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Les écrivains / adhérents

Laurine Rousselet

Poésie / Récits
photo Laurine Rousselet

Laurine Rousselet naît le 31 décembre 1974 à Dreux. Après un B.T.S. Édition du Livre (1995, Paris) et quelques apparitions à l’Université de la Sorbonne nouvelle, le cycle des études officielles se clôt. En 1998, alors qu’elle travaille à la librairie des P.U.F, place de la Sorbonne, la revue Digraphe retient ses premiers poèmes dans le n°88. En 2002, Madame Arlette Albert-Birot (1930-2010), alors présidente du Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice, Paris, lui offre sa première lecture publique sur le Podium autour du thème « Rives et Dérives de la Méditerranée ». Laurine Rousselet est accompagnée à l’oud par le musicien Abdelhadi El Rharbi qui restera un fidèle compagnon. S’ensuivent les premières parutions L’Ange Défunt, Tambour, Mémoire de sel et Séquelles. Les rencontres avec Hubert Haddad, Marcel Moreau et Bernard Noël l’encouragent à poursuivre sa recherche et à s’avancer dans la prose. Elle écrit ses premiers articles (Le marché des Lettres, Livre/échange) et un récit sous forme de journal qui paraît en 2007, L’été de la trente et unième. À partir de 2007, des articles littéraires en espagnol (« Max Aub : Tras los destierros », « Antonin Artaud/María Izquierdo: en torno al pensamiento primitivo », « Bernard Noël : seis poemas para un sol múltiple » etc.) paraissent régulièrement dans la revue Archipiélago (UNAM-UNESCO, México). Sa fille Amalia naît en 2008. Un long poème Amaliamour lui est consacré (éd. de l’Eau, Reynès, 2010).
Lauréate des Missions Stendhal en 2009, elle part à Cuba et rédige De l’or havanais (éd. Apogée, 2010). Son intérêt pour la philosophie nourrit l’écriture de Hasardismes, un recueil d’aphorismes, qui paraît en 2011 aux éditions L’Inventaire. Résidente en mai-juin 2011 à la Maison de la Poésie de Rennes, elle y compose le recueil Crisálida (éd. L’Inventaire, 2013). Elle dirige en collaboration avec Erwann Rougé depuis l’hiver 2011 Les Cahiers de l’Approche, plaquette en bilingue de poésie. Un récit, La mise en jeu, paraît aux éditions Apogée en 2012. Les éditions Isabelle Sauvage publient Journal de l’attente en 2013. Son fils Elias naît la même année. Paraît en 2015 Syrie, ce proche ailleurs, collection Créations au féminin, L’Harmattan. Elle vit aujourd’hui à Angoulême. Elle chronique pour les revues ARMEN, ARCADES, ACTUALITE POITOU-CHARENTES. Elle réalise l’émission radiophonique Marcel Moreau, un possédé des mots pour Sur Les Docks, France Culture, diffusion le 4 janvier 2016.
www.franceculture.fr/emissions/sur-les-docks/marcel-moreau

A écouter sur France Culture :
www.franceculture.fr/emission-l-atelier-de-la-creation-laurine-rousselet-l-effractionnaire-2013-06-18
www.franceculture.fr/emission-ca-rime-a-quoi-laurine-rousselet-pour-«-journal-de-l’attente-2013-11-17

Photo copyright Pierre Souchard

Bibliographie

Poésie
– Tambour, Dumerchez, Paris, 2003
– Mémoire de sel (en bilingue français/arabe), L’Inventaire, Paris, 2004
– Séquelles, Dumerchez, Paris, 2005
– Journal de l’attente, Isabelle Sauvage, Plounéour-Ménez, 2013
– Crisálida, L’Inventaire, Paris, 2013
– Nuit témoin, Isabelle Sauvage, Plounéour-Ménez, à paraître 2016

Editions à tirage limité
– L’Ange Défunt, illustrations d’Hubert Haddad, Alain Lucien Benoît, Rochefort‑du‑Gard, 2003
– Au jardin de la chair cernée, dessins de Thierry le Saëc, La Canopée, Languidic, 2008
– Amaliamour, dessins d’Albert Woda, de l’Eau, Reynès, 2010
– Faim et Faim, peintures de Guillaume Guintrand, Approches, Rennes, 2010
– Vacarmes, photographies et collages d’Yves Piquet, Double Cloche, Landerneau, 2012
– Ce matin six heures, gravures sur bois de Jacky Essirard, l’Atelier de Villemorge, Angers, 2013
– Little big book Artist, Le monde d’Éros, peintures d’André Jolivet, Voltije Éditions Ltd, 2014

Récit
– L’été de la trente et unième, L’Atelier des Brisants, Mont‑de‑Marsan, 2007
– De l’or havanais, Apogée, Rennes, 2010
– La Mise en jeu, Apogée, Rennes, 2012

Autre
– Hasardismes, aphorismes, L’Inventaire, Paris, 2011
– Syrie, ce proche ailleurs, L’Harmattan, Paris, 2015

Extraits

L’été de la trente et unième, récit,
éditions L'Atelier des Brisants, Mont de Marsan, 2007

Dimanche matin. Une femme travestie en homme joue, seule, à se donner la parole. Elle fait l’aumône entre deux attentes à la sortie de l’église. Installée à mon bureau ("travail de ville" oblige) sur l’Ile Saint-louis, je la vois donc choisir ses mots, elliptiques, les accompagnant de gestes fous au regard du tableau de la censure… Elle parle à ses fantômes, tape du pied contre les marches en pierre. Ses désirs s'interprètent mal. Elle est l’enfant difficile en quête d’indices tant sa solitude errante la conduit à l’enfermement… Elle se défend. Je la vois battre de l’air, envahie par son asile… Elle communie avec la déchirure de la mort sans spectaculaire et sa matière mentale compose à l’état brut. Les mains dans les poches, elle improvise un état de rêve à chaque instant et se met à l’écart… Aussi son rêve est-il une voix-off qui se remémore, un outil, sa tentation par défi de ne plus rien distinguer. C’est que le réel s’est abattu sur elle depuis longtemps, lui donnant grâce de ne plus faire face à son rideau de pluie, opaque… Ses vêtements d’homme rendent compte du dérapage de la lancinante hallucination d’être au monde, l’épreuve éclairée de sa nouvelle naissance. Et son regard est l’achèvement de notre fatigue à tous, arpentant, par survie, la "pleine page" (de la vie) et au pas lourd… Ce qui est sûr, c’est que la narration ne l’ennuie plus, elle ! L’éveil a perdu son sens, l’image son sang… Son rythme, celui d’un espace sous-tendu par une mémoire qui n’offre plus que de vagues soubresauts. Ses souvenirs agonisent dans le miroir de son attente à délirer, et sont morts étouffés par la main en alerte de la nostalgie qui a percuté sa nudité… Notre persona dénonce la sécheresse du temps aux "croyants" sous la figure de leurs refus obscurs… Et l’orgue qui s’en mêle maintenant ! L’état de création en son apocalypse tout entier qui porte haut l’espoir en souffle court "pour les siècles des siècles. Amen." ! Méchant théâtre que ce qui suit… Les "fidèles" sortent sans même saluer notre héroïne ! Elle leur sourit et sitôt le dos tourné, fait des grimaces de torture et de frustration. Sa patience a été sacrifiée par l’Autre ! Midi. Les cloches sonnent. Elle compte ses centimes. Le temps a casqué contre la mesure de l'inachèvement… Zéro pointé son brouillage du sens ! C’est que la vérité seconde la folie jusque dans le ventre des femmes… Oh, Eve…


De l’or havanais, récit, éditions Apogée, Rennes, 2010

Les corps havanais sont tout entiers gagnés par le charbon. Aucune mine cependant. La noirceur plaquée de partout, commande à l’idée d’inertie une soumission sans égal. Il passe ainsi dans le ciel des peintures. L’éclairage exprime le déchirement de la surexposition. On a les yeux littéralement impuissants devant cette volonté d’aliénation (les cartes de ravitaillement sont la ruée vers la honte). Les nuages mettent en relief des agonies de couronnements qu’un orage aussi subit que violent entraîne dans son immédiateté. Le chaos n’est jamais loin. Il se joue de nous. Son apparition est aussi concrète que le secret impalpable. Son langage prend des détours, même les jours les plus conciliants. Mais le sordide est toujours au bout de l’égarement.
Il y a deux vitesses dans ce pays, symbolisées par les monnaies : la nationale et puis l’autre. Ainsi, l’ailleurs, par nature irréductible, se voit mériter (par grincement de dents) une supériorité incontestable, aussi angoissante que certaine. Exemple : tandis que les hôtels emblématiques triturent de l’international à tout vent, les Cubains s’agglutinent pour se tenir froid dans leurs ruines. Une telle sûreté est un remuement de peurs. Mais le geste pour s’y intéresser n’existe pas. L’État organise toujours de la sublimation en vue d’un engourdissement de l’esprit à orientation d’un gel total ! Chacun repense aux années de la Révolution. Le conflit est consubstantiel au souffle. Le présent, plus informé du tout, est aussi virtuel que la réalité. Le solide est donc bien l’idée d’une pensée unique pour une existence sans modulations.
Ici, la décadence est bétonnée. Les maisons du Centro Habana extériorisent leurs entrailles révulsées qui sèchent, puantes au soleil fixé par les besoins du temps. Les têtes pointent dans les escaliers croulants, ou au pas des ouvertures sans porte. Elles sont voyeuses car elles savent qu’elles ne peuvent bouger. Au mieux, on arrache un sourire, surtout si on ne regarde pas droit dans les yeux. L’attitude est de viser juste : à la marche, ne pas déplacer le moindre détritus sur les trottoirs qui leur donnerait l’image du piétinement ordurier. Par bonheur, les enfants sont le bouleversement. Aussi beaux que le langage lorsqu’il précise la pulsation innée de la vie, leurs visages sont des mélodies qui construisent l’espace. Amalia la nené bâtit avec eux de la poésie. La mémoire est en dessous des slogans et de la culture. Seul l’événement d’être motive l’apparition de la joie.

Lieu de vie

Nouvelle-Aquitaine, 16 - Charente

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers d'écriture en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire