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Les écrivains / adhérents

Hélène Lanscotte

Poésie / Jeunesse

Je n’ai pas d’imagination. Je n’ai que des images. Je fore leur possible. Je n’écris pas de roman. Pas encore. J’ai des images et le regard qui les épuise, à l’écart. Un regard d’affamée qui se contente de peu. J’attends la trouée, patiente. Je tente de saisir la fulgurance dans le suspens de ma panique. Une panique de désir qui fige, l’œil fasciné par la phrase. Ecrire met les pensées en apnée, voilà ce que je veux. Ecrire avec mon oubli, lui seulement. Ecrire pour résoudre mon taire. Ecrire est mon acte, celui qui m’engage.
Et parce que les mots sont à aimer, à tordre, à rire et à dire … qu’il y a plus grand qu’eux.
Que la nature soit présente dans mes textes ne m’étonne pas, elle est le lieu où l’on croise son absence ; l’endroit où réside la métaphore de l’autre. Et cet autre, quel qu’il soit, m’impressionne.
Qu’elles soient poème, fable, fragments - reliés mais sécables - monologue intérieur, adresse théâtrale, mes aventures d’écriture sont autant de voix qui disent l’impressionnable des êtres.

. Depuis 2001, appartient au collectif d’artistes Les Souffleurs, Commandos poétiques
. Depuis 1998, Lectrice à haute voix, Cie La Voie des Livres (lectures rencontres écrivains, lectures concerts, lectures solo, duo, adulte/jeunesse)
. interventions possibles : atelier écriture/lecture à voix haute

Vit tantôt à Paris, tantôt dans le Lot.
Résidence en 2005 à la Maison Gueffier/Le Manège - La Roche/Yon


Voir son site : helenelanscotte.com

Bibliographie

Publications
– Simplement descendu d’un étage, Cheyne Editeur, Coll. Grands Fonds, 2002
– Portraits sauvages, L’Escampette éditeur, 2007
– Rouge avril, L'Escampette éditeur, 2011.
– J'aime pas les contes, illustrations Amandine Laprun, coll. Zéphyr
Albin Michel, Jeunesse, 2013
– Pas prête, L'Escampette éditeur, poésie, 2014
– Ajours, Isabelle Sauvage éditions, 2017
– Fringales, Arléa, 2020

Ouvrages collectifs
– Pas d'ici, pas d'ailleurs - Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines - Voix d'Encre, 2012
– Claire Basler, peintures, Editions EFE, 2008
– Claire Basler, catalogue 2014
– Entretiens, Poésies - Claire Basler, Peinture, 2017

Publications en revue
– La balançoire, in Gare Maritime 2006 – revue de la Maison de la Poésie de Nantes
– Échafaudages (inédit, premières pages) - Revue L'Intranquille n°8 - 2015
(revue des éditions L'Atelier de l'Agneau)

Exposition
Commande de la Maison de la Poésie de St Quentin en Yvelines 2008
Muscles et mots en rythmes. Écriture de « Portraits de sportifs »

Extraits

Extrait de « Pas prête »
[…] Maintenant elle n’a qu’à se l’ordonner et elle s’écroulera. Une flaque de petite fille elle sera, en manteau à carreaux. Non, il n’est pas trop court. Non, elle ne veut pas le donner – à cette lointaine cousine, à ce bébé idiot. Non, elle ne l’enlèvera pas. Tant pis si elle n’a pas enfilé sa robe. Oui, elle va sortir comme ça, en culotte et manteau. Et croiser les bras pour qu’on ne le lui retire pas. Sans lui, elle ne peut pas s’aimer.
LA VERITE EST QU’ELLE CHERCHE A SE CHERIR

Extrait de « Portraits sauvages »
Mes doigts jouent avec une petite pierre. Je lui dis que, quand j’en trouverai une qui lui ressemble, je la glisserai dans ma poche. Son rire fait plusieurs fois le tour d’elle-même avant qu’elle ne parvienne à dire qu’elle n’est pas une pierre, qu’elle ne veut pas que je la prenne dans mes mains, ni être dans mes poches. Et moi qui en ai toujours, des rêches et des coupantes qui entaillent la peau en laissant des cicatrices, je lui dis que je saurai laquelle elle sera ; peut-être même que je les réunirai toutes dans une poche tandis qu’elle sera seule dans l’autre. Mais si jamais elle me fait du mal, je la lancerai droit vers le ciel.
Elle me répond que je vais devenir tout tordu et qu’un jour ma poche percera.
Cela m’est bien égal d’être tordu à cause d’elle ; si c’est ça penser très fort à quelqu’un, être plus lourd d’une épaule et plus léger du cœur.


Extrait de « L’étendue d’herbe » in Simplement descendu d’un étage
Ma femme collectionne des choses qui ne lui appartiennent pas. Les nuages et les trous dans les arbres. Elle dit qu’elle en a déjà beaucoup mais que cela n’est pas suffisant. Elle dit aussi que sa collection est seulement une reconnaissance de refuges possibles.
Parfois je la surprends à regarder un ciel limpide. Elle murmure que cela n’est pas grave, qu’il y a tant de ciels nuageux dont elle se souvient.
Quand il n’y a qu’un seul nuage, elle lui parle, presque plus familièrement qu’elle ne le fait avec moi.

Elle a bien voulu que je l’accompagne dans sa promenade. Nous sommes passés devant des trous dans les arbres et elle s’est arrêtée devant chacun d’eux. Elle m’a expliqué que grâce à eux, elle pourrait ne plus avoir de maison, ne plus avoir rien du tout. De moi, elle n’a rien dit.

Je lui ai demandé si moi aussi je pouvais collectionner des choses qui ne m’appartenaient pas. Elle m’a répondu que cela ne se demandait pas, que tout le monde pouvait avoir une collection. Alors je lui ai dit que je collectionnerais les étendues d’herbes folles, toutes celles que je rencontrerais et que su chacune d’elle je m’étendrais, le corps appesanti et les yeux fermés le plus longtemps possible. Enfin me relevant, je regarderais les brins d’herbe se redresser lentement parce qu’ils se redresseraient juste pour m’oublier.

Extrait de « Fringales »
SILENCE, ÇA MANGE !
Parler ou manger. Manger puis parler. Nourrir le corps en éveillant l’esprit. Lui, il parle pour retarder le moment de déguster comme d’autres gardent le meilleur pour la fin. Peut-être le meilleur n’est pas la fin. La fin n’est même jamais le meilleur. De toute façon, il est comme le renard de la fable qui discourt avant d’engloutir le fromage, qui parle quand il pourrait aussitôt profiter de sa prise mais préfère se vanter, rabattre son caquet à celui qui l’a ouvert, bref, parler avant, manger après.
Cela dit, si dans la bouche, saveurs et paroles se rengorgent, l’antre doit figurer en portes battantes, entrée pour l’un, sortie pour l’autre.
Qui ne s’est pas retrouvé un jour face à celui ou celle qui parle en mangeant, qui malaxe de conserve mots autant que mets, le bavard ou la bavarde qui parle la bouche pleine de mots qui n’existent pas, pas vraiment, et qui s’échauffe de sa bouillabaisse de verbes et de condiments. En général, une mastication sonore l’incite à croire en sa parole délectable, tandis qu’une nourriture peu ragoûtante paraît. Son interlocuteur voudrait lui faire remarquer, pas de trop près, que non, les mots ne sont pas ces bouts informes, difformes, maculant les dents, qu’ils ne déteignent pas en teintes sanguines, ne tourneboulent pas dans la langue ni même ne s’écrabouillent en purée caca d’oie entre deux mâchoires ; que, dans notre caverne buccale, les mots et les aliments ne sont pas destinés à se croiser ni à même enseigne se triturer.

Mais il n’ose pas, et mange silencieux. Il ne parle pas, il écoute, tout en baissant les yeux.
Il a toujours beaucoup écouté à table et pris son temps pour mâcher, absorber le contenu de son assiette, vider son verre. Souvent il s’est ennuyé. Depuis l’enfance, le repas est même le moment où il s’embête le plus. Il ignore s’il s’ennuie parce qu’il n’en peut plus d’entendre les autres ou parce qu’il ne sait pas s’exprimer à table. Il se revoit garçonnet, le nez dans son assiette, et toujours trop proches, les frères, les sœurs, les parents, les cousins, à chahuter, se faire réprimander. Pas le droit de quitter le lieu saint de la faim rassasiée avant la fin. Depuis il déteste la rallonge du dessert. Depuis, le silence est aussi son dessert.
Convive terne donc, il exècre la conversation ayant pour thème les plats ou la cuisine en général comme une apothéose de l’appétit.
Ce soir, il est devant cet enthousiaste de la vie croquée, de la vie commentée, celui qui profite du taiseux pour se raconter, qui profite de son ennui, et ça, ça l’ennuie.

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Île-de-France, 93 - Seine-Saint-Denis

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