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Les écrivains / adhérents

Maryse Esterle

Nouvelle / Essais / Récits
photo Maryse Esterle

Maryse Esterle est née en 1951. Après l’obtention d’un baccalauréat littéraire à Saint-Germain-en-Laye, elle a obtenu une maîtrise en langue et civilisation espagnoles en 1973 à l’Université de Nanterre. Elle a ensuite vécu en Espagne pendant une année, puis est devenue éducatrice auprès d’adolescents en difficultés en banlieue parisienne, jusqu’au milieu des années 1990. À la suite d’une thèse de doctorat en socio-anthropologie (« Les bandes de jeunes et les prises de risques », juin 1995, Paris V Sorbonne), elle a été nommée maîtresse de conférences à l’Institut universitaire de formation des maîtres du Nord/Pas-de-Calais en 1999 et a pris sa retraite de l’enseignement supérieur en septembre 2013. Ses travaux de recherche dans le cadre du CESDIP/CNRS* se sont orientés à partir des années 2000 vers le décrochage scolaire.
Elle a écrit plusieurs ouvrages et de nombreux chapitres de livres ou articles dans des revues scientifiques ou spécialisées, en français et en espagnol (castillan). Elle a participé à plusieurs émissions de radio ou de télévision autour de ses travaux. Son dernier ouvrage est un essai sur la réforme de la formation des enseignants de 2010, écrit à partir de son expérience d’enseignante-voyageuse, sa résidence étant toujours située en région parisienne. Son activité d’écriture s’est orientée vers des récits et fictions dès le début des années 2000, le premier récit étant paru en 2004 dans la revue Diversité Ville école intégration « Quand la mixité vient aux filles, ma première nuit avec un garçon », et elle vient de publier une nouvelle, « À l’origine » dans le cadre d’un concours organisé par l’association Bearn Argentina (Pau).

*CESDIP/CNRS : Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales /Conseil national de la recherche scientifique.

http://maryseesterle.com/
Bibliographie

Essai
– Où va la formation des enseignants ? Des IUFM aux ESPE, Chronique d’un passage tourmenté, Paris, Éditions Petra, 2017.

Ouvrages sociologiques
– Les élèves transparents, Les arrêts de scolarité avant 16 ans, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2007.
– Sur la route de l’insertion, La Documentation française, 1998.
– La bande, le risque et l’accident, Paris, L’Harmattan, 1997.

Chroniques, récits, nouvelles
– À l’origine, in Nouvelles du Rio de la Plata, écrits de descendants d’émigrés pyrénéens, concours de nouvelles organisé par l’association Bearn Argentina, Pau, 2017, 13-18.
– Vers l’indifférence aux différences ? Revue Aspiration (association Asperger amitié) n° 7, septembre 2015, p. 18.
– Un poste en fac, Site Raconter la vie, février 2014,
maryseesterle.com/le-sourire-2/
– Des bulles etc... Récits et poèmes autour des photos de Marie Raynal, avril 2013.
– Quand la mixité vient aux filles, ma première nuit avec un garçon, Revue Diversité Ville école intégration, n° 130, septembre 2004, pp. 163-165.
maryseesterle.com/ma-premiere-nuit-avec-un-garcon/

Articles
Magazine Aspiration (Autistes Asperger)
Souvent femme varie… la journée des femmes et la fête des mères
La clé de l’égalité : les tâches ménagères
Des réseaux vraiment sociaux ?
Quand Internet et Facebook changent la vie,
Au risque de la relation : l’entre-soi du handicap, in Magazine Aspiration n° 10, mars 2017, p. 39-41.
Le sourire du chat, Revue Aspiration n° 9, p. 26, septembre 2016.
Amour, toujours ? Une petite histoire de l’amour, Revue Aspiration, n° 8, mars 2016, p. 22-23.

Sélection de chapitres de livres et articles récents
Ouvrages collectifs
– Jeunes dans la rue, jeunes de la rue, in Jeunesses de rue, représentations, pratiques et réactions sociales, Manuel Boucher (dir), Éditions L’Harmattan, 2016, Chap. 12, pp. 247-261.
– Assiduité scolaire : quelle place pour les parents ? in Enfants rebelles : parents responsables ? 2014, Dominique Attias et Lucette Khaïat (coord), Toulouse, ERES, pp. 95-111.
– Précarité, stratégies familiales et déscolarisation, pp. 219- 236.
– Quelle construction identitaire pour les jeunes déscolarisés ?, pp. 265-282, in Glasman Dominique, Oeuvrard Françoise (dir), 2011, La déscolarisation, Paris, Éditions La Dispute.

Articles
-La formation des enseignants dans la tourmente, 2010-2017, Note n° 6, Conseil scientifique FCPE, décembre 2017.
-École et laïcité, in Revue Lien social n° 1164, 28 mai-10 juin 2015, pp. 32-34.
-L’école et la vraie vie, Revue Administration et Éducation, 142, juin 2014, pp. 109-115.
-Pourquoi certains élèves décrochent, Alternatives Économiques, 2013, hors-série n° 60 : L’état de la jeunesse en France, pp. 42-44.
-Choix d’un métier et rêves adolescents : l’exemple des lycées professionnels, in Le décrochage scolaire, Revue Ville école intégration Diversité Hors-série n° 14, septembre 2012, pp. 226-232.
-Quelle ambiance ! Se sentir bien (ou mal) au lycée, Revue Ville Ecole Intégration Diversité, n° 161, juin 2010, pp. 45-51.
-Absentéisme, déscolarisation, quand la marge interroge le centre, Revue Les Temps Modernes, 2006, n° 637-639, pp. 258-286.

Extraits

Elle est rose, grosse et rose. C’est la fin de l’après-midi. L’IUFM* est quasi désert, il fait froid et il pleut dehors.
Elle planche sur l’effort, en commentant l’un des articles qu’elle a lus pour rédiger son mémoire de master 2 l’année prochaine, sur le thème de la motivation à l’école primaire.
Elle a le cou presque aussi large que le bas du visage, et un pull rose décolleté sur une peau rose aussi qui se marbre de plaques rouges au fur et à mesure qu’elle parle. Un visage rond, un petit nez, des lunettes fines. Elle colle trop au texte, c’est moyen, je m’ennuie un peu.
Quelques infimes hésitations dans son élocution laissent penser qu’elle a peut-être été bègue. C’est léger léger mais peut-être.
En dernière question, Sébastien lui demande : qu’est-ce qui pourrait faire que vous n’exerceriez pas ce métier, qu’est-ce qui pourrait y faire obstacle ?
Elle nous regarde et dit : quand j’étais à l’école primaire, une institutrice m’a dit que je ne ferais pas d’études longues. Je suis passée en seconde générale. Et là, quand j’ai dit à ma professeure d’histoire que je voulais faire une licence d’histoire, elle m’a dit : ça durera quinze jours ! Eh bien je l’ai eue ma licence d’histoire et j’ai envie de la revoir cette prof, et de le lui dire ! Et maintenant, pourquoi ne pas réussir le concours de professeur des écoles ? Voilà, tout ça aurait pu m’empêcher de continuer vers ce métier, mais au contraire, ça me pousse encore plus ! Je voudrais revoir ces profs et leur dire : vous voyez, je l’ai eu mon concours !
Nous restons muets.
Tout d’un coup, cette jeune femme grosse et rose, en nous parlant de sa souffrance, des mots blessants, des pronostics sinistres, de sa force et de son combat, devient belle, d’un rose sublime, illuminée. Elle grandit, ses rondeurs occupent l’espace, elle nous a fait taire.

*Institut universitaire de formation des maîtres.
Où va la formation des enseignants ? Des IUFM aux ESPE, chronique d’un passage tourmenté, essai, p. 99.

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Saturnina était devenue la troisième femme de chambre de la maison parmi les quinze domestiques du palais Baldiano, préposée au linge des filles de la maison et à l’entretien de leurs chambres. Elle passait les étés avec la famille à Mar del Plata où, de décembre à février, on allait échapper aux touffeurs de Buenos Aires. Pendant les douze années passées au service des Baldiano, elle devint une parfaite femme de chambre. Elle commença à envoyer de petites sommes à ses sœurs, surtout à Generosa, sa préférée et à Jean-Philippe, son beau-frère. Ils avaient quatre filles, Saturnina était la marraine de la troisième, Marie. La verrait-elle un jour ?
Les filles Baldiano ne s’apercevaient guère de sa présence silencieuse, sauf María Isabel, qui la saluait le matin, la remerciait pour les draps impeccablement repliés sur le lit et les chemises de dentelle fine que Saturnina repassait pour elle. Elle finit même par l’appeler par son prénom, ou par une partie de son prénom. Saturnina c’est trop compliqué lui avait-elle dit lorsqu’elle avait paru remarquer sa présence, tu seras Nina, c’est plus simple.
Nina, presque niña, petite fille. Le diminutif choisi par la jeune maîtresse de dix-neuf ans sa cadette montrait son attachement pour la bonne, elle qui ne connaissait même pas le prénom de tous les membres du personnel, qu’on n’appelait de toute façon jamais par leur nom de famille. Saturnina aimait bien son prénom, issu d’un dieu qui enseigna l’agriculture aux hommes, comme elle l’avait lu dans le Larousse universel. Rien à voir avec la mièvre Nina choisie par María Isabel. Mais les maîtres ont tous les droits, dont celui de rebaptiser leurs domestiques. Saturnina était donc devenue Nina, le temps du service. Il était convenu qu’elle appartenait à la maison de María Isabel et plus précisément, à María Isabel elle-même.
À tel point que lorsque celle-ci épousa à vingt-et-un ans José Luis Castillo, elle emmena Saturnina avec son trousseau, dans une belle demeure non loin du palais Baldiano. Nina, tu viendras avec moi, n’est-ce pas ? Je ne peux plus me passer de toi, lui dit-elle de sa petite voix flûtée. Oui Madame, répondit Saturnina et elle pensa : si señora, como no, claro que voy contigo.
Arriva le jour où María Isabel annonça de sa voix distraite à sa servante que José Luis et elle partaient faire un séjour en France, et que Saturnina serait du voyage. Je prendrai les eaux à Salies-de-Béarn, tu m’accompagneras et tu pourras aller voir ta famille, ils ne sont pas loin n’est-ce pas ? Oui Madame, si señora, como no, claro que voy contigo.

* Oui Madame, et comment donc, bien sûr que je viens avec toi.

À l’origine, nouvelle, association Bearn Argentina, 2017.

Lieu de vie

Île-de-France, 93 - Seine-Saint-Denis

Types d'interventions
  • Ateliers d'écriture en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers / rencontres autres publics
  • Résidences
  • Rencontres en milieu scolaire