit MêmePasPeur & Petite Poucet, 2010
– L'heure blanche & Toutes leurs robes noires, 2009. Espaces 34 , collection théâtre Jeunesse, 2010
– Au bord, Espaces 34, théâtre, 2010
– Les Chants du silence rouge, Théâtre. Editions Espaces 34, janvier 2007
– Je reviens de loin, Théâtre. Editions Espaces 34, novembre 2003
– Les Idiots, Théâtre. Editions Espaces 34, mai 2004
– Anthologie Scene, Verlag der Autoren, Berlin. Traduction allemande d'Ina Schott. Juillet 2000
– Le monde est mon potager in "Fantaisies microcosmiques"
L'Avant-Scène Théâtre juin 2004.

Radio
– Lauréate du Prix Radio de la SACD, 2009
– Le corps plein d'un rêve (sept vies de Patti Smith), une commande de France-Culture. Perspectives Contemporaines, réalisation Marguerite Gateau, 2008.
– Cicatrices, Nuit noire, une émission de Patrick Liégibel, France-Inter, Réalisation Marguerite Gateau, 2007.
– Rouge Cerise, Perspectives Contemporaines (Autour de l'adolescence), une commande de France-Culture, Réalisation Myron Meerson, 2007
– Un beau dimanche, Nuit noire, une émission de Patrick Liégibel, France-Inter, Réalisation Marguerite Gateau, 2006.
– Projet Pauline, réalisation Marguerite Gateau. Atelier de création radiophonique, une Commande de France-Culture, 2005.
– Les Merveilles et Outre, réalisation Marguerite Gateau. Perspectives contemporaines, France-Culture, 2003
– Forty-One, réalisation Marguerite Gateau. France-Culture 2001
Maltaises, réalisation Marguerite Gateau. Nouveau répertoire Dramatique, Lucien Attoun, France-Culture 1993

Autres
– Itinéraire d’auteur, Grand Entretien avec Philippe Dorin, Centre national des écritures du spectacle, La Chartreuse, mars 2006.
– Itinéraire d’auteur, Grand Entretien avec Jean Cagnard, Centre national des écritures du spectacle, La Chartreuse, 2007.
– Grand entretien avec Joël Pommerat pour les revues Ubu et Théâtre Public, repris dans un livre publié chez Actes Sud en 2007.

Extraits

– Extrait de Au bord
à propos d'une image de la prison d'Abu Ghraib.
Texte inédit (publié dans la revue Frictions et sur le site de Remue.net)

J’ai dépunaisé l’image mais l’image est à l’intérieur de moi, gravée.
L’image enfante d’autres images.

La femme nue déshabillée mignonne dont je lèche le sexe.
Enfile son tee-shirt et son pantalon kaki et ses bottes.
Dans la prison de papa la laisse l’attend.

Elle est cette laisse en vérité.

Ma laisse m’attend dans la prison de maman.
Dans mes rêves dans ce que j’écris.
Je fais mes images avec ma laisse.
Je tire mes images de ma laisse.
Je laisse mes images me tirer.

Je laisse la fille me tirer.

Une fille qu’on aura décrite en train de balader un prisonnier mâle arabe de le tirer au bout d’une laisse après une séance de torture et avant la prochaine une fille qu’on aura immédiatement haïe condamnée rejetée il suffit de la regarder et de découvrir ses traits fins son visage rond sa nuque fragile il suffit de la regarder le regard s’accommode le regard voit ce qu’il y a à voir une fille jeune svelte une fille-garçon rien d’une caricature rien d’une laideur rien d’une exécutrice et la laisse au bout de sa main n’y change rien et l’homme est bien plus repoussant qu’elle lourd et massif elle on dirait une enfant le corps de la fille-enfant émeut cette zone en moi cette zone fragile sensible à la beauté des filles à leurs lignes.
Je tire mes lignes des filles.

Je tire mon plaisir au bout des lignes de ma laisse.

Je voulais parler de la vérité des images. De leur relativité. De leur obscénité. De l’image comme une flaque. Les coups ne suffisent pas. La jouissance est trop brève il faut faire durer la jouissance par l’image. La destruction. Faire durer. L’image est une illusion. D’autres photographient le corps de l’aimée. Couchent leur corps sur des photographies. Infinie jouissance de l’œil.

– Extrait de Rouge Métro
Éditions du Rouergue, collection DoAdo Noir (2007)

Ne parle pas, a dit ma mère quand on est rentrées à la maison après les deux jours que j'avais passés à l'hôpital, ne parle pas ça fait trop mal. Qu'est-ce qu'elle en sait, elle, du mal que ça fait ? Et ce qui fait mal ? On aurait dit qu'elle craignait que je parle. C'était bien la première fois qu'on me disait de ne pas parler ! Ça me fait sourire. Il y a beaucoup de trucs maintenant qui me font sourire. Depuis ce jour-là, il y a beaucoup de trucs auxquels je ne crois plus. Et puis il y en a encore davantage que je ne supporte plus. Je comprends, dit maman. Non, justement. Tu ne comprends pas. Et papa non plus. Et même Clara ne comprend pas. Vous ne pouvez pas comprendre. Mais ce n'est pas important. Je n'ai pas besoin que vous compreniez. Mais NE FAITES PAS SEMBLANT de comprendre. Ça, je ne supporte plus, c'est exactement le genre de trucs sur lesquels je ne passerai plus. Et NE FAITES PAS SEMBLANT non plus de m'écouter. Vous ne m'écoutez pas, vous n'avez pas envie de voir ni d'entendre. OK. Vous faites comme vous sentez. Moi je ne peux pas garder ça dans ma tête, ça pourrit. Ça s'enkyste. Ça se mélange et ça me donne des cauchemars. Ça ne se soigne pas avec des médicaments, avec les vitamines que maman s'obstine à me faire prendre. Si je ne mets pas tout noir sur blanc, ça fait des nœuds, des paquets, et la boule durcit. J'ai décidé de me souvenir de TOUT. DANS LES DETAILS. Dans le moindre détail.

Lundi. Lundi dix-neuf.
Il faisait 35° centigrades à Paris. Quand je me suis engouffrée dans le métro à République, la chaleur m'a prise à la gorge.
C'était le lundi où je prenais le métro à République. Je faisais Répu-Mairie de Montreuil.
J'allais au collège à Montreuil. C'était ma dernière année. L'an prochain, j'irais au lycée. Avec ma mère j'habitais Montreuil, avec mon père à côté de la place de la République. Une semaine sur deux.
Ça faisait quatre ans que ça durait. Depuis l'entrée en Sixième. Mon père voulait que j'aille au collège à Paris, moi je voulais rester avec Clara. J'avais gagné. Avec le divorce, mes parents ne pouvaient rien me refuser. Ma mère flippait que je prenne le métro toute seule à onze ans. Moi non. Enfin, c'était ce que je disais. En réalité je crevais de peur. Peur de me tromper. Peur de la foule aux heures de pointe. J'avais la trouille de disparaître. Je me sentais atrocement petite. Alors je choisissais quelqu'un et je ne le quittais pas des yeux. Si la personne descendait avant moi, j'en choisissais une autre aussitôt. C'est comme ça que ça a commencé. J'ai écouté ce que les gens disaient. Je n'étais pas toute seule dans le métro, j'étais toujours avec quelqu'un qui me parlait.
C'est un jeu que j'ai adoré. Les semaines où j'étais à Montreuil, le métro me manquait. C'est comme ça que j'ai commencé à rater les stations. À descendre trop tôt ou trop tard. J'étais tellement concentrée sur ce que racontaient les gens assis à côté de moi que je suivais tous leurs mouvements. Parfois je me retrouvais dans la rue avant d'avoir compris ce qui se passait ! Je redégringolais à toute vitesse les escaliers et je m'amusais bien.
Le soir, mon père rentrait plus tard que moi, j'en profitais. A Répu, plusieurs lignes se croisent, comme destination j'avais le choix entre Place d'Italie, Bobigny, Mairie des Lilas, Châtelet, Pont de Sèvres, Montreuil, Pont de Levallois, Galliéni, Créteil, Balard.
Mais je n'aimais pas décider, c'était toujours mieux quand le hasard me guidait. Quand j'avais l'impression d'avoir été choisie.
Ce jour-là, lundi, lundi dix-neuf juin, j'ai été choisie ?

Messieurs-dames, c'est le début de la semaine, le lundi matin personne n'a envie de recommencer à travailler, moi je n'ai pas besoin de me poser la question, du travail j'en ai pas, ça fait deux ans que j'en ai pas, semaine ou week-end pour moi c'est pareil, j'ai les mêmes problèmes tous les jours, me nourrir me laver trouver un coin où dormir ne pas me faire piquer les affaires qui me restent, mon duvet pour l'hiver, ma paire de chaussures et la carte téléphonique qu'une dame, une dame comme vous dans le métro, m'a donné la semaine dernière, avec la carte je peux appeler ma mère, ma mère se fait du souci pour moi, elle est handicapée et elle est dans une maison ma mère, je ne vais pas la visiter parce que je ne veux pas qu'elle me voie dans l'état où je suis, parce que l'été c'est bien messieurs-dames pour dormir dehors mais avec la chaleur on sent plus vite mauvais et les douches publiques ça coûte de l'argent, et les foyers ils vous acceptent une fois sur deux parce qu'il y a trop de demandes, on choisit pas de puer messieurs-dames, on choisit pas de mendier, ça fait deux ans presque jour pour jour que je me suis retrouvé dans la rue, quand ma mère est partie à l'établissement de santé, j'avais pas de quoi payer le loyer, j'étais au chômage longue durée messieurs-dames, maintenant je ne suis plus nulle part, je ne suis plus rien du tout, pour le RMI il faut une adresse et j'en ai pas, l'été c'est trompeur messieurs-dames, l'été vous croyez toujours que ça va s'arranger, que tout va aller mieux et puis ça vous tombe dessus, les piqûres de bestioles qui s'infectent, la rage de dents, la fièvre qui augmente à cause de la chaleur, le vin qui tourne dans le plastique, la bouffe avariée piquée dans les poubelles des restos, l'été ça pardonne pas, messieurs dames, la chaleur met tout le monde à cran, vous aussi elle vous met à cran, je le vois bien, c'est le premier jour de la semaine et vous êtes déjà à cran, vous n'avez qu'une envie c'est être déjà arrivés au bureau où y a la clim, mais dans la rue c'est autre chose messieurs-dames, y a jamais la clim dans la rue, l'été la rue c'est l'enfer messieurs-dames.

Lieu de vie

Ile-de-France, 75 - Paris

Types d'interventions
  • Ateliers en milieu scolaire
  • Rencontres publiques
  • Ateliers en milieu universitaire
  • Débat/dialogue en milieu universitaire
  • Ateliers autres publics
  • Résidences
  • Débat/dialogue en milieu scolaire