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Pour Martine Segonds-Bauer Deguy

Dans la grande Salle de La Coupole du cimetière du Père Lachaise, Martine Segonds-Bauer Deguy réunit encore proches et amis, rencontrés, vraiment, aimés, sûrement.
Les mots, ici, vont faire place à la musique, ils vont céder, réservant tout l’espace aux seules notes, peut-être parce que les mots dont elle a si bien fait usage dans sa « carrière », notamment de diplomatie culturelle (à Naples, Rome ou Madrid) n’ont plus lieu d’être présentement. Mais peut-être aussi en ce qu’ils sont affaire de langue en littérature - elle les a retournés en traduisant, leur faisant rendre âme pour leur redonner corps à sa façon et en grand souci de fidélité rigoureuse (ainsi de Walter Siti). Mots qu’elle a écoutés, chéris sans doute, dits par Michel Deguy, pensés en profondeur et vecteurs, moteurs d’une pensée dont elle partageait l’agile ténacité (une photo noir et blanc, placée à droite du cercueil, les rassemble, complices et magnifiques).

Tristan, son fils, trouve la mesure, et donne le tempo à cet hommage rendu à une mère aussi audacieuse et sérieuse qu’extravagante, et avant tout, refusant toute définition par quelque adjectif superfétatoire, en un mot : libre. Alors, se lève la musique que Martine Segonds-Bauer offre à cette communauté qu’elle crée ce matin-là, encore. Elle le fait dans un acte qui est le parfait reflet d’une volonté folle (et tandis que la musique prend place, je pense à cette expression définitive qu’elle semble détourner : dernières volontés). Avec elle, tout se poursuit, pas de fin. Le choix des pièces musicales traduisent sa présence à jamais, l’imposant irrévocablement, dans le même temps que cet acte dit quelque chose d’une immense générosité. Elle nous donne. A entendre, à rêver, méditer aussi, la suivre, assurément, à relier les fils mystérieux ou non qui la lient à ces choix musicaux ici exposés, livrés pour nous. Martine était là, puis, délicatement, s’absentait pour reprendre sa liberté, vue imprenable sur sa vie.

Et tandis qu’une mouche vole et virevolte au-dessus de nos têtes, aux notes de Satie, Aretha Franklin, Ketih Jarrett, Bach ou Laurent Garnier, le tout « dédié », je me dis que l’hommage à rendre maintenant à son œuvre, cet opus remarquable offert au service public, officiant à cette fin de faire passer l’art, de le mettre dans le courant clair de sa nécessité pour tout un chacun, au service aussi des créateurs, je me dis donc, qu’il faut que cet œuvre se poursuive, inlassablement. Ce chemin qu’elle a tracé si vif, creusé, explosif et joyeux (on m’a dit qu’elle avait une idée toutes les dix minutes pour la Maison des écrivains qu’elle a dirigée de mains de maître de 1989 à 1995), il faut en garder trace et reprendre cette flamme endiablée et la porter toujours. Pour elle, pour la littérature, pour cette Maison qu’elle a profondément marquée.

Sylvie Gouttebaron