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Les écrivains / adhérents

Christine Duminy-Sauzeau

Poésie / Essais
photo Christine Duminy-Sauzeau

La plupart des choses que j’ai faites et aimé faire – l’enseignement des lettres, la présidence d’une Maison de poésie, l’animation d’ateliers d’écriture et la recherche à ce propos jusqu’à la thèse (dirigée par Claudette Oriol-Boyer puis Jean-Pierre Bobillot) mais aussi la formation en France et à l’étranger (Maroc, Tchad, Liban) les articles scientifiques et communications dans des colloques (le dernier portant sur les rapports entre l’Atelier d’écriture littéraire et l’OuLiPo) m’ont éloignée de l’écriture, d’un point de vue pratique, en absorbant mon temps mon énergie ma passion et j’ai même cru m’y perdre – mais pour m’y ramener, autrement.
En effet la fréquentation immodérée des textes littéraires, en les scrutant pour les amener aux autres, ou y amener les autres (collégiens étudiants enseignants écrivants) m’ont amenée à m’en approcher moi-même jusqu’à, en quelque sorte, les incorporer. Ce regard, je le porte maintenant sur le monde extérieur, sur moi-même aussi. Je reviens ainsi à mon activité première, depuis l’enfance, qui est le rêve.
J’ai toujours été fascinée par ce que l’on appelle techniquement la reformulation, les mille et une façons de dire : on fait le tour de l’objet, du concept, de la sensation, du souvenir. D’où mon attachement à la syntaxe : « Sans syntaxe, pas d’émotion durable » dit Pessoa. J’écris en avançant, certes, mais par digressions successives, comme on brode au point de tige, un long point en avant, un petit point en arrière - de façon à ce que tout s’enchaîne solidement, que cela ait du corps. Et j’aime les mots à la folie, quel que soit leur registre, les mots rares et précieux autant que les mots de tous les jours, et même « les mots qui manquent » ou « les mots en trop » dont parle Marcel Benabou. Et puis la relecture, la réécriture : je crois beaucoup à la maîtrise que donne le travail de l’écriture, au pouvoir que cette maîtrise confère petit à petit. À la liberté que donne l’écriture de soi. Cela peut se faire dans le jeu. Pour moi c’est une passion que de chercher, selon la formule de Jean Vilar, « l’excellence pour tous ».

Thèmes : Il m’est difficile de donner un thème de prédilection, tant il peut m’arriver d’en varier au fil des jours et des saisons, tant je suis convaincue, comme le dit Dany Laferrière qu’on « n’écrit que de soi ». Et puis j’aime m’adapter à la contrainte : elle fait partie de mon mode de fonctionnement. Prose poétique, fragments autobiographiques, écrits courts jusqu’au haïku ou l’aphorisme dont le ton peut être satirique, pauses contemplatives... Le Beau (paysage, tableau, décor, texte…) peut être pour moi un fort moteur d’écriture.

Lieu de vie :
Grenoble et le Nord-Isère (Val de Virieu et les Vallons de la Tour)

Bibliographie


Des choses simples (Zinzinules éditions – 2019 – Photographies de Géraldine Dubois)
En ce petit matin de nuit (Éditions Les Monteils – 2019 – Gravures de Marc Granier)
Des choses à faire avant de mourir (Éditions Drosera – 2020 – Collages de C & C Ballaré)
Le vert des citrons (Éditions Les Monteils – 2021 – Gravures de Marc Granier)
Arbres d’hiver (Zinzinules éditions – 2022 – Photographies de Géraldine Dubois)
Pluie (Atelier Catherine Liégeois – 2023 – Gravures de Catherine Liégeois)
Mon confinement à moi (Éditions Drosera – 2023)
Il pleut debout ! pensées diurnes & nocturnes (Atelier du Hanneton – 2023)

Mais aussi 3 manuels scolaires de lecture/écriture, et articles dans des revues scientifiques…

Par ailleurs
Membre du collectif de poésie sonore Écrits/Studio : 8 pièces sonores. Site ecritsstudio.free.fr/
La tâche / Le Rangement
GPS ou se perdre / Bruits d’enfance etc.
Aún que es de noche / Staying with the trouble
Une île / Yámanas

Extraits

Des choses simples
J’ai envie d’écrire des choses toute simples, comme le papier peint de ma chambre : des feuilles vertes, de toute petites feuilles vertes deux par deux accrochées, accolées plutôt, l’une à l’autre. Délicatement. L’une d’entre elles est légèrement plus grande et elle vient se poser, en se cambrant, à l’endroit précis où l’autre devient tige en s’amincissant à l’extrême. Est-ce que vous voyez cela ? Une petite feuille dont l’ovale, à peine arrondi en haut – comme l’est une goutte d’eau – s’étire, se tend en arrière et s’efface en mourant dans la tige, un peu comme la trace d’un pinceau que l’on relève vivement une fois accompli le geste. […]


Le Rangement (Pièce sonore)
Le rangement, c’est quand le temps rencontre l’espace Le temps immense qui s’étire et s’élance en vagues successives et ça fait des gerbes d’écume Je la recueille à pleins bras MAIS ÇA RENTRE PAS DANS LES BOÎTES non, ça rentre pas Au début tu en trouves des boîtes Elles veulent bien s’aligner les unes à côté des autres et même ça fait joli Oui Et puis tu peux ajouter des étagères et puis bon un peu les boîtes sous les lits sous les canapés Mais c’est après que ça se complique Quand tu te dis ça rentre plus Cette boîte, là Choc Violence du choc Le rangement, c’est quand le temps heurte l’espace […]


Bribe d’enfance
Écho

Signal en retour

La salive ou la tige de rhubarbe ?

L’ivresse ou l’odeur du lilas ?

Un caillou a frappé la coupelle suspendue

De qui le geste ?

Je suis la coupelle l’écho et le caillou


Il pleut debout ! pensées diurnes, pensées nocturnes (p. 9 et p. 43)
La Part-Dieu un 13 janvier
Un sandwich après l’autre, la salle d’attente me vide de toute envie. Ils se succèdent avec lenteur, avec application, ne me faisant grâce d’aucune bouchée. Mastication générale et butée. Dès que la porte coulissante s’ouvre sur une nouvelle valise, je sais qu’immanquablement une bouche va s’ouvrir sur un pain anémique émergeant d’un sachet craquetant. Salade tremblante, gras de jambon pendolant ; la rondelle d’œuf, elle, tombe, entraînant un mouvement compensatoire qui met l’ensemble en péril. C’est le moment où ils attaquent qui me fait le plus mal : je sais que ça va être long.
Je préfère les vaches. Elles ont un museau rigolo, et c’est rare qu’elles bavent.
Cadeau du ciel ?
Clémence du temps en ce lendemain de catastrophe : maintenant il pleut debout !
Dans tes rêves...
Regarder une autre pendule avec le fol espoir qu’elle serait plus clémente...
Sororité bien huilée
Aujourd’hui même je me suis identifiée à une sardine. Une sardine coincée – cela va sans dire – dans une boîte haut de gamme et bio de surcroît. En la préparant pour mon déjeuner, après donc l’avoir dépiautée – oui, parce que moi je dépiaute : je dois être la seule personne à mettre un quart d’heure d’horloge pour préparer un plat déjà préparé – je l’ouvre en insérant délicatement la lame de mon couteau entre les filets « est » et « ouest », une frappe chirurgicale en somme, je m’aperçois alors – découvrant la laitance – qu’elle préparait sa progéniture, et, en tant que femme...

Ma bibliothèque

J’ai été nourrie de lectures lentes, de lectures que l’on ne pouvait faire que lentement (je sens d’ailleurs qu’un texte est bon quand il me force à ralentir mon rythme). Marie de France, Chrétien de Troyes, Du Bellay, Racine, Shakespeare, Rousseau, Diderot, Flaubert, Proust, Garcia Lorca, Apollinaire, Supervielle, Robbe-Grillet, Perec, Jaccottet, Hardellet, B. Noël, Lahougue, Pessoa, Léo Malet, Colette, Virginia Woolf, Becket, Auster, Genet, Novarina, Michon, Prigent, Emaz, K. Blixen, Garcia Marquez, Calaferte, Anise Kotz, R. Detambel, M. H. Lafon, G. Josse, A. Wauters, Toussaint, Sarner, Juarroz, Dubost, Sylvianne Dupuis, Michèle Métail, Sylvia Plath, D. Désautels, S. Pey et tant d’autres encore…

Lieu de vie

Auvergne-Rhône-Alpes, 38 - Isère

Types d'interventions
  • Rencontres et lectures publiques
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire