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Les écrivains / adhérents

Jean-Luc Bayard

Poésie / Essais
photo Jean-Luc Bayard

Jean-Luc Bayard est né à La Chaise-Dieu en 1959. Il vit à Saint-Etienne et travaille à Lyon (ou bien c'est l'inverse).
Il utilise la fiction ou la poésie en manière d'essai, pour transformer la lecture en écriture.

Bibliographie

– P.O.L nid d'espions, POL éditeur, 2015
– Les Roues carrées, Ypsilon éditeur, Paris, 2010

Deux livres d'entretiens :
– Foule ouverte asphalte, entretien avec Dominique Grandmont, La Passe du vent, 2012
– En Présence, entretien avec Bernard Noël, L'Amourier éditions, 2008

Extraits

Je pensais au début de Cuisine de Pays, et aux trois portes qui définissent l'espace : une porte vitrée, ouverte sur le jardin; une porte fermée à côté de la bibliothèque ; la troisième conduit à une table d'architecte. (Vingt lignes par jour restitue l'escapade à Grenoble (le 14 mars), pour commander la table d'architecte. Il la reçoit le 9 avril, la table reçoit les premiers mots : « Ce sont les premiers mots ».) Je pensais : le jardin, la bibliothèque, l'architecture ; j'accolais les mots pour articuler les espaces, me disant que c'était cela, sans doute, que reflétait l'écriture. Je tentais de saisir la vision du livre : la porte de devant donne sur un jardin, la porte arrière sur une bibliothèque, à l'intérieur, tout n'est qu'architecture. Ou bien : tant que dure la lecture vous êtes dans le jardin du livre, l'ombre d'une bibliothèque vient jouer avec les murs.

(P.O.L nid d'espions, P.O.L éditeur, 2015)
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Où est le commencement? Je vois l'enfant courir dans Le Fils en trop, mais impossible
de le rattraper : il court plus vite que moi. Je crois aussi que nous n'avons pas le même
âge. Je suis jeune dans la maison familiale, où j'ai suivi l'escalier qui monte sous le toit.
J'explore le grenier et je découvre, dans le bric-à-brac d'objets accumulés (faux, bicyclette,
livres d'école et vieux habits) une valise en bois, fermée d'un cadenas. Pourquoi ai-je
l'impression soudaine, fulgurante, de tenir un trésor? Je veux aller jusqu'au bout de la
quête, exposer la victoire le coffre ouvert. Alors je déniche un marteau, je vise les anneaux
qui piègent le cadenas, je frappe... Il y a, dedans, beaucoup de lettres, rangées. Les timbres
n'ont plus cours et se ressemblent, mais j'ai reconnu, sur les enveloppes, l'adresse de ma
mère dans l'écriture de mon père, et réciproquement, l'écriture de ma mère et l'adresse
de mon père. Le moment est insoutenable, alors je referme la boîte, la replace. A cet instant
précis je vous être loin, très loin, en un lieu inverse : dehors.
Je viens d'entrer dans l'adolescence, mais suis-je quelque part? Je ne sais, me souviens de
l'attente. Je ne saurai dire qui ou quoi : j'attends. Personne, ou tout un chacun, car l'attente
est imprécise comme un oiseau perdu. J'attends aussi le facteur, ou plutôt son passage.
J'attends des lettres, qui n'arrivent pas toujours, et même qui n'arrivent pas souvent. Mais
aucune, qui arrive, ne réussit à abolir l'attente que j'en ai, au contraire elle la relance, et de
la sorte l'amplifie. C'est que l'une sans doute, et sinon chacune, m'a apporté cette nouvelle
que rien n'arrive, sinon dans les mots. Dans, et par, et avec les mots, et qu'il n'est nul
événement, sinon de langage.

(Foule ouverte asphalte, La Passe du vent, 2012, p.7)

Lieu de vie

Auvergne-Rhône-Alpes, 42 - Loire