Les écrivains / adhérents
Jean-Durosier Desrivières
Poésie / Essais / Théâtre
Né à Port-au-Prince, Haïti, Jean-Durosier Desrivières est un artiste aux « pieds poudrés » qui a vécu dix ans ailleurs, avant de rater son retour au pays natal, à cause du séisme du 12 janvier 2010. On le retrouve depuis, de lieu en lieu, talonnant les mots : invité en Tchéquie comme poète-dramaturge, résident à La Maison des auteurs à Limoges, puis à la Maison de la Poésie Rhône-Alpes. Il réside à Paris, se traîne entre l’Europe, les Etats-Unis et la Caraïbe… Auteur d’articles et critiques littéraires publiés sur le web et dans divers journaux, revues, magazines haïtiens et étrangers, notamment Conjonction, Bacchanales et Riveneuve Continents, il a aussi enseigné les lettres pendant onze ans et s’est intéressé à la scène. Sa pièce, Paroles en crue, nominée au 4ème concours d’Etc_Caraïbe / Beaumarchais (2009), a été lue, entre autres, au théâtre du Rond-Point à Paris, par François Marthouret et Jacques Martial (2010). Diplômé ès lettres classiques et modernes de l’ENS d’Haïti, en littérature francophone, générale et comparée de l’Université des Antilles et de la Guyane, en études théâtrales de l’université Lumière – Lyon 2, il a animé des ateliers de théâtre éducatif et d’écriture, des émissions de poésie, de musique et de littérature à la radio et à la télévision, tant en Haïti qu’en France. Co-auteur du Dictionnaire des écrivains francophones classiques (Champion 2010), ce passeur de poésie, sous toutes les formes possibles, écrit et publie en français et en créole. Bouts de ville à vendre, poésie d’urgence (Caractères 2010), avec des linotypes de Gerald Bloncourt, et Lang nou souse nan sous – Notre langue se ressource aux sources (créole-français), composition illustrée par Valérie John, à paraître chez Caractères en novembre 2011, confirment la relative filiation de sa poésie avec le Surréalisme tel qu’il a traversé le paysage culturel haïtien de 1940 à nos jours.
Thèmes
Derrière le vers : visages à la criée, pubis des êtres humains ; géographe des trottoirs, Desrivières montre un chemin, le long des caniveaux. Son quatrain, solitude effrayante, irrémédiablement seul, atomisé, le regard qui sépare le poète et l’exile. Comme les atomes crochus d’Épicure se rassemblent, pour unifier l’univers, le chant de Desrivières rassemble dans le rythme les figures de la misère pour faire apparaître une vie. Réunification qui finirait par faire sens, mais qui finalement ne le fait pas. Le « dieu misère » règne toujours, « Aux pieds des héros / surabondent vagabonds et larrons ». (Mehdi Etienne Chalmers, Lettre de Caractères)
Le corps-écrivant bilingue s’adosse ainsi aux langues qui l’habitent pour véritablement travailler la fiction de la langue qu’il réinvente, à sa manière et à contre-courant d’une certaine poésie produite ces trente dernières années par plusieurs créolistes qui, paraphrasant proverbes et comptines, folklorisent et la langue créole et la fiction en langue créole. Car Jean Durosier Desrivières réinvente ses langues dans un corps-à-corps laborieux et ludique avec le créole et le français : il œuvre et fait œuvre d’art, pour mieux habiter la vie. (Robert Berrouët-Oriol, « Le goût mutant de la langue »)
Son écriture théâtrale est marquée par la relation avec la vie, la mort et l’autre ; la volonté de vivre et les solidarités citoyennes possibles traversent ses deux pièces de théâtre.
Bibliographie
Poésie
– Lang nou souse nan sous – Notre langue se ressource aux sources. Illustrations de Valérie John. Edition bilingue, Paris, Caractères, novembre 2011
– Bouts de ville à vendre, Poésie d’urgence. Linotypes de Gerald Bloncourt. Editions Caractères, Paris, 2010
– « D’après ce qu’île dit », in Bacchanales : « Ce qu’île dit », revue de création de la Maison de la poésie Rhône-Alpes, N° 46 – octobre 2010.
– « Aimé Césaire, papa ! » in Bacchanales – « Enfansillage », N° 44 – octobre 2009.
– « Tragiques » (suite de poèmes extraits de Scriptease, composition inédite) in Alizés, Revue antillaise et guyanaise, juillet-août-sept. 2008.
– « Dissertation », in Orphéus, Numéro 3, Revue internationale de poésie, Editions La TILV, France, 2001.
Théâtre
– Paroles en crue, nominé au 4ème Concours d’Etc_Caraïbe / Beaumarchais (2009), lu au Théâtre du Rond-Point à Paris, par François Marthouret et Jacques Martial.
Articles et préface
– « Mot-dit, Haïti : une piste des failles », in Riveneuve Continents : « Haïti, le désastre et les rêves » (Revue des littératures de langue française), Paris, Riveneuve éditions, Numéro 13. Printemps 2011.
– « Un langage à double canon pour une traversée à fleur de sens et de sang ou le cas Castera », in Ecrits d’Haïti, Perspectives sur la littérature haïtienne contemporaine (1986-2006) de Nadève Ménard, éditions Karthala, 2011.
– Dictionnaire des écrivains francophones classiques (co-auteur), éditions Honoré Champion, Paris, 2010.
– « Îles : mots à épeler, morts à appeler… » (préface), in Bacchanales : « Ce qu’île dit », revue de création de la Maison de la poésie Rhône-Alpes, N° 46 – octobre 2010.
– « Sens de cette scène, obscène et bienheureuse » (préface), in Le trou du souffleur de Georges Castera, éditions Caractères, Paris, 2006. Prix Carbet 2006.
– « Soulever le voile du silence », une lecture de Rosalie l’infâme d’Evelyne Trouillot, in Conjonction (revue franco-haïtienne), Port-au-Prince, 2005, N°211.
– « Critiquer et dépasser l'histoire de la littérature haïtienne de R. Berrou et de P. Pompilus », note de lecture, in Conjonction (revue franco-haïtienne), Port-au-Prince, 2003, N° 209.
Extraits
De l’huile sur le feu ! Je grille des bouts de moi-même, de mes sens, au détour d’une ville – aux enchères, pour renaître de ma paralysie et de ma futilité liminaire, forçant l’accès au réel et à la réalité.
Notre vie notée
entre indices des bourses
et reflux d’immondices
chétive
Vie de vacarme
vilains au ventre vide
bouffons bouffant et fumant
légendes et poussières
Extrait de Bouts de ville à vendre, poésie, Caractères, 2010
Maton. Je ne me moque pas, cher ami. Au contraire, on vit avec les morts, ici, je te dis. Il faut vivre avec ses morts, cher ami. Il faut les aimer, les admirer, les accompagner. Observer un corps qui s’en va au gré des flots, le contempler telle une fleur en fête, c’est aussi un art de vivre comme un autre, cher ami. Regarde-moi ce joli corps qui, à prendre l’eau, s’épanouit tout en rondeur. Faisons la traversée des yeux, avec ce ventre bien rond qui se gonfle et qui flotte, tout content d’être si léger sur cet océan improvisé, ce ventre heureux et libéré de toute misère. Suivons-le des yeux tout au fil du courant, ce ventre, jusqu’à ce qu’il s’ouvre d’un grand et merveilleux jaillissement, un beau geyser ! Imagine et vois, cher ami, retomber ces petits morceaux de chair morte dans l’eau, tels des mots joyeux et graves, des mots silencieux qui viennent composer le poème des corps décomposés dans l’eau. Contemple ça, ami : le poème vivant de la mort. Ah ! Joli poème de la mort ! Joli poème de la mort…
Extrait de Paroles en crue, théâtre, lu au Théâtre du Rond-Point en septembre 2010.
Lieu de vie
Ile-de-France, 92 - Hauts-de-Seine
Types d'interventions
- Rencontres publiques
- Débat/dialogue en milieu universitaire
- Ateliers autres publics
- Résidences
- Débat/dialogue en milieu scolaire





