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Les écrivains / adhérents

Bérangère Cournut

Poésie / Roman / Contes
photo Bérangère Cournut

Bérengère Cournut est née en 1979, en banlieue parisienne. Elle vit à Paris depuis l’âge de 15 ans, mais prend volontiers le train, le bateau – l’avion si elle est pressée. Un temps secrétaire du traducteur Pierre Leyris, dont elle accompagne les œuvres posthumes chez l’éditeur José Corti (Pour mémoire, 2002 ; La Chambre du traducteur, 2007), elle publie son premier roman en 2008. L’Écorcobaliseur est un hommage à Henri Michaux aussi bien qu’une histoire d’enfants perdus/trouvés. Les livres qui suivent (plaquette de poésie, roman « traduit du portugnol », recueil de contes) sont tous des explorations langagières, où sont également tapis quelques sentiments robustes. Son nouveau terrain de jeu est le Grand Ouest américain, et plus particulièrement la civilisation des Hopis, tribu amérindienne d’Arizona.

Septembre 2017 - Juin 2018 : Résidence Île-de-France au Muséum national d’Histoire naturelle, Paris 5ème. remue.net/spip.php?rubrique1089 & www.m-e-l.fr/fiche-residence.php?id=16

Bibliographie

Romans
– L’Écorcobaliseur, Attila (Paris), 2008.
– Palabres, publié sous le pseudonyme d’Urbano Moacir Espedite, en collaboration avec Nicolas Tainturier (les auteurs apparaissent comme « traducteurs du portugnol »), Attila, 2011.

Recueil de contes
– Schasslamitt, Attila, 2012.

Poésie
– Nanoushkaïa, aux éditions L’Oie de Cravan (Montréal), 2009.

Plus quelques préfaces et présentations d’auteurs (Pierre Leyris, André Baillon, Henri-Simon Faure…), ainsi que des articles et chroniques parus en revue – principalement Le Nouvel Attila (Paris), Le Bathyscaphe (Montréal) et Indications (Bruxelles).

Extraits

Schasslamitt (conte extrait du recueil du même nom, Attila, 2012)

« Ce chat-là, ce chat-là !, répétait toujours mon oncle, ce chat-là, on n’en fera jamais rien ! » Et de caresser jalousement son chien, blotti bêtement contre ses jambes au bout de la table.
C’est vrai qu’on n’en tirait pas un profit énorme, du chat, mais que voulez-vous… Il promenait sa grosse queue sur tous les meubles, déplaçant les moutons par troupeaux, déposant à leur place de ces épis de poils plus volatils encore. Chacun de ses passages sur le vaisselier – toujours à l’heure critique des repas – était un moment de tension. Tati baissait la tête, mon oncle mastiquait nerveusement, suivant d’un œil mauvais l’évolution féline parmi les bibelots.
Ma sœur et moi, témoins incrédules du mystérieux malaise, n’osions cependant pas intervenir en sa faveur autrement que par un haussement d’épaules. C’était un chat, voilà tout. L’aurions-nous tous laissé vivre sa vie, l’atmosphère des vacances s’en serait trouvée considérablement détendue. Mais pour mon oncle il n’en était pas question. Nous lapions donc consciencieusement le fond de notre assiette, sans insister.
Dans la chambre du haut que nous occupions elle et moi, quand le chat y transportait son auguste présence, nous tâchions d’oublier tout cela, l’oncle et son chien qui puait, la tante idiote, l’ennui des repas. Une mite s’échappait du placard et nous clamions de concert : « Chasse la mite ! Chasse la mite ! » Assis sur son cul, l’animal nous regardait nous agiter, indifférent. « Y pourrait pas faire un effort, lui aussi ? » Et lassés, nous écrasions l’insecte d’un coup de savate.
Un jour que ma sœur, pour ses dix ans, s’était vu offrir une brassière – « Mais j’ai pas d’nénés ! » –, nous décidâmes d’en faire un vêtement pour le chat. C’était l’été. Le soleil entrait par la fenêtre, mordant le lit où nous étions assis. La brassière était à rayures roses et blanches, avec de petits pois verts. Ignoble. Considérant la taille du chat, on se mit d’accord pour un bonnet. Un peu arrangé, le bout de tissu semblait avoir été taillé à la mesure de sa tête, les bretelles à la bonne longueur pour le nœud.
Maîtrisé par les mains petites mais fermes de ma sœur, le chat se vit enfiler le couvre-chef. Seule une oreille sur les deux ne trouvait pas à se déplier correctement. On pratiqua un trou ; ainsi, c’était parfait.
Schasslamitt remplit très honorablement son office d’amuseur les quelques minutes que dura sa torture. Crachant et marchant à reculons une patte après l’autre derrière la tête, il se débattait drôlement, provoquant notre joie. Il finit pourtant par trouver un coin de meuble pour se délivrer.
Nous passâmes le reste de l’après-midi à regarder le bonnet gésir à terre. Le chat avait filé, la chambre était à nouveau triste.
Au dîner, nous fûmes heureux de le voir réapparaître et cela, sans doute, se vit dans nos yeux. Mon oncle, ulcéré, mit en branle avec une force décuplée son manège masticatoire et notre tante sa tête d’âne. Au regard de la quinzaine qu’on venait de s’enfiler, c’en était trop. Quoi ! Schasslamitt était bien la seule chose qui valût tripette dans cet univers de bout du monde et il fallait encore laisser bafouer sa prodigieuse survie ?
Nous n’échangeâmes qu’un regard. Ma sœur fila sous la table et saisit le toutou qui ronflait stupidement aux pieds de notre oncle. Elle le posa sur la table à côté du rôti froid-mayonnaise. Je saisis le couteau à viande de d’vant l’verre de tati et l’abattis sans ciller. Le sang coula sur la toile cirée.
L’oncle resta la bouche ouverte un long moment, avant de s’écrouler sur la table. Crise cardiaque. Ce furent les dernières vacances que nous passâmes en Dordogne.

Lieu de vie

Bourgogne-Franche-Comté, 25 - Doubs

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
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  • Ateliers d'écriture en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
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  • Rencontres en milieu scolaire