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Les écrivains / adhérents

Patrice Robin

Roman / Nouvelle
photo Patrice Robin

1953 : Naissance dans les Deux-Sèvres.
1963 : Fils unique du quincaillier de la Grand-place.
1973 : Ouvrier dans une usine de constructions nautiques.
1983 : Echevelé livide au milieu des tempêtes.
1993 : Ecrire.
2003 : Et faire écrire…

Entre autres, et depuis plusieurs années, les étudiants de l’Ecole Supérieure d’Arts Plastiques et Visuels de Mons (Belgique) et des adolescents porteurs de difficultés psychologiques, partiellement ou totalement déscolarisés, dans un Centre Médico-Psycho-Pédagogique de Lille, ville où il réside.

Bibliographie

Romans
– Graine de chanteur, Pétrelle, 1999
– Les Muscles, P.O.L, 2001, Folio, 2003
– Matthieu disparaît, P.O.L, 2003
– Bienvenue au paradis, P.O.L, 2006
– Le Commerce du père, P.O.L, 2009
– Le Voyage à Blue Gap, P.O.L., 2011
– Une place au milieu du monde, P.O.L, 2014

Nouvelles
– Le Voyage de Paul, T.E.C. CRIAC (Roubaix), 2005
– Sentinelles sans bataillon, nuit myrtide éditions (Lille), 2008

Extraits

Sur la photo prise à la sortie de l’église, le père de Moïse est le premier des six personnages en partant de la gauche. Il porte un nœud papillon. C’est la première fois de sa vie. Ses épaules sont hautes, sa poitrine ressortie. Il sourit lèvres closes, tête légèrement inclinée sur le côté gauche, prend un air discrètement distingué, celui peut-être, pense-t-il, que l’on doit avoir dans ces milieux. Son regard cependant reste inquiet. Il a le bras droit plaqué le long du corps, donne l’autre à sa femme. Ses doigts sont repliés, sauf les pouces.

La mère de Moïse est coiffée d’une capeline élégamment inclinée sur le côté droit, de couleur claire, bleue peut-être, c’est une photo en noir et blanc. Son manteau est noir et cintré, impeccablement coupé. De fabrication maison. Elle a le regard droit, la tête haute.

Les parents de Marie sont à l’extrême droite de la photo, légèrement en retrait. Sa mère ne sourit pas. Ses lèvres sont serrées, pincées même. Tout ce qu’elle porte, chapeau, manteau, gants et chaussures, vient de la sous-préfecture.

Le père de Marie domine tout le monde d’une tête. Son corps est à demi caché par la mariée. On aperçoit, luisant doucement dans l’ombre, le revers en satin de sa veste. Il paraît décontracté. À la position de son bras gauche, on devine qu’il a les mains tranquillement jointes sur son ventre.

Les mariés sont au centre de la photo. Moïse est vêtu d’un costume trois pièces, taillé dans un fin lainage gris clair qui recouvre aussi les boutons de la veste et du petit gilet. Une élégance soulignée par le gris un peu plus soutenu d’une paire de gants portée chic, la main droite, seule gantée tenant le gant gauche. Unique note de fantaisie, un gros nœud papillon noir. Il fixe l’objectif, sourit, une expression de calme détermination sur le visage.

Marie porte une robe blanche recouverte d’un manteau à capuche bordé de fourrure, blanc également, comme ses gants. Elle tient une rose devant elle. Sa main droite est posée sur le poignet de Moïse, son bras à demi tendu. Son corps est légèrement orienté du côté opposé. Son regard aussi.

Extrait de Bienvenue au paradis, Editions P.O.L, 2006

Mes parents ont tenu une quincaillerie pendant trente ans dans une petite ville du nord des Deux-Sèvres. La soixantaine approchant, mon père a suivi les conseils d’un de ses amis, directeur d’agence bancaire, et fait quelques placements pour se constituer une retraite complémentaire. Ces dispositions prises, ma mère et lui ont acheté une maison avec sous-sol et jardin à quelques centaines de mètres du magasin, l’ont fait aménager à leur goût et s’y sont installés dans les jours qui ont suivi la cessation définitive du commerce, le 31 décembre 1985.

Datée du 24 janvier 1986 et retrouvée dans mes archives, une attestation de l’Assedic du Havre m’informant que je dois porter sur ma déclaration fiscale, au titre d’allocations perçues l’année précédente, vingt mille trois cent quatre-vingt-douze francs et soixante-dix-sept centimes. Cette somme m’a permis de payer pendant six mois le loyer de mon studio et de m’y enfermer pour mettre en chantier mon premier roman.

J’ai conservé depuis cette époque tous les documents administratifs ayant rapport de près ou de loin avec mon quotidien de travailleur chômeur écrivain : contrats de travail, bulletins de salaires, soldes de tous comptes, notifications de décision, lettres de rappel, demande de prêts bancaires, commandements de payer, sollicitations de crédits d’urgence, fins de non recevoir multiples et attestations variées.

Il est précisé sur celle de l’Assedic que j’ai été en 1985 cent soixante-treize jours au chômage dont quatre-vingt-dix en allocation de fin de droits. L’urgence est donc pour moi, en ce début 86, de retrouver un emploi. Le 11 février, je signe un contrat de travail avec une maison de quartier qui m’embauche, pour quatre mois, en qualité de responsable des ateliers artistiques. Je dois ce recrutement au fait que j’ai terminé, un an plus tôt, une formation d’animateur socioculturel. Une activité, ai-je pensé que je pourrai exercer entre deux romans pour me refaire une santé financière et rouvrir mes droits au chômage.

En attendant la réalisation du second objectif, je m’emploie à atteindre le premier, persuade d’abord mon employeur de me délivrer une attestation de travail sans y préciser que je suis en contrat à durée déterminée, puis ma banque de me faire un prêt. J’obtiens quinze mille francs remboursable en trente-six mois. Dans la case Objet du financement, le prêteur a écrit Trésorerie.

Celle-ci semble loin d’être remise à flots puisque, par bordereau du 9 mai, ma mère fait transférer sur mon compte la somme de douze mille trois cent trente-six francs et quarante-cinq centimes, capital et intérêts de sept bons anonymes lui appartenant en propre. Une discrète transaction qui lui évite de mettre mon père au courant.

Extrait de Le Commerce du père, Editions P.O.L, 2009

Lieu de vie

Nord-Pas-de-Calais, 59 - Nord

Types d'interventions
  • Ateliers en milieu scolaire
  • Rencontres et lectures publiques
  • Ateliers en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu universitaire
  • Rencontres en milieu scolaire