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Les écrivains / adhérents

Martine Sagaert

Essais
photo Martine Sagaert

Martine Sagaert est née le 28 octobre 1953, à Asnières, dans les Hauts-de-Seine. Elle est actuellement professeur de littérature contemporaine à l'Université du Sud-Toulon Var.
Elle est spécialiste de critique génétique et en particulier des oeuvres d’André Gide, Paul Léautaud et Christiane Rochefort.
Responsable du site consacré à André Gide www.andre-gide.fr
Ses recherches actuelles portent sur deux domaines :
Les représentations des femmes et de la maternité
Littérature et médecine

Domaines de compétences :
Ouvrages spécialisés et grand public
Histoire littéraire du roman, de Proust à l'extrême contemporain
La littérature de l'intime (journal, correspondances)
Critique thématique : les représentations de la mère
Critique génétique.

Création et Direction de collection
– « Horizons génétiques », Presses Universitaires de Bordeaux, 2009. Alliant livre et DVD-Rom, rigueur scientifique et apprentissage ludique, « Horizons génétiques », fait entrer dans l’intimité des écrivains contemporains et transporte au cœur des manuscrits littéraires.
Martine Sagaert, Peter Schnyder, André Gide, l’écriture vive — en librairie le 8 janvier 2009 — inaugure la collection « Horizons génétiques ».

Bibliographie

– Paul Léautaud, Lyon, Editions de La Manufacture, coll. "Qui êtes-vous ?", 1988, rééd. coll. « Biographie », 1989.
– André Gide et l'Algérie [préface en collaboration avec Marc Sagaert] au catalogue de l'exposition présentée au Centre Culturel français d'Alger en mars 1993 et dans les centres culturels français d'Algérie, 1993.
– André Gide, Correspondance avec Charles-Louis Philippe et sa famille [144 lettres échangées entre 1898 et 1936], Centre d'études gidiennes, Université Lumière (Lyon II), 1995.
– André Gide, Journal II (1926-1950), édition établie, présentée et annotée par Martine Sagaert, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1997.
– Histoire littéraire des mères (1890-1920), Paris, L'Harmattan, 1999.
– André Gide, Ainsi soit-il, établissement du texte, notice bio-bibliographique et avant-propos de Martine Sagaert, Gallimard, coll. "L'Imaginaire", 2001.
– André Gide, A.D.P.F., 2002.
– Paul Léautaud, Le Castor Astral, 2006 (nouvelle édition revue et augmentée).

Ouvrage en collaboration
– André Gide, Souvenirs et voyages, édition établie, présentée et annotée par Pierre Masson, avec la collaboration de Daniel Durosay et Martine Sagaert (Retour de l'U.R.S.S., Retouches à mon Retour de l'U.R.S.S., Et nunc manet in te, Ainsi soit-il ), Gallimard, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", 2001.
– Dictionnaire Gide (dir. Masson - Wittmann), Garnier "Classiques", 2011 - une trentaine de notices.
– Yvonne Knibiehler, Martine Sagaert, Les Mots des mères, Laffont, "Bouquins", 2016.

Enregistrement
Introduction à La Symphonie Pastorale d'André Gide, texte intégral lu par Catherine Ribeiro, Auvidis, Audilivre, 1991, rééd. CD 1995. Rééd.CD, Naïve, 2007.

Préface et chrono-biographie
– Christiane Rochefort, Archaos, Grasset, coll. « Cahiers rouges », 1999.
– Christiane Rochefort, Œuvre romanesque, Grasset, coll. « Bibliothèques », 2004.

Direction d'ouvrage
– Les Manuscrits littéraires, Presses universitaires de Bordeaux, 2005.
– Balade dans le Var, Sur les pas des écrivains, Ed. Alexandrines, 2010.
– Caroline Casseville, Martine Sagaert, Gide chez Mauriac, Ed. Confluences - Centre Mauriac de Malagar, 2012 (avec un DVD)
– Martine Sagaert, Natacha Ordioni, Le Sein des mots pour le dire, Babel, « Transverses, 2015.

Extraits

1. Extrait
Histoire littéraire des mères
La mère qui demande à son enfant : "A quoi ça te sert-il de faire le malin?" ne pose pas une question anodine. Faire le malin, c'est utiliser un double de la clé maternelle pour faire entrer quelqu'un en cachette. Quitter clandestinement la maison-mère pour aller offrir son front à la rosée ou suivre les démons de la nuit. "Faire de la magie", plonger dans "le paradis honteux" de la volupté et vouloir illimiter sa puisssance.
Faire le malin, c'est profaner la mère, poser côte à côte son image et celle du démon. Apprendre, comme Bernard dans Les Faux-monnayeurs, en crochetant un meuble qu'on est un "crochet" dans la droite ligne et découvrir, par effraction, que la mère un jour a pu faire le malin.
La mère divine peut surgir de l'enfer. Mme de la Pérouse a de "longues mitaines noires d'où sortent des petits doigts comme des griffes". La psychanalyste, Mme Sophroniska, qui croit savoir qu"'un regard clair nettoie la conscience comme un rayon de lumière purifie une eau infectée", noie Boris en prétendant lui donner à boire. Lady Griffith, avec un "instinct d'amante et de mère", se penche au-dessus de Vincent, son "grand enfant", en lui disant : "Ici c'est comme dans les mosquées, on se déchausse en entrant pour ne pas apporter la boue du dehors".

En finir avec Laura, c'est commencer avec Lilith. La mère évolue dans un espace polysémique, creuset du temporel et de l'immémorial. Par delà la diversité des représentations maternelles, la créature de papier, qui n'a rien d"'un vivant sans entrailles", et qui, plus que toute autre figure romanesque, fonctionne sur le mode référentiel, est à double-face.
Déesse, elle est monstresse. Mater Nutrix, elle est la mère ogresse. Totalement reconnaissable, elle est inquiétante. Sainte, elle est l'obscur objet du désir. La mère est l'intime étrangère, qui à tout instant peut disparaître dans de drôles de villas de Montretout. Mais le jour où son beau visage devient presque mauve "comme les labours à l'automne", elle abrite, "transmigrée" en elle la grand-mère. Alors seulement elle est sauvée. Elle habite de toute éternité le Baptistère de la Basilique Saint-Marc.
Lorsque réapparaît le "châle de Maman posé sur sa balustrade d'albâtre avec un livre qui le maintenait contre le vent", la mère au châle n'est pas loin derrière la mère au livre. Le je, "pronom materné", s'émancipe et la langue maternelle devient à son tour grosse de possibles.
Rejoignant la chantefable d'Aucassin et Nicolette, l'écrivain en gésine, qui reproduit les anciens rites couvadiques, s'inquiète de ne pouvoir mener son oeuvre à terme: "Parfois me sentant près de ma fin, [...] sentant l'enfant qui se formait. dans mes flancs, et ne sachant si je réunirais les forces qu'il faut pour enfanter, je lui disais avec un triste sourire: Te verrais-je jamais? "
Lorsque l'enfant-livre s'extirpe des biffures et des ratures, lorsque de l'oeuvre, la mère est l'incipit et la clausule, on peut se demander : la mère cache-t-elle l'écrivain ou l'écrivain cache- t-il la mère? Qui de l'oeuf ou de la poule a commencé l'histoire?
Le maternel est palimpseste du littéraire. Si la raison d'être du roman est de nous protéger contre l'oubli, le commandement impérieux de la mère n'est-il pas : Souviens- toi ?


2. Extrait de l’ouvrage
Paul Léautaud
Prologue
«Il paraît qu’un proverbe dit : L’enfant à qui n’a point souri sa mère n’est digne ni de la table des Dieux ni du lit des Déesses. “L’enfant à qui n’a point souri sa mère”, c’est tout à fait ma spécia¬lité.»
(«Mots, propos et anecdotes», Passe-Temps, p. 159.)

Le 22 février 1956, au seuil de sa quatre-vingt-cinquième année, Paul Léautaud s’en est allé à La Vallée-aux-Loups faire le mort. Il avait laissé, le moment venu, son habi¬tuelle maison de Fontenay, où il vivait en compagnie des animaux qui lui restaient. L’homme à la voix de sirène, aux éclats soudains, aux éclats de rire, de sarcasme ou d’indignation généreuse s’était tu. Côté jardin, la scène était vide ; côté cour, le spectacle se poursuivait. Il agaçait les uns, il fascinait les autres. De tous les visa¬ges qu’il s’était composés, la postérité n’en retint qu’un, celui d’un vieil ermite en perpétuelle contradiction avec lui-même. Ce portrait brossé à larges traits en cache un autre, plus flou, qui des profondeurs du temps renaît. Un gosse de Paris, tout seul, perdu dans ses rêveries, attend. Cette image, il convient de la mettre en lumière, de l’exa¬miner, de l’ausculter.
C’est en remontant aux origines qu’on comprend ce qui souterrainement nourrit l’existence, ce qui préside à l’observation du moi, ce qui met en regard l’intime et l’écriture. La personnalité de Léautaud induit cette analyse. Dans son Journal du 27 octobre 1930, il note :
«Je m’amuse quelquefois à regarder ce qu’aura été ma vie. Mon enfance ? Tout ce que devait être la suite, en plus petit. Ma littérature ? Une suite de victoires con¬sidérables sur moi-même .»

Si l’art est une aventure solitaire, chez Léautaud, il a par¬tie liée avec le maternel. La mère absente, Jeanne Forestier, laisse derrière elle des souvenirs (vécus ou rêvés ?), qui empêchent à jamais les choses d’être ce qu’elles auraient pu être. Soumis à cette donne biographique, com¬ment l’artiste se libérera-t-il de la mère ogresse, com¬ment évitera-t-il les vertiges de la page blanche ?

Lieu de vie

Provence-Alpes-Côte d'Azur, 83 - Var

Types d'interventions
  • Rencontres et lectures publiques
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire