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Les écrivains / adhérents

Marie Le Drian

Roman / Nouvelle
photo Marie Le Drian

C’est de l’observation minutieuse et acérée de notre humanité que Marie Le Drian nourrit son œuvre singulière.
Marie Le Drian écrit sur le fil. D’une situation quotidienne, banale – une mère célibataire, une femme que ses enfants décident de mettre en maison de retraite – elle déroule la logique jusqu’à l’absurde en prêtant sa voix à des personnages en équilibre entre raison et folie qui finissent toujours par se révolter contre le monde normalisé qu’on veut leur imposer.
En romans ou en nouvelles, Marie Le Drian a inventé une langue et une musique bien à elle où les mots, d’une redoutable précision, dessinent un univers en marge, souvent sombre, mais où l’humour et la cocasserie viennent toujours à bout des situations les plus désespérées.
Marie Le Drian est née à Lanester (Morbihan), elle fait ses études à Rennes, puis travaille à Paris durant plusieurs années.
En 1999, elle obtient une bourse du Canton de Berne (Suisse) et passe une année dans la ville bilingue de Bienne.
A son retour en France, elle quitte Paris et s’installe définitivement en Bretagne, à Clohars- Carnoët (Finistère) où elle se consacre à l'écriture.

http://marieledrian29.canalblog.com/
Bibliographie

– 1983 – Keraliguen, récit, Editions de Kerguelen.
– 1986 – Les femmes de là-bas, nouvelles, préface de P. J. Helias, Ed. de Kerguelen
– 1987 – Nous étions simplement voisins, poèmes, eaux fortes de C. Huart, Ed. de Kerguelen.
– 1992 – Le Petit bout du L, roman, Robert Laffont, prix des écrivains bretons.
– 1994 – Le dimanche on va au restaurant, roman, Robert Laffont.
– 1996 – Hôtel maternel, roman, Ed. Julliard.
– 2000 – Poche avant droite, nouvelles, Coop. Breizh.
– 2001 – La cabane d’Hippolyte, roman, Ed. Julliard (prix Bretagne
– 2001, prix Breizh du roman 2001) ; réédition Coop-Breizh, poche, 2007
– 2003 – ça ne peut plus durer, roman, Ed. Julliard, (prix du roman de la ville de Carhaix).
– 2003 – Marie Henry, Gauguin et les autres, récit, Ed. Blanc Silex.
– 2006 - On a marché sur la tête, illustrations de Raphaël Larre, Ed. du Chemin de Fer.
– 2007 – Au temps des baraques, nouvelles, Liv’éditions.
– 2007 - Attention éclaircie, roman, Editions de la Table ronde ; une traduction italienne est en cours aux Editions Voland

Film
– Terre d’écrivains (Bretagne) : Marie Le Drian, histoire d’eaux, réalisation Michel Dupuy, coproduction Les Films du Moment, TV Breizh.

Extraits

"Attention éclaircie", extrait
Éditions de la Table Ronde, 2007

Rien ne serait arrivé si, en ce matin de réveillon, les langoustines avaient toutes été de la même grosseur. Si, anonymes et frétillantes, elles avaient attendu, entassées dans un seul cageot. J'aurais poursuivi tranquillement ma vie aux côtés de Dominique et des deux veuves de la gymnastique dans ce brouillard épais qui atténue les bruits, les lumières et les souffrances. Un brouillard iodé : on y entend les vagues, le vent et les marées, on peut se saisir du sable et des goémons mais surtout on oublie que, là-bas, à l'horizon, il existe une île.

Rien ne serait arrivé. Longeant le chemin obscur, je serais allée, comme tous les matins, rendre visite à Éléonore, mon amie des marais, et, par elle, prévenue du danger – non, pas du danger, de l'évènement -, j'aurais été plus calme devant mes invitées. Déjà, je n'aurais pas oublié la mayonnaise.

Mais, depuis bien des années, la vie et la mort des langoustines, leur destin sur nos tables, ont terriblement changé : autrefois, on les servait seulement pour les mariages et les communions, les baptêmes et les repas de galas, évidemment, pour les réveillons de Noël, après les huîtres, avant la lotte et le cabillaud. Il existait une cérémonie de la langoustine. On avait du respect pour elle. Pour ceux qui la pêchaient, la vendaient et ceux qui l'achetaient.
« Tu lui as pris des langoustines ? »
On vous aimait si, dans votre assiette d'invité, en dehors des fêtes habituelles, on vous servait des langoustines. Vous deveniez une grande occasion. Vous-même.

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"On a marché sur la tête", extrait
Éditions du Chemin de Fer, 2006 (illustrations de Raphaël Larre)

« Albert Léonard a décidé de prendre en main son avenir en souscrivant un contrat obsèques.. »

Je l'ai invitée à s'asseoir. Comme pour une visite normale. Elle a ouvert son cartable, a sorti ses dossiers, à présent, elle me regarde intensément. Je ne baisse pas les yeux.
« Le mieux est de procéder par étapes. »
Si elle le dit !
Elle porte un petit tailleur bleu marine, un chemisier blanc, non pas blanc, crème, écru, peut-être ? J'ai eu le temps de regarder ses jambes avant qu'elle soit assise. Ses jambes et ses chaussures. Très joli tout ça. Je veux bien procéder par étapes avec elle.
(…)
Ensuite le culte. Le culte ? Oui, la religion. Que voulez-vous que je vous dise, je suis baptisé, j'ai fait ma communion, même que c'était la guerre. Mais on ne peut pas dire que je suis croyant, non non croyant, disons que je ne suis pas du genre à bouffer du curé. C'est tout.
« Alors, une messe ?
– Non...
– Une bénédiction ?
– D'accord pour une bénédiction, c'est joli une bénédiction... »
Elle inscrit catholique, bénédiction. C'est cent quarante euros, la bénédiction. Pardon ? Oui, la bénédiction, cent quarante euros. Heureusement que je n'ai pas dit messe, je n'aurais pas osé faire marche arrière, c'est pas bon d'avoir l'air radin dans ces affaires religieuses, et il s'agit de moi quand même. Je ne peux pas dire n'importe quoi...(...)

Lieu de vie

Bretagne, 29 - Finistère

Types d'interventions
  • Ateliers en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire