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Les écrivains / adhérents

Jacques Laurans

Poésie / Roman / Essais

C’est à travers la lecture de textes critiques littéraires, d’essais et de réflexion générale sur la littérature que s’est déclaré mon premier travail d’écriture. C’est d’ailleurs pour cette raison que je maintiens encore aujourd’hui cette identification me concernant dans ce domaine : critique et auteur de récits.
Cependant, il me faut préciser que cette approche réflexive s’est d’abord orientée autour de l’image (cinémato-graphique et picturale).
Enfin, et parallèlement à ce début, il y a eu la rencontre très heureuse d’un écrivain important – Joseph Delteil – qui m’a permis d’envisager une plus sérieuse démarche littéraire. D’où ce premier ouvrage qui lui était consa-cré : L’Habitation d’un poète.

Thèmes
L’ensemble de mon travail d’écriture se départage entre de brefs récits autobiographiques (La Beauté du geste, L’avant-dernier jour…) et ce qu’on appelle communément l’essai personnel (L’Habitation d’un poète, Proses des sables, L’Ombre pensive de Franz Kafka). Ces deux versants de mon activité littéraire alternent régulière-ment et constituent peut-être le fil continu d’un ensemble de textes qui, sans le chercher vraiment, se répondent de l’un à l’autre.

Bibliographie

Publications
– L' Image d'un autre monde, Editions Voix d'encre, 2016
– Père éternel, Ed. Hermann, coll. Vert Paradis, 2013
– Pierre Soulages, trois lumières, nouvelle édition augmentée, Verdier/poche, 2009
– Sur la route d’un roman noir, L’envol/FDL, 2004
– L’Avant-dernier jour, Farrago/Leo Sheer, 2003
– L’Ombre pensive de Franz Kafka, Théétète, 2001
– Pierre soulages, trois Lumières, Farrago, 1999
– Dans la salle obscure, Seuil, 1997
– Prose des sables, Fourbis, 1995
– L’Habitation d’un poète, lectures de Joseph Delteil, Nouvelle édition augmentée, Atelier du Gué, 1994
– Lentement de retour, Karédys, 1992
– La Beauté du geste, nouvelle édition, P.O.L, 1991
– Ballades, P.O.L, 1989
– La Bibliothécaire blonde, Le temps qu’il fait, 1987
– L’Habitation d’un poète, Terriers, 1985
– La Beauté du geste, Le Temps qu’il fait, 1984

Articles divers parus en revues
Etudes, Obliques, N.R.F, Recueil, Jazz-Magazine

Livres d’artistes
– La Statuette et la porte noire (avec Martine Lafon) Ed. Post-Rodo, 2017
– Offrande d'un regard nu (avec Hans Silvester, photographe), Editions Le Renard pâle, 2015
– Frère de ce monde (avec Martine Lafon) éd. de Rivières, 2014
– Café au grand miroir (avec Martine Lafon, éd. Post-Rodo), 2012
– Décision du marcheur (avec Martine Lafon, éd. de Rivières), 2010
– Van Gogh, visage noir (avec Claude Clarbous, éd. de Rivières), 2008
– Les Mains jointes (avec Martine Lafon, éd. de Rivières), 2008
– Noir, blanc et gris (intervention de Martine Lafon, coll.Rivières)
– Le Noir garde son secret, in « Mots de carbone, d’anthracite et de bitume » de Martine Lafon, Ed. Post-Rodo, 2004
– Rouge comme in « J’ai dit rouge » de Martine Lafon, Ed. Post-Rodo

Télévision
– Entretiens avec Philippe Jaccottet (Les Hommes-Livres, INA) 1991

sur Joseph Delteil
– préface et choix de textes pour "Joseph Delteil" album de photographies, ed. CLT, 1997
– Colloque pour le centenaire de J. Delteil, communication sur "L'animal dans le livre et l'histoire" à Cerisy-la-salle
– J. Delteil - dossiers "H", ed. L'Age d'Homme

Ouvrages collectifs
2003 Le Chien noir (avec Jean-Michel Fauquet, photographe) – Galerie Pierre Brullé
2001 L’envie des mots (Coopération des Bibliothèques en Aquitaine).
2001 L’écrivain viendra le 17 Mars (Seuil – la Maison des écrivains)
1995 Rencontres de Cerisy-la-Salle : Les Aventures du récit chez Joseph Delteil (Presses du Languedoc)
1992 Résidence d’écrivains en Margeride (organisé par la Drac et le Centre Régional des Lettres Languedoc Roussillon)
Parution de La Margeride, Impressions de Lozère (Presses du Languedoc)
1987 Wim Wenders (Minard/Lettres Modernes) Etudes cinématographiques 159-164
1988 Robert Bresson (Ramsay/Poche Cinéma) n° 68-69
1984 Cahiers Jean Paulhan n°3, Cahier du centenaire (Gallimard)

Résidence
au Printemps 2012, Bourse du CNL pour une résidence à Bouxurulles en Lorraine avec l'association "La Pensée sauvage".

Ateliers d'écriture
2014 : Collège Jules Ferry à Marseille
2013 : Collège Joseph Roumanille en Avignon
2011 Collège Alphonse Daudet de Carpentras
2010 E.S.B.A.M. – Beaux-Arts de Montpellier
2010 C.E.M.E.A. – Musée Fabre de Montpellier
2008 I.U.F.M. de Montpellier
2007 I.U.F.M. de Montpellier
2006 Bibliothèque Municipale de Villeneuve-sur-Lot
Centre de Détention d’Eysses
2005 I.U.F.M. de Montpellier
2004 I.U.F.M. de Montpellier
2003 Collège de Castillonnès (Lot et Garonne)
2001 Maison d’Arrêt et Bibliothèque Municipale d’Agen
2000 Maison d’Arrêt de Mont-de-Marsan
1999 Ecole de Condorcet – IFAD / Institut à Montpellier
1998 Collège Joffre de Montpellier
1997 Ecole Paul Bert de Biarritz
1994 Lycée Louis Feuillade à Lunel
1991 Collège de Bourg-Madame

Extraits

Extrait de Prose des sables, Fourbis, 1995

Une bibliothèque dans le désert
« Je n’ai point oublié, Ungaretti, les jours
Où vous veniez danser sur le sable d’amour
Quand le vent vous portait, que vous ne parliez pas. »
Henri Thuile

« J’ai vécu en Egypte les vingt premières années de ma vie, et elle me sont devenues plus que vingt années lointaines, une bulle de savon, un petit nuage irisé à l’intérieur duquel le charme intérieur des lieux et des êtres se condense avant de se dissoudre comme par jeu. Charité ultime de la mémoire. »
Dans son trajet intime et le défilé des souvenir, le Cahier égyptien, daté de 1931, développe en quelques pages inoubliables, cette expérience du temps et de la mémoire qui n’a cessé de hanter l’œuvre entière de Giuseppe Ungaretti :
« Les souvenirs
Précipitation vain
Du sable qui se meut
Sans peser sur le sable
Courts échos prolongés
Echos muets d’adieux
A des instants qui parurent heureux. »

Ce cahier illustre fidèlement ce phénomène du souvenir tel qu’il se déroule et s’imprime tout au long d’une vie frappée par le deuil et l’exil. Dans cette épreuve du temps, le souvenir ne survient pas dans l’aura ou l’illusion d’un temps retrouvé ; il ne se tourne pas davantage vers le présent pour s’y confondre, ou susciter quelque impression renaissante. Bien au contraire, celui-ci conserve toujours son écart lointain, son étrangeté et sa distance, comme suspendu dans le vide immobile d’une absence. Parfois, il s’efface totalement et ne subsiste alors qu’un vague froissement d’aile où ne s’inscrit aucune trace ni visage. Seul un rayon de lumière se glisse encore dans le fin sommeil du sable :
« La main a retourné le sablier dans l’ombre
Et le sable, silencieusement, le rien
Qui s’écoule, est la seule chose qu’on entende
Et, entendue qui ne sombre dans le noir. »
Nulle éloquence ou virtuosité ne s’efforce de recomposer les fragments d’une histoire défunte. Le temps n’est jamais concentré en une forme pleine et unie, sans faille ni fracture, à travers lequel les images s’animeraient d’un seul accord, mais comme une suite de moments distincts où chacun demeure unique et singulier, brillant de toute sa candeur originelle. Le plus souvent, ce souvenir naît d’une circonstance qui, déjà en elle-même, échappe à son propre temps. Objet perdu au milieu des sables, forme saillante défiant l’horizon et l’oubli, il ne simule point le présent, ses marques ou son empoignement, mais restitue les choses dans l’ouverture d’une vision, d’une réapparition.
Or, cette souvenance rompue, morcelée, se manifeste plus nettement encore dans Clair de lune, l’un des chapitres du Cahier égyptien. Le souvenir rejoint l’atmosphère lointaine d’un rêve et renaît parmi les ombres, nimbé de cette pâle lumière du détachement et de l’éloignement.
Clair de lune ouvre le cahier d’une mémoire d’enfance dans le prolongement du deuil paternel. Premiers souvenirs qui se logent au creux d’une parole féminine très enjouée, obéissant au charme du merveilleux, mais sans que celui-ci ne nuise à l’acuité du regard. Souvenir contenus dans un autre récit, à l’intérieur d’un cadre narratif qui mêle aux effets du présent un parfum de nature féérique. Ici, selon l’expression si juste de George Poulet, le temps se révèle comme « une réalité discontinue, faite de l’apparition successive d’instants isolés entre lesquels il y a du jeu et de la distance. »
Cet effet de distance est d’autant plus sensible que, dès le commencement, s’impose un personnage coloré et influent, une « vieille femme » douée d’un fort tempérament d’actrice : « Je dois à ma chère Dalmate, écrit Ungaretti, mainte vision fabuleuse. » De fait, le souvenir de cette femme est fixé dans une image et les paroles de la chère Dalmate ne se réfractent pas dans l’onde claire d’un écho, mais comme une voix planant toujours un peu au-dessus du temps, nuageuse et magique, sachant allier à l’illumination, l’éclat et l’enseignement d’une fable. Car sur cette scène d’enfance, à travers la beauté et les joies du spectacle, passaient toutes sortes d’images enchantées dont chaque détail s’ornait de dorures, de voiles et de reflets : « Notre pauvre demeure qui n’était, hors de l’enceinte, dans un quartier tumultueux, qu’une baraque avec sa cour, ses volailles, son jardins potager, et trois plants de figuiers venue de Lucques, ces histoires la peuplaient de coussins de soie, de tapis et de mystérieux rideaux. »
Chaque moment vécu est l’histoire d’une présence ; une présence heureuse et dynamique, redoublée par le jeu et certain décor. Et, de toute évidence, ce petit paragraphe témoigne d’une franche animation théâtrale, domaine où, par définition, règne le jeu et la distance.
Cependant, le souvenir de cette « vieille femme » si prodigue en gestes et en paroles, ne se reflète pas dans un miroir du passé, ou à l’échelle de sa personne exacte ; il réapparaît davantage par la grâce d’un nouvel instant consacré par la force de l’écriture.
On observe aussi que les visions successives du jeune spectateur s’équilibrent avec certaines exigences de la raison. Bien que tout enveloppé de songes et des rêveries, l’enfant conserve la pleine intelligence de son écoute : […] ; lorsque cette femme s’adressait à ma mère, précise Ungaretti, ma curiosité en éveil soupçonnait que ces merveilles n’étaient en vérité qu’une manière de me cacher autre chose. »
Bien que l’élément imaginaire domine largement ces instants, quelque chose résiste à l’aveuglement et protège des fantômes. Un signe d’extrême vigilance requiert cet enfant, capable de maintenir dans sa conscience le monde réel avec ses limites, se mesure et ses vertus. Ce scrupule ne sera pourtant jamais synonyme d’ennui ou d’incrédulité, mais au contraire, une saine disposition à recueillir l’ambivalence et le puissant mystère des choses ; ce que la vie réserve à l’œil qui ne sépare point l’étrangeté du monde tactile et vivant.

Puis, à sa façon, le paysage révèle certaines raretés que notre perception s’empresse de fixer dans le catalogue de l’incroyable. La nature est multiple, extravagante et infinie ; elle ne cesse de confondre et de mélanger les genres et les espèces, adoptant quelquefois une apparence presque humaine. A l’image de ces arbres appelés ghemmes ou figuiers du Pharaon, suffisamment larges pour y loger confortablement un homme : « Dans leur tronc creux, profond comme une grotte, raconte Ungaretti, on découvrait toujours quelqu’un courbé sur sa natte, en prière ou accroupi, jouant au tric-trac : l’échiquier était un carré de sable avec des trous faits du bout des doigts, et les pions des cailloux. »

Terre d’Egypte qui est terre du souvenir. Paysage enflammé dans lequel histoire et légendes s’échangent et mêlent leurs apparences. L’homme se tourne vers la lumière et n’en finit pas de désirer, de mesurer son rêve à l’étendue.

Giuseppe Ungaretti se souvient également de ces visites rendues à un compatriote appelé Puccetti. Cet homme, singulièrement obstiné, rêveur éveillé, avait pendant plus de quarante ans, conçu, dessiné et réalisé le plus beau jardin du monde : Antoniadis. Un pays de verdure surgi de l’effrayant désert.
L’ombre de cette végétation dut saisir l’enfant d’une vision flamboyante ; ou bien, est-ce la certitude d’un étonnant mirage qui l’empoigna d’un coup ? Comme si, extérieur à son propre paysage, la nature et son souvenir même, devaient se fondre, au même instant, en une seule et grandiose apparition ?
Mais ici, même lorsque l’homme ne conçoit aucune entreprise, la lumière agit encore sur les choses aussi volontairement qu’une main. Ainsi, existait-il d’autres jardins, plus modestes, où « la fureur du soleil » se changeait « en caresses lunaires », et « la dure morsure du sable en philtres funestes ».

Puis, un jour, le plan de la mer succéda à l’espace vierge du désert.
Le voyageur se déplace toujours lentement. Quelquefois, l’horizon est un vertige et toute possibilité de distance se perd définitivement. Alors, l’homme se fixe bientôt, élève quatre murs et un toit plat. Là, il savoure un peu d’ombre et de fraîcheur, un calme infini.

Victime des fièvres le petit Ungaretti fut conduit au bord de la mer, au Mex : « Il y avait ici quelques petites maison éparses qui n’ont pas grandi, écrit-il. Le désert forme le fond du paysage. »
Néanmoins, dans cette perspective où si peu de choses apparaissent encore, s’élève maintenant une demeure singulière. En effet, parmi ces rares habitations, il en existe une qui se détache nettement sur l’horizon ; elle appartient à deux ingénieurs et écrivains français : les frères Thuile.
J’imagine cette maison lointaine, toute blanche, posée sur quatre solides pilotis pour mieux la défendre de l’ensablement. Son volume est très simple, avec de justes proportions. Car, dans la bibliothèque emplie de livres précieux : « Les fils étaient aussi amoureux des livres que leur père dont ils avaient recueilli la bibliothèque. Ils possédaient les publications les plus remarquables et les plus rares du XIXème siècle. Les œuvres récentes reliées avec un soin quasi maniaque, étaient alignées dans une immense pièce. La découverte de cette Mecque du Livre fut pour moi une joie que seuls peuvent concevoir ceux qui, éloignés de leur centre intellectuel par les circonstances, ne voient plus en lui qu’un mirage. »
Devant l’immensité vide se dresse maintenant une bibliothèque fortifiée ; une oasis de langues et d’écriture. A l’écart du mouvement et des secousses de l’heure ; éloignée de tout centre, de toute fondation commune ; unique et insolite, elle anticipe d’une certaine manière sur la propre mémoire d’Ungaretti ; sur son destin et sa grande solitude.
Jours de lecture glissant hors du temps ; affranchis de toute durée, ils renouent avec le premier instant, ce moment originel qui, seul, connaît une franche innocence.

Fixité de la maison face au désert ; silence sans fissure, sifflant parfois d’une seule colère de sable. Cette bibliothèque excède ses limites réelles, représente davantage qu’un simple refuge pour l’esprit. En défiant l’horizon du désert, elle s’aggrave fatalement d’un réel devoir d’absolu : « Étrange demeure, se souvient Ungaretti, où l’austérité de ces Provençaux protestants était adoucie par un léger parfum d’Arabie, où l’atmosphère avait quelque chose de tragique. »

Lieu de vie

Occitanie, 34 - Hérault

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
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  • Ateliers d'écriture en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Résidences