Contenu | Navigation | Politique d'accessibilité | Crédits Lettre internet

Les écrivains / adhérents

Thierry Martin-Scherrer

Poésie / Essais
photo Thierry Martin-Scherrer

L’imprégnation musicale a été première. Les mots auront beau faire, le moment venu, le langage des sons a pris toute la place pendant les années d’apprentissage, ouvertes au demeurant à la littérature avec facilité, mais sans passion particulière d’abord. Les mots, confrontés aux sons, longtemps resteront lettre morte. Au point qu’il m’a fallu attendre au-delà de ma vingtième année pour accepter de renoncer sereinement à une carrière musicale. Mon premier poème, La Fenêtre immobile, n’est tardif qu’en apparence. Il a été écrit d’un jet en réalité et publié rapidement, quand j’ai admis, à mon heure, que la musique en moi creusait toujours sa voie (voix ?), verbale désormais. Les six ouvrages publiés ensuite, chacun à sa façon, doivent leur existence à un je musicien (à paraître début 2008).

Thèmes
La musique, première dans ma vie, est devenue moteur de l’écriture ultérieure, carburant si l’on veut, pour nourrir la question : quel est ce je que comble la musique au-delà de son entendement ?
S’ensuivent à ce jour sept livres, bientôt huit, dont les arguments peuvent s’entendre ainsi :
La Fenêtre immobile (Lettres vives) dessine un chant d’espérance muette issu de la contemplation des choses les plus humbles dans le champ d’un regard cloué par la fenêtre d’une cour de ferme.
Dans La Maison assiégée (Comp’act), deux je se relaient dans l’investigation rôdeuse d’un espace décrit et médité alternativement ; l’un et l’autre édifient des significations possibles pour habiter le lieu toujours ouvert de l’enfance lointaine, à la racine du désir poétique.
Le je du Poème élémentaire des bords de la nuit (Comp’act) se fond à des objets élémentaires propices à soutenir son mal-être. Leur incertain collier d’éclats identitaires épars dans sa nuit déploie une manière d’itinéraire spirituel tiraillé entre la tentation du néant et le ravissement du monde.
Le Passage de Marcel (Lettres vives) est l’histoire d’un simple qui n’a jamais parlé. Son entendement débile atteint sans effort au noyau dur des choses hors de l’intelligence, dans un abandon vierge de son sort poreux au monde.
Crayons pour un poème (Dumerchez) entrouvre une manière de laboratoire des pulsions antérieures à l’écriture du poème. On y lit un dialogue entre lecteur et poète. Le premier regarde des esquisses auxquelles s’essaie le second appliqué à surprendre, en amont des mots, les mouvements muets qui président à la création : esquisses métaphores de cette création.
Le Fantôme de Chopin (Lettres vives) opère à partir de « copeaux narratifs » souvent infimes ; leur alliage dessine une ligne de fuite vers un point aveugle où cristallise sous un certain angle le séjour terrestre de Chopin : transmutation d’un corps physique débile en un corps sonore subtil. Cette chimie ébauche un point de vue où commence la contemplation du Perdu.
Le Monde est demandeur d’asile (Lettres vives) propose une quête du sens qui progresse à proportion de sa compétence à faire chant ; forage ainsi du sens approché de la musique intime du chant intérieur.
Pour le texte à paraître, Le Je musicien (début 2008), on se bornera à indiquer que son intuition est entrée en résonance, entre autres, avec une question posée par Georges Steiner dans Réelles Présences : « Qu’est-ce que la musique ? pourrait bien être une façon de demander : qu’est-ce que l’homme ? ».

Bibliographie

Publications
– La Fenêtre immobile, Lettres Vives, 1996.
– La Maison assiégée, Comp’Act, 1999.
– Poème élémentaire des bords de la nuit, Comp’Act, 2000.
– Le Passage de Marcel, Lettres Vives, 2001.
– Crayons pour un poème, Dumerchez, 2002.
– Le Monde est demandeur d’asile, Lettres Vives, 2003.
– Le Fantôme de Chopin, Lettres Vives, 2005.
– L'Exil musical, ed. Belles lettres - coll. Encre Marine, 2009

Publications en revues
– Poème élémentaire des bords de la nuit (extraits), La Polygraphe n° 2-3, 1998, pp. 315-326.
– La Maison assiégée (extrait), La Polygraphe n° 4-5, 1998, pp.603-608.
– La Maison assiégé (extrait), Le Nouveau Recueil n° 49, déc. 1998 – jan. 1999, pp. 31-33.
– Marcel (sic) (extrait), La Polygraphe n° 9-10, 1999, pp. 1434-1439.
– Le Passage de Marcel (extrait), L’Instant d’après n° 2, 1999, pp. 19-20.
– Le Passage de Marcel (extrait), Poésie Présente n° 1, nov. 1999, pp. 3-4.

Articles critiques
François Montmaneix, Poésie 1, hiver 1996, pp. 105-106.
Chantal Colomb, Prétexte n° 13, printemps 1997, pp. 97-98.
Bernard Simeone, Le Mensuel littéraire et poétique n° 278, Bruxelles, p. 10 (sur La Maison assiégée).
Bernard Simeone, « En finir avec la ville de silence vêtue », Guide Utopia, éd. 2000.
Rubrique « Bibliographie » in La Quinzaine littéraire n° 797, décembre 2000, p. 29 (brève notice sur Le Poème élémentaire).
Nelly Gabriel, « Le Passage de Marcel, une aventure du langage », Figaro Lyon 19 janvier 2002.
Marc Blanchet, sur Le Monde est demandeur d’asile (référence manquante).
Patrick Poivre d’Arvor, sur Le Fantôme de Chopin (référence manquante)
- La Quinzaine littéraire, n° 991 1/15 mai 2009
Intitulé de l'article : "La musique comme amour" de Thierry Laisney
- Livre et Lire, le mensuel du livre en Rhone-Alpes, n° 243 juin 2009
Intitulé de l'article : "Figures du poète en musicien
"Au miroir des sons" de Claude Burgelin
- La Lettre du musicien, été 2009 (pas de titre particulier, sinon celui du livre)

Notices
– Autour de Claude Roy, Le Polaris, Corbas, mars 1999, catalogue d’exposition p.32.
– Écrivains d’aujourd’hui. Rhône-Alpes, publication de l’ARALD, de la Bibliothèque Municipale de Lyon et de la DRAC Rhône-Alpes, 2000, pp. 141-142.

Extraits

Le passage de Marcel, Lettres vives, 2001.

Alors le torchon rouge recommence au fond du pré, tout droit en face, du voisin, ça sèche : depuis des jours, cet égouttement rouge sur l’épaisseur verte, vous voilà pendu à sa violence comme à un crochet sur le silence vert, sans que vibre un seul son. Vous ne parvenez pas à vous décrocher, Marcel, vous êtes dans la terreur exorbitée aux pupilles du veau à la bascule, les jours d’abattoir, et le lapin qui goutte, la tête en bas, avec des bonds juste au-dessus d’un linge de cuisine, la terreur de ce matin-là, le grand carré rouge que vous vouliez plonger dans le lavoir, avec les femmes autour, un jour de lessive…
Fermer la fenêtre, cela est fait aussi promptement que l’idée du volet rabattu : clac, la main a parlé sur le torchon rouge, plus fort.


Le fantôme de Chopin, Lettres vives, 2005.

Bach et Mozart éclairent brusquement son séjour. Deux grands aînés dardant leurs yeux jaunes, vers sa septième année, sur son unique mobilier : l’harmonie, le nombre, posant des lueurs sur sa ténèbre familière. Sa demeure est spirituelle. Deux pupilles de grands fauves à l’arrêt, dont il règle à loisir la suspension parmi la nuit de sa beauté. Une île qu’il ne quittera plus. Entrouverte, jusqu’à l’horizon, vers un passé immense, son seul avenir. Sous cette double lampe, il met la main au feu. Les doigts posés dans les clous du temps, il a cru d’emblée, les yeux grand fermés. Les doigts amoureux posés sur le Temps. Ses doigts atterrent. Prosternent à terre. Conduisent à lui. Sa haine des projecteurs. Son horreur du bruit. Ses doigts qui annulent l’autre.
Qui soumettent au même. Le monde est sa prison. Il veut fuir le monde.

Lieu de vie

Rhône-Alpes, 69 - Rhône

Types d'interventions
  • Rencontres et lectures publiques
  • Rencontres en milieu universitaire