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Les écrivains / adhérents

Christine Deroin

Roman / Nouvelle / Jeunesse / Théâtre
photo Christine Deroin

Piano, danse, solfège, chorale, j’ai eu la chance de tout approcher dans mon enfance et de savoir très vite que la vie et l’artistique pouvaient se mêler.
Mais j’ai suivi des études scientifiques parce que les autres pensaient que c’était la voie royale. J’ai dévié vers hypokhâgne et khâgne pour cause de passion philosophique. Et je me suis précipitée dans un cours de théâtre où, tout de suite, j’ai choisi d’être du côté de la mise en scène.
A vingt et un ans, une adaptation des « frères Karamazov » de Dostoïevski achevée, j’ai convaincu six jeunes comédiens de me suivre dans une aventure théâtrale.
L’année suivante j’ai récidivé avec « L’herbe rouge » de Boris Vian et, voilà, la route paraissait tracée.
Eh non !!!
Du bouillonnement théâtral au silence de l’écriture il y a un fossé que j’ai franchi joyeusement. J’ai commencé par écrire des pièces de théâtre plutôt que d’adapter les textes des autres et, de folles envies d’écriture romanesque m’ont envahi l’esprit.
Une éditrice a édité le premier manuscrit que je lui ai envoyé, c’était « Les absentes » en 1997.
Depuis les années passent toujours dans le même équilibre. Onze romans dont un « mot à mot » a obtenu le prix Murat en Italie, six pièces de théâtre jouées, huit adaptations théâtrales et quinze mises en scène s’inscrivent sur la page de ma vie.
Le futur ? Continuer, découvrir, rencontrer les autres grâce au théâtre et à l’écriture.
A suivre…

Bibliographie

Romans
1997 : Les Absentes, éditions des Chats Noirs (N Mouska)
1999 : Les chemins détournés, éditions Atout (N Mouska)
2002 : Mot à Mot, éditions l’Inventaire (A Coldefy), Prix Murat 2003 (un roman pour l’Italie), traduction en italien, publication aux éditions Besa
2005 : La griffe intérieure, éditions l’Inventaire (A Coldefy)
2011 : Quelques gouttes de valériane, éditions Diabase
2016 : Clandestines, éditions du Chèvre Feuille étoilée.

Romans Jeunesse
– La mère sans visage, éditions Oskar, 2008
– Un facteur dans la Résistance, Martial 20 ans, éditions Oskar, 2010
– Emilie, fille de cheminots dans la Résistances, éditions Oskar, 2012
– Au secours Awa, Bayard Presse, Je Bouquine, décembre 2012
– 36 rue Amelot, éditions Oskar, janvier 2013
– La résistante, je bouquine, Bayard presse, juin 2014
– La mouche, Oskar éditions, février 2015
dans la collection « pas de panique » chez Oskar éditions :
– mon père fait des montagnes russes dans sa tête, mai 2015
– mon frère a une tornade dans sa tête, mai 2015
– mon frère n’est plus connecté dans sa tête, mai 2015
– ma soeur n’a plus goût à la vie, octobre 2015

Nouvelles
2007 : « mort ou vif » nouvelle au sein d’un recueil de nouvelles françaises aux éditions B.A Graphis (Italie)

Théâtre
1998 : Terre Promise, spectacle joué dans la Région Centre
2000 : M.A.R.I.A.G.E, spectacle joué en Région Centre et à Montreuil (93)
2005 : Les mots de Florentine, spectacle joué à Montreuil, tournée en 2006 en région Centre.
2011 : Le musée des fous, écriture et mise en scène
2013 : Je vous demande la route, écriture et mise en scène, résidence au 104 à Paris

Adaptations théâtrales
Les frères Karamazov de Dostoïevski, L’herbe Rouge de Boris Vian, Le secret de Wilhem Storitz de Jules Verne, Dracula de Bram Stoker.

Extraits

Extrait de "ma mère sans visage" aux éditions Oskar

20 juin
Il est là. Tout près. Endormi derrière sa paroi vitrée. Et elle est ailleurs. Dans son passé. Dans son avenir. Mais pas avec lui. Surtout pas. Elle n’a rien à lui reprocher. Tout est de sa faute. Une faute si légère. Si lourde. Neuf mois d’attente. De tristesse. Pour ce matin prendre un crayon et écrire. Elle ne se souvenait pas de sa présence au fond de son sac. Pour quoi faire ? Elle, qui n’écrit jamais. Elle a oublié le geste. Et ce matin, elle a plongé la main dans son fouillis et en a extirpé ce bout de bois à la mine noire. Les mots viennent, sans difficulté. De la magie. Magie de sa douleur. C’est un comble. Qu’il ait fallu tant souffrir pour retrouver le mécanisme de l’écrit ! Depuis des années, elle ne fait que placer son nom dans les petites cases administratives des demandes sociales, juridiques, bancaires. Elle ne fait que signer, au bas de grandes feuilles, d’un gribouillage illisible pour se donner l’illusion que son tracé est vif. Les dernières lignes qu’elle a noircies doivent être celles de ses dictées d’enfant où ses fautes s’amoncelaient, toujours les mêmes. Elle ne comprenait pas les explications de son institutrice. Les règles de grammaire lui tapaient sur le crâne mais n’y entraient pas.
Le crayon est mal taillé. Elle ne pourra pas s’en servir longtemps. Quant au papier, elle n’a que les pages de l’agenda acheté en janvier dernier et jamais utilisé.
Si ! La première semaine de l’année. Après, elle l’a délaissé. Elle n’a pas de suite dans les idées. Il faut préciser qu’elle est ce que les gens appellent « une pauvre fille ». Paumée. À l’intelligence réduite. Ou diminuée par une enfance sinistre. Ce simple autoportrait explique sa présence dans ce lit. Ici, ils ne la jugent pas. Ils sont gentils. Un peu trop. Pour eux, son histoire est tragique. Pas pour elle. S’apitoyer ne sert à rien. Elle est ici. Y reste sept jours. Tranquille. Personne ne vient l’embêter. Elle peut écrire. À son chevet, hier, une jeune femme souriante s’est assise. Elle lui a posé quelques questions, lui a expliqué les conséquences de son choix, l’a priée de réfléchir. Jamais, on ne l’avait priée de quoi que ce soit. Ce langage est trop respectueux.
Il a gémi dans son sommeil. Elle le regarde. De longues heures, surtout la nuit. Elle reste les yeux posés sur lui. Ses pensées s’envolent et elle l’oublie. Le regard fixe, elle se promène parmi ses souvenirs. Des petits bouts de rien, ajustés, imbriqués les uns dans les autres. Des petits « n’importe quoi » qui jalonnent sa vie et qu’elle ne peut justifier. Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? C’est terrible de ne pouvoir s’expliquer avec soi-même. Terrible.


Extrait de "la griffe intérieure" chez l'Inventaire
Elle est coupable, le sait, l’a toujours su. Elle n’en parle pas, à personne mais elle n’oublie pas. C’est en elle chaque jour : un frissonnement, un soupir, une crampe dans le ventre. L’omniprésente culpabilité.
Alors la petite silhouette qui la guette depuis des jours à travers les tournesols, la vieille femme qui loge à l’hôtel du village, elle sait qui elle est. Il fallait qu’un jour sa faute sorte de sa cachette. Voilà, c’est aujourd’hui et elle l’accepte.
Apolline se campe sur ses deux jambes devant la porte de sa maison et regarde venir sa visiteuse qui se décide enfin à s’extirper de derrière les hautes fleurs et avance péniblement en s’appuyant sur un bâton. La femme s’arrête. Les deux femmes s’observent. La visiteuse tremble et tombe sur le sol, d’un coup.
Apolline s’approche en courant, se penche. C’est fini. Sa mère est morte.
Apolline se relève. Rentre chez elle et s’assied à la table de la cuisine. Par la fenêtre, elle fixe des yeux le corps allongé dehors et une petite phrase, insistante, répétitive, lui envahit l’esprit :
- Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
Une voix de petite fille.
Mais Apolline ne se laissera pas submerger. Jamais elle ne s’est laissée posséder par sa culpabilité. Ses réminiscences, quelques instants par jour, ce n’est rien. Apolline les balaye, à chaque fois, comme un tas de minutes inutiles.
Aujourd’hui encore, elle va se défendre. Elle jouera les innocentes quand les gendarmes découvriront son lien de parenté avec la morte. Rien ne peut la dénoncer. Ça s’est passé il y a si longtemps... Personne ne savait où avait disparu sa mère.
D’ailleurs où était-elle pendant tout ce temps ?
Apolline ne veut pas l’apprendre. Ça serait trop compliqué et ne servirait à rien puisque la vieille est morte.

Ma bibliothèque

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Dominique Mainard, Éric Chevillard...

Lieu de vie

Île-de-France, 75 - Paris

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