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Les écrivains / adhérents

Yvette Marin

Roman / Nouvelle
photo Yvette Marin

Elle voit le jour à Strasbourg, tout à fait par hasard, d’un père polonais et d’une mère hongroise. Ses parents, croyant être arrivés au « Pays des Lumières » se retrouvent dans l’antichambre de Vichy. Comme beaucoup d’autres enfants juifs, elle perd très rapidement son enfance. Elle entre à l’âge de 14 ans comme élève au Centre d’Apprentissage Féminin des Métiers de la Métallurgie, à Puteaux, et en sort deux ans plus tard avec un C.A.P. de dessinatrice industrielle. Tandis qu’elle travaille dans différentes usines et bureaux d’études, elle ronge son frein. Puis elle part en Israël où, faute de savoir l’hébreu, elle travaille comme mannequin pour les maillots de bain Gotex et se marie avec un jeune israélien qui lui promet de « lui faire faire des études ». Il n’en fait rien. Elle divorce, revient en France, et au lieu de ronger à nouveau son frein, décide de devenir institutrice. Mais son rêve ne se réalisera pas. Elle sera Professeur d’Université. À l’Université de Franche-Comté, son dernier poste, elle crée un Centre de Recherches sur l’Environnement Humain et Urbain ainsi qu’un DESS de « Cadres en Relations Européennes ». Elle a beaucoup écrit sur la ville, à la fois des articles et des livres, et a récemment publié trois romans. Veuve de Michel Marin, l'homme de sa vie, elle a deux enfants.

Thèmes
la précarité, de l’enfance, du deuil, ainsi que de la féminité dans ce qu’elle a de plus vulnérable.

Bibliographie

Bibliographie des ouvrages publiés (sous le nom d’Yvette Marin)
– Ravenscourt Road, une rue en cours de gentrification, (Didier Erudition, 1980
– Les minorités dans la Cité, LHarmattan, Paris, 1993 (Yvette Marin avec Maurice Blanc et Sylvie Le Bars)
– Loger les Anglais de 1848 à 1939, Yvette Marin, L’Harmattan, novembre 1994
– La Ville éclatée, Yvette Marin avec Nicole Haumont et Jean-Pierre Lévy, L’Harmattan, 1998

En tant que Directrice d’édition des Cahiers du Crehu (Centre de Recherches sur l’Environnement Humain et Urbain) au PUFC (Presses Universitaires de Franche-Comté) elle a publié les ouvrages collectifs suivants :
Les utopies de la Ville (2001)
Tensions et Conflits autour des Chemins de fer Britanniques au XXe siècle (2000)
Ville et Immigration (1998)
Citoyenneté et Communauté (1997)
L’espace urbain européen (1996)
Cités ou Citadelles (1995)
Ville réelle, ville rêvée (1995)
Les Maux dans la ville (1994)
La ville est-elle un fléau ?(1994)
La révolution industrielle en Europe (1993)
De la cuisine à l’écologie (1992)

Bibliographie des ouvrages publiés (sous le pseudonyme d’Ettel Hannah)
– Au Crépuscule (Editions Marie-Noëlle) 1994
– Le Caillou de Lune (Editions Michalon) janvier 2003
– Rachat des droits par France Loisirs en avril 2004
– Le Temps de l’Absence (avril 2007, E&C Editions)
– Des extraits du "Caillou de lune" ont été publiés dans "L'enfant et le génocide", Robert Laffont, collections Bouquins, Paris, 2007
– Saint-Dizier la Bragarde, l’attraction passionnée, (recueil de textes résultant du travail d’un atelier d’écriture que j’ai animé durant un an, 2007-2008) à la demande de la DRAC de Champagne-Ardenne, Editions l’Entre-tenir, juin 2008.
– Le Caillou de Lune, adaptation théâtrale par la Compagnie Humbert-Israël de Troyes, joué en Champagne-Ardenne et sélectionné pour le Festival d’Avignon.
– A tire d'Elles, recueil de nouvelles, éditions Zurfluh, octobre 2010
– Trois p'tits tours et puis s'en vont, recueil de 18 nouvelles, chez Mon Petit Editeur (Publibook, Paris, septembre 2011)

Extraits

Extrait de l’une des nouvelles de “Trois P’tits Tours....”
Mais Maître Carnou est incapable de voir ou d’entendre. Des larmes lui brouillent les yeux, et il répète sourdement : « Je t’aime, je t’aime... »
Il fourre son visage dans son cou, dans son écharpe, qu’il prend à deux mains, qu’il palpe, qu’il respire, qu’il étreint. Il s’affale sur l’épaule d’Élodie en sanglotant, à demi couché sur elle. Elle veut fuir, mais cette masse animale la rive.
Elle hurle :
- "Non, non, laissez-moi !... Maman ! Maman !..."
Maître Carnou relève son visage ruisselant de larmes, son corps écrasant toujours celui de la jeune fille. Hébété, une boule douloureuse au fond de la gorge, il fixe sans la voir Élodie qui hurle et se débat. Elle secoue furieusement la tête. L’écharpe a glissé de ses cheveux, entoure son cou gracile que souligne une petite chaîne dorée.

Maître Carnou souhaite avant tout que cessent ce vacarme et cette agitation. Il prend alors les deux pans de l’écharpe, et il serre… il serre…


Extrait du « Caillou de Lune » (éditions Michalon,2003, chap.4, p.31)
« Ils me disent que j’ai été méchante.
Ils me disent que les Allemands ont failli tous nous prendre et nous tuer, Papa, Maman, Raoul et moi, et même monsieur Henri.
Quand il a donné le signal, j’ai pleuré et j’ai crié et j’ai couru n’importe où comme une folle.
Ils me disent que j’ai été méchante cette nuit-là, sous la lune.
J’ai même hurlé, c’est eux qui me le disent, mais je me souviens pas.
Mais moi, je me rappelle quelque chose que, eux, les autres, ils se rappellent pas.
C’est une forme toute blanche qui court vers la barrière devant moi.
Et je crois bien que c’est mon père, qui est tout nu, aussi nu et blanc que la lune.
Et qu’il me laisse pour toujours. Qu’il m’a oubliée, moi, sa fifille, sa puce, dans le fossé. Qu’il veut se sauver, lui, pour pas qu’on le tue, mais qu’on peut bien me tuer, moi, parce que je suis trop petite pour courir aussi vite que lui.
Mais je suis pas très sûre. Je sais même pas si c’est vrai.
Je me souviens bien d’avant le signal, quand j’étais un caillou dans le fossé, mais pas d’après, quand les chiens des Allemands ont aboyé pour nous mordre. »

Extrait du « Temps de l’Absence » (éditions E&C, 2007, chap.3, p. 12)
La porte de la chambre s’ouvre et un homme en sort. Je veux crier « Michel ! », mais je n’ai pas de voix. Aucun son ne sort de ma bouche. Je veux me lever, mes jambes aux genoux bien serrés ne bougent pas. L’homme, qui n’est pas Michel, s’approche :
« Voulez-vous le voir ? Rester quelques moments auprès de lui ? »
Comme un automate, je le suis. Il y a bien un lit dans cette chambre d’hôpital et un écran noir, et un homme allongé, avec sur le visage un masque mortuaire, le nez pincé, les pommettes tirées. Je pense à Dürer, à un dessin de Dürer.
Je fais « Non » de la tête, tourne les talons et retourne m’asseoir dans le couloir. L’homme me suit. Il a des yeux doux et tristes. Il me dit :
« Voulez-vous qu’on le rhabille ? »
Je remue à nouveau la tête pour dire « non ». Habiller qui ? Pas cet homme mort au masque de Dürer.
Recroquevillée sur la chaise blanche métallique, je continue à attendre Michel.
Devant moi, autour de moi, il y a ce couloir bleu qui s’étire à l’infini, tandis que la lumière me vrille les tempes. Je ne pleure pas. Je ne parle pas. J’attends Michel.

Lieu de vie

Ile-de-France, 75 - Paris

Types d'interventions
  • Ateliers en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire