Les écrivains / adhérents
Flore Talamon
Jeunesse
Je suis née à Paris en 1966 dans le quartier des libraires et des bouquinistes. Ce n’est pas un hasard. Un de mes aïeux a un jour ouvert une maison d’édition et le flambeau s’est passé de génération en génération. A la maison, il y avait des livres partout, sur les murs, sur les tables, sous les meubles ; on trébuchait dessus, on prenait appui sur eux, on s’en servait de pose cafés. Pour moi, le livre était autant objet de jeu que fascinant réservoir d’histoires.
Mes études, sciences politiques et MBA, m’ont entraînée loin de la littérature, vers les études de marché et le marketing. Après plusieurs années ainsi passées dans l’entreprise, la naissance de mes trois enfants a bouleversé mes priorités. C’est alors que j’ai découvert le plaisir d’écrire. Je me suis essayée à la poésie, aux nouvelles, avant de devenir scénariste de bande dessinée, pigiste pour la presse enfantine puis auteur de romans pour la jeunesse.
Mon goût personnel pour les questions sociales et historiques m’a orienté vers un public adolescent, curieux de découvrir le monde. Et pourtant, c’est dans les racines de mon enfance que je plonge pour retrouver les sensations pures et intenses qui caractérisent cet âge. Mon ambition : réussir à traduire en mots la spontanéité d’une âme d’enfant.
Soucieuse de me renouveler, j’ai récemment repris des études de lettres. Parallèlement, j’anime des ateliers d’écriture pour tenter de partager le plaisir de l’écriture, cette ivresse de démiurge que l’on ressent à façonner un monde à sa guise et à modeler les mots sans contrainte.
Thèmes
Je m’intéresse particulièrement à deux domaines
– les situations génératrices d’exclusion, comme l’émigration, la double culture, la laideur…
– L’histoire, en ce qu’elle peut nous apporter des outils de réflexion sur notre monde actuel : le siècle des Lumières, la guerre de Bosnie...
D’un optimisme assez viscéral, mes romans portent néanmoins l’empreinte des cicatrices que laisse tout parcours. Ils tentent ainsi de ne pas résoudre de manière simpliste les difficultés vécues et de témoigner, à l’inverse, du nécessaire écoulement du temps dans l’apaisement des conflits.
Bibliographie
– L’étrangère 2004 – Editions Nathan
Prix roman jeunesse Maurice 2007
– Entre deux feux 2006 – Editions Nathan
– La plume de l’ange 2009 – Editions Nathan.
Avec Laure Bazire
– Le Singe de Buffon 2005 – Editions Nathan
– Le sang d’un prince 2006 – Editions Nathan
– L’envol des corbeaux 2006 – Editions Nathan
Extraits
L’Etrangère (Editions Nathan)
« En sortant, j’ai eu l’impression de percuter un mur de chaleur, tant celle-ci était compacte. La transition avec la fraîcheur intérieure était à peine soutenable. J’ai regardé vers la vallée. De notre maison, lovée dans un coude de la route à la sortie de ville, on embrassait d’un coup d’œil l’ensemble blanc et ocre des habitations de Sagueiro, à cette heure recroquevillées sous les dards du soleil. J’ai traversé le champ de broussailles qui monte derrière la maison et atteint les oliviers. Ils marquent le seuil de la montagne, aride et rocailleuse. C’est là, sous ces arbres, que grand-père était mort. Au pied de cette serra qu’il aimait tant ! Dans mes souvenirs, il s’asseyait avec moi sur la terrasse et me désignait de sa grosse main les cimes où les loups habitaient naguère. Moi, je frissonnais, et, pendant longtemps, ces bêtes sauvages demeuraient tapies dans mon imagination, prêtes à me dévorer. Ah, si grand-père avait été encore là ! Ses histoires m’auraient transportée loin, loin de Sagueiro… »
Entre deux feux (Editions Nathan)
« En s’approchant à nouveau du check-point serbe, Grégoire eut immédiatement l’intuition que le vent avait tourné. Non seulement le soldat hirsute n’était plus seul mais la nonchalance qu’il affichait précédemment n’était plus qu’un lointain souvenir. Le convoi s’arrêta et un gradé serbe exigea, dans un anglais sommaire, de voir le contenu des camions. Chaptelat sortit, armé de son Famas, et demanda à Musson d’armer sa mitrailleuse. Bientôt, il réapparut à l’avant du convoi, visiblement en désaccord avec l’officier serbe. Des éclats de voix s’échappaient de leur discussion et le tchetnik faisait des signes négatifs de la tête et de la main. Petit à petit, le plus jeune orienta sa kalachnikov vers Grégoire.
- Qu’est-ce qu’ils mijotent, à ton avis ? interrogea Jérôme, de son poste.
- Je ne sais pas mais fais gaffe au gamin, il m’a en ligne de mire et il a peut-être ôté la sécurité de sa kalach.
Grégoire, assommé par la chaleur du soleil à son zénith et l’épaisseur de son gilet, sentit la sueur couler le long de sa colonne vertébrale. La situation était irréelle. La radio serbe jouait « Another one bites the dust » de Queen, tandis qu’un soldat menaçait de l’abattre. Un soldat qui avait son âge, qui aimait la même musique que lui, et avec lequel il aurait sans doute partagé une bière dans d’autres circonstances… Il ne pouvait détacher son regard des yeux limpides de son adversaire. Ils semblaient vides de tout sentiment. Oserait-il tirer sur un casque bleu ? Une nouvelle coulée de sueur inonda son dos. A cet instant, Chaptelat rentra dans le Vbl et dit d’un ton irrité :
- Le sous-off veut un quart de la marchandise. Il dit que c’est la part qu’il touche sur les convois entrant à Sarajevo.
- Il est cinglé ! s’exclama Grégoire.
- Je ne sais pas mais il ne nous laissera pas passer.
- On ne va pas négocier l’aide alimentaire avec des pégreleux ! ajouta Grégoire.
- Ils ne sont que deux, mon lieutenant ! renchérit Jérôme, avec ma 12.7., je peux facilement les faire détaler.
Mais le lieutenant était déjà en contact radio avec l’état-major.
- Ici, 2ème peloton, Papa Z, sur check-point n°12, mission X23. Deux soldats serbes armés de kalachnikov refusent de nous laisser passer. Ils réclament un quart du convoi. Qu’est-ce que je fais ?
- Bien reçu, répondit un officier de liaison. Votre question est transmise à l’état major.
Quelques secondes s’écoulèrent, puis la voix du capitaine Fajac se fit entendre.
- Pas question de risquer vos peaux pour quelques sacs de farine. Vous négociez pour leur en laisser le moins possible. Entendu ?
- Bien reçu. Terminé.
- Terminé. »
Lieu de vie
Ile-de-France, 78 - Yvelines
Types d'interventions
- Ateliers en milieu scolaire
- Rencontres publiques
- Débat/dialogue en milieu scolaire





