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Les écrivains / adhérents

Hubert Haddad

Poésie / Roman / Nouvelle / Essais / Théâtre / Récits
photo Hubert Haddad

Né à Tunis en 1947, Hubert Abraham Haddad a suivi l'exil de ses parents quelques années plus tard, à Belleville, Ménilmontant puis dans les banlieues populaires. Il a connu les aléas de l'immigration entre un père marchand forain et une mère d'origine algérienne qui souffrait de troubles de l'identité, enfance évoquée dans son récit le Camp du bandit mauresque (Fayard, 2005). En prise directe avec la poésie contemporaine au sortir de l'adolescence, il fonde la revue Le Point d'être dans la mouvance du surréalisme. Son premier recueil de poème le Charnier déductif paraît en 1967. A partir de Un rêve de glace (Albin Michel, 1974 ; Zulma, 2005), les romans et les recueils de nouvelles alternent sans discontinuer avec les essais sur l'art, la littérature ou la danse contemporaine, les pièces de théâtre et les recueils de poèmes. Après une exploration des domaines du fantastique sous un jour halluciné, hyperréaliste, l'auteur de Perdus dans un profond sommeil (Albin Michel, 1986) et de Mirabilia (nouvelles, Fayard 1999) investit tour à tour les territoires critiques de l'Histoire par le biais du mythe et de la légende - avec notamment Le Chevalier Alouette et La Double conversion d'al-Mostancir (tous deux publiés chez Fayard) - de la fantaisie onirique (La culture de l'hystérie n'est pas une spécialité horticole, Fayard, 2003), de l'investigation romanesque d'un mythe contemporain (La Condition magique) ou de la plus brûlante actualité (Palestine, Zulma, 2007). En 1999, paraît la première édition de L’Univers, roman dictionnaire, dont une version augmentée sortira en mars 2009. Cette recherche de nouvelles formes romanesques se poursuivra avec Géométrie d’un rêve (Zulma, septembre 2009). Par ailleurs, peintre et illustrateur, Hubert Haddad expose à Paris, Lyon, Châlons, Marrakech…
Sa pratique multiforme de l'écriture et des savoirs ajoutée à sa longue expérience des ateliers d'écriture l'ont conduit à publier Le Nouveau Magasin d'écriture (Zulma, 2006), sorte d'encyclopédie en action de la littérature et de l'art d'écrire offrant, en marge d'une réflexion sur livres et auteurs, d'innombrables jeux littéraires inédits, suivi en 2007 du Nouveau Nouveau Magasin d'écriture, ce dernier voué aux fastes de l'imaginaire à travers deux cents gravures choisies pour leur pouvoir d'évocation.

Prix Georges Bernanos 1983 pour Les Effrois
Prix Maupassant 1991 pour Le Secret de l'immortalité
Grand Prix du roman de la SGDL 1998 pour La Condition magique
Prix des cinq continents de la francophonie 2008 pour Palestine
Prix Renaudot Poche 2009 pour Palestine

Bibliographie

Romans & récits
– Premières neiges sur Pondichéry, Zulma, 2017
– Les coïncidences exagérées, Mercure de France, 2016
– Théorie de la vilaine petite fille, Zulma, 2014
– Un rêve de glace, Albin Michel, 1974 ; Zulma, 2006.
– La Cène, Albin Michel, 1975 ; Zulma, 2005.
– Les Grands Pays muets, Albin Michel, 1978.
– Armelle ou l’Éternel retour, Puyraimond, 1979 ; Le Castor Astral, 1989.
– Les Derniers Jours d’un homme heureux, Albin Michel, 1980.
– Les Effrois, Albin Michel, 1983.
– La Ville sans miroir, Albin Michel, 1984.
– Perdus dans un profond sommeil, Albin Michel, 1986.
– Le Visiteur aux gants de soie, Albin Michel, 1988.
– Oholiba des songes, La Table Ronde, 1989 ; Zulma, 2007.
– L’Âme de Buridan, Zulma, 1992 ; Mille et une nuits, 2000.
– Le Chevalier Alouette, Éditions de l’Aube, 1992 ; Fayard, 2001.
– Meurtre sur l’île des marins fidèles, Zulma, 1994.
– Le Bleu du temps, Zulma, 1995.
– La Condition magique, Zulma, 1997 (Grand Prix du roman de la SGDL)
– L’Univers, Zulma, 1999 et 2009 ; Pocket, 2003.
– La Vitesse de la lumière, Fayard, 2001.
– Le Ventriloque amoureux, Zulma, 2003.
– La Double Conversion d’Al-Mostancir, Fayard, 2003.
– La culture de l’hystérie n’est pas une spécialité horticole, Fayard, 2004.
– Le Camp du bandit mauresque, Fayard, 2005.
– Palestine, Zulma, 2007 ; Le Livre de Poche, 2009.
(Prix des cinq continents de la Francophonie 2008, Prix Renaudot poche 2009)
– Géométrie d'un rêve (Zulma, 2009 ; Le Livre de Poche, 2011)
– Opium Poppy (Zulma, 2011)

Nouvelles
– La Rose de Damoclès, Albin Michel, 1982.
– Le Secret de l’immortalité, Critérion, 1991 ; Mille et une nuits, 2003. (Prix Maupassant)
– L’Ami argentin, Dumerchez, 1994.
– La Falaise de sable, Éditions du Rocher, 1997.
– Mirabilia, Fayard, 1999. (Prix Renaissance de la nouvelle)
– Quelque part dans la voie lactée, Fayard, 2002.
– La Belle Rémoise, Dumerchez, 2001 ; Zulma, 2004.
– La Vie ordinaire d’un amateur de tombeaux, Éditions du Rocher, 2004.
– La Barricade du cygne, Cenomane, 2009
– Vent printanier (Zulma, 2010)
– Nouvelles du jour et de la nuit : le jour (Zulma, 2011)
– Nouvelles du jour et de la nuit : la nuit (Zulma, 2011)

Essais
– Michel Fardoulis-Lagrange et les évidences occultes, Présence, 1979.
– Michel Haddad, 1943/1979, Le Point d’être, 1981.
– Julien Gracq, la forme d’une vie, Le Castor Astral, 1986 ; Zulma, 2004.
– Saintes-Beuveries, José Corti, 1991.
– Gabriel García Márquez, Marval, 1993.
– Les Danses photographiées, Armand Colin, 1994.
– René Magritte, coll. Les Chefs-d’oeuvre, Hazan, 1996.
– Du visage et autres abîmes, Zulma, 1999.
– Le Jardin des peintres, Hazan, 2000.
– Les Scaphandriers de la rosée, Fayard, 2000.
– Théorie de l’espoir (à propos des ateliers d’écriture), Dumerchez, 2001.
– Le Cimetière des poètes, Éditions du Rocher, 2002.
– Le Nouveau Magasin d’écriture, Zulma, 2006.
– Le Nouveau Nouveau Magasin d’écriture, Zulma, 2007.

Théâtre
– Kronos et les marionnettes, Dumerchez, 1991.
– Tout un printemps rempli de jacinthes, Dumerchez, 1993.
– Le Rat et le Cygne, Dumerchez, 1995.
– Visite au musée du temps, Dumerchez, 1996.

Poèmes
– Le Charnier déductif, Debresse, 1968.
– Retour d’Icare ailé d’abîme, Thot, 1983.
– Clair venin du temps, Dumerchez, 1990.
– Crânes et Jardins, Dumerchez, 1994.
– Les Larmes d’Héraclite, Encrages, 1996.
– Le Testament de Narcisse, Dumerchez, 1997.
– Une rumeur d’immortalité, Dumerchez, 2000.
– Le Regard et l’Obstacle, Rencontres, 2001.
(en regard du peintre Eugène van Lamswerde)
– Petits Sortilèges des amants, Zulma, 2001.
– Ombre limite, L’Inventaire, 2001.
– Oxyde de réduction, Dumerchez, 2008.

Extraits

minuit moins quart
pour Abraham hadad

quel est ton plus beau souvenir lui demandai-je
à minuit moins quart
alors qu’elle somnolait dans sa robe sale
ses deux visages superposés selon l’hypothèse quantique
vous ne m’avez pas vue
dans l’herbe ni dans l’onde
le soleil est si bleu
que la nuit recommence
la terre entière se couvre de mille sources éclatantes
est-ce que le mot vide est vide
comme mon âme
est-ce que le mot temps me dure
si longtemps
plaine, douce plaine
sa mémoire bascule dans le garage du jardin
à minuit moins quart
femme avec laquelle j’ai vécu
forêt de nuit d’hiver
exquise périphérie
une île vivante rêvait dans l’obscurité
l’île des mots perdus
l’île qu’on lisait comme un livre
avec ses fleurs, ses perroquets
ses scaphandriers au cœur de plomb
maintenant je vais plutôt vers le centre
je broie l’ombre des amants dans un feu de fusains
peintre aveugle qui collectionne les épaves
en rêvant d’une flamme d’or
à minuit moins quart
ma mémoire est ton visage retourné
ensevelissez-moi avec mes pères dans la caverne double
les paupières sont des insectes qui se brûlent les ailes
tous les mots connus s’incurvent en vérité
dans un dialogue secret entre l’homme-loup et son ange
à minuit moins quart
poursuivie par le vent, la voyageuse
contemple son passé à travers ses phalanges
dans la piscine de cristal, elle plonge
elle a plongé
en grand secret, elle se métamorphose
il lui semble rajeunir
devenir une autre femme
des souvenirs lui viennent qu’elle n’a pas vécu
ou qu’elle a oublié
comme si une autre existence lui était donnée
comme si elle entrait dans le corps et les pensées d’une autre
plus jeune chaque nuit, plus jeune, plus libre
différente
comme si chaque nuit vraiment elle devenait une autre
de nihilo et tenebris
qui sont les assassins
ils ont fait des drapeaux avec des suaires
paix est trésor qu’on ne peut trop louer
parfois l’on voit un loup déguisé en loup
elle a voulu mourir ou plutôt s’ajourer
le cheval foudroyé des amours
passe et repasse derrière la vitre
double chant qui tue et qui sauve
quand le silex de la foudre perce l’écorce crânienne
j’écoute seulement le temps
le poème déroulé au fond d’une pensée
tout est affaire de nudité
par miracle, elle court sa chance
Il ne lui reste que le jardin et ses abeilles,
sa biographie interrompue au bord d’un miracle
son compagnon, amateur de trappes
passe sa vie à circuler dans l’invisible
brise du soir, une tête d’enfant tourne dans tous les sens
mais qu’est-ce que la vie, qu’est-elle sans toi, sans elle
il faut attendre la nuit
l’ouïe trompe la certitude
comme une femme captive de ses tatouages
elle dit par folie si j’avais une pomme je guérirais
même une pomme vomie
et ceux qui ne comprennent pas mourront
sur le chemin des douaniers
profusion du réel
incendie de l’espace et du temps
fermer les yeux pour en finir
avec le culte des morts
tendue comme l’arc d’Ulysse
la ligne d’horizon mesure son ombre
autour d’un secret très réfléchi
vagues coulisses de la réalité
tout est à l’intérieur de tout
le feu dans le feu
le moulin dans le moulin
un mort dans un mort
la maison hantée dans la petite fille qui garde tout
les manuscrits flambent
les années partent en poussière
qui viendra nous sauver
j’ai manqué de regard
je meurs d’aveuglement
sur le bord d’un tapis de Byzance
les iris tremblés de l’air n’ont plus de parfum
mes yeux se ferment sur d’autres yeux
qui roulent au fond d’un puits de lave
c’était avant que le temps s'emporte
quand la mémoire se confondait avec la lumière
et les ombres
avec ces choses arrêtées qu’on croit voir
la nuit, tes oublis, la neige sur un pont
passé le seuil de la porte
les jongleurs inventent l’univers
la tête et les os voyagent
face contre terre, vaste pays
l’instant sculpte la statue du torrent et des nuées
je vais retrouver les héritiers de ma gloire et de ma fortune
disait Katherin Mansfield à ses seins putréfiés
cavales et hippocampes m’entraînent
dans la grande forge aux métamorphoses
ces monstres sont les témoins de nos fautes les plus secrètes
l’illusion entre, à quoi sert de rêver
c’était dans une ville inconnue
des gens m’interpellaient
je ne savais pourquoi
à la fin, on me demanda de rendre un objet
quelque chose d’important
auxquels les gens de cette ville tenaient terriblement
ils se firent menaçants, un premier coup tomba
puis ce fut la ruée, secousses et percussions
vieille danse de Lynch
mais je n’avais pas l’objet
j’étais à genoux
ils continuèrent jusqu’à me vider de mes organes
une femme très belle cria ça y est, je l’ai
en brandissant une sorte de gésier de poule
gonflé de petits cailloux
elle l’ouvrit avec les dents
je sentis alors un apaisement prodigieux
la poche était vide et siffla bizarrement
quelqu’un jeta sur moi un drap noir
aveuglé je songeai qu’il était trop tard
inutile de s’expliquer davantage
puisqu’il faut que quelqu’un veille
à minuit moins quart
comédien lui dit-t-elle encore
sans comprendre qu’au fond de son néant
il brûlait ses ultimes effets de réalité
et qui donc fera l’inventaire du temps perdu
ces éternités passées au fond de l’eau
sous les horloges nourricières
un réverbère en face répand sa lumière
une hache décapite les heures par léger anachronisme
couleur, violence de la vérité
la lumière est la cambrure d’un dieu
c’était un homme très grand et sombre
on ne voyait jamais ses yeux
il portait toujours un même masque d'abîme
on l’appelait le dispensateur de figures
pourtant, il avait les mains vides
on n’entendait jamais sa voix
mais quand on l’avait vu une fois
on le cherchait partout des yeux
on se tournait à tout moment
on courait même après son ombre
l'inconnu ne se montrait jamais deux fois
un jour forcément l'œil se glaçait dans un miroir
c’était lui c’était personne
dans un rêve il reviendrait
pour nous arracher le masque
vendez-le moi même au prix de la chair
je ne voudrais pas être une ombre
c’est ainsi qu’une fois dans la vie
j’aurais acheté ma propre face à un escamoteur muet
dont on ne voyait jamais les yeux
pour qu'elle ne puisse m'oublier
elle et ses deux visages
elle et ses quatre yeux
nous ne nous sommes jamais revus
regardez-moi yeux nuit tranchée
la demoiselle louche portait un bandeau noir
son âme visait en moi la nuit farouche
j'ai découvert sa porte un soir
à minuit moins quart
la vérité engrange le sable des statues
dans ses coffres de sel
vent de l'instant est-ce la mort
j'irai dans la lumière aiguë
c'était une jeune fille comme une autre
elle m'a laissé je l'ai quittée
jamais l’ai-je regardée si bien en face
ange écorché beau souvenir

Lieu de vie

Île-de-France, 75 - Paris

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers d'écriture en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu scolaire